11/11/2007

Radiohead - Hail To The Thief (2003)

600px-Radiohead.hailtothetheif.albumartAvant de sortir son sixième album, Radiohead avait déjà une carrière bien remplie. Un premier album bien reçu avec un mégahit (Creep), un second qui définit le post-grunge, un troisième qui sera reconnu comme un des plus importants de l'histoire du rock, et enfin, une paire d'opus expérimentaux et très impressionnants. Il ne semble plus vraiment y avoir de barrières à franchir, et c'est dans se contexte que Radiohead a pu enregistrer leur album le plus "facile" à ce jour.

Comme à chaque fois depuis Kid A, on se demande (assez stupidement d'ailleurs) si le groupe va revenir au bon gros rock, et 2 + 2 = 5 semble répondre aux attentes, surtout dans sa seconde moitié mouvementée. Ce n'est forcément qu'un mirage : même si les élements électroniques sont moins présents, il le sont toujours (le final de Sit Down stand Up, par exemple), et la guitare n'est jamais qu'un instrument parmi d'autres. Hail To The Thief est un album long (une heure, quatorze morceaux), dense et varié : on aurait pu retrouver Sail To The Moon sur OK Computer, alors que Go To Sleep est basé sur une guitare acoustique, ce qui est très rare, chez Radiohead.

Si l'on veut chercher une différence majeure entre HTTT et les deux albums précédents, ce serait peut-être une recherche mélodique plus poussée. Une majorité des morceaux ici sont basés sur une mélodie, quelque chose d'accrocheur et d'attachant, qui les rend plus... humains, peut-être. Where I End And You Begin en est un bon exemple, et comprend aussi une utilisation intéressante des Ondes Martenot par le bidouilleur en chef Jonny Greenwood. Ce qui n'empêche pas les expériences bizarres, comme We Suck Young Blood, emmené par un piano et rythmé par des claquements de mains, ou The Gloaming, entièrement manipulé en post-production.

Le premier single n'arrive qu'en neuvième place sur l'album, et c'est peut-être là sa faiblesse ultime. Est-il trop long, trop dense? Rien n'est à jeter, certes, mais il aurait peut-être mieux valu reléguer deux-trois morceaux en faces B (là où se trouvent déjà quelques perles). De même, après les derniers albums, il est étonnant, voire un peu gênant, d'entendre des morceaux relativement simples et accrocheurs, comme, justement, There There. Rien de mal à ça, et Radiohead continuera d'ailleurs la tendance dans le prochain album, In Rainbows, après que Thom Yorke ait exorcisé ses démons numériques sur The Eraser. I Will pousse d'ailleurs la simplicité jusqu'à son quasi-paroxysme, nous montrant une nouvelle facette du groupe, tout cela après six albums. Mais dans une schizophrénie typique, Myxomatosis envoie une basse trafiquée directement là où ça fait mal et ferait presque... danser. A Wolf At The Door clôture l'album, avec un Thom Yorke toujours inquiétant et mystifiant.

Hail To The Thief n'a pas l'importance des quatre albums précédents, c'est indéniable. Ce qui n'empêche pas son excellence, et surtout, son importance personnelle pour Radiohead, qui semble avoir trouve son équilibre. Même s'il continueront certainement à surprendre à chaque nouvelle sortie, comme pour le récent In Rainbows, qui aura attendu quatre longues années avant de voir le jour.
 
 
2 + 2 = 5
 
 
Where I End And You Begin

13:47 Écrit par Denis dans 2000s | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : 2003 |  Facebook |

18/05/2007

Guided By Voices - Human Amusements At Hourly Rates (2003)

guided_by_voices_best_of_largeCe n'est pas une habitude de chroniquer une compilation sur RMB. Mais quand on étudie le cas de Guided By Voices, groupe totalement culte de l'indie US, on y trouve seize albums (en dix-sept ans!), autant d'EP, six coffrets remplis à raz bord d'inédits, sans parler des albums solo. Devant une telle masse de matériel, et vu que cette compilation est assez bien réalisée, le choix semble s'imposer.

GBV, donc, c'est Robert Pollard, aussi prolifique (mais moins ravagé) que Mark E. Smith, et parrain de la lo-fi US. Bee Thousand (1994) est, avec Slanted And Enchanted de Pavement, généralement cité comme l'album-clé du genre, et même si GBV a depuis évolué (Pollard restant le seul dénominateur commun), leur influence est immense. Et pour de la lo-fi, elle est effectivement très lo. Les clichés du genre "enregistré dans une baignoire sur un enregistreur à cassettes pourri" ont été créés pour GBV, ou du moins pour leur première période.

Fatalement, la "qualité" des enregistrements ne nuit en rien aux morceaux : pour preuve, simple et efficace, il suffit d'écouter le premier morceau de la compile, A Salty Salute. Une minute et vingt-neuf secondes, qui ont directement donné naissance au premier album des Strokes. Car telle est une autre grande caractéristique de Guided By Voices : la brièveté des morceaux, 32 en moins de 80 minutes. Comme les Ramones, par besoin de dire beaucoup quand on le dit bien.

La première partie de la carrière de Guided By Voices est donc caractérisée par un son lo-fi, mais aussi par une recherche mélodique imparable, et parfois quelques guitares punkisantes. Les paroles cryptiques font penser à une autre groupe qui a commencé par être culte dans les milieux indé : REM (même si Pollard était compréhensible). Puis, vers la fin des années 90, Pollard change de direction, et engage des producteurs reconnus, comme Ric Ocasek. Sans être pour autant des feux d'artifices d'effets sonores, les albums deviennent mieux produits, et encore plus irrésistibles. Des morceaux comme Everywhere With Helicopter, Teenage FBI ou I Am A Tree (pensez Weezer qui reprend On A Plain de Nirvana) resteront à jamais des classiques.

Malheureusement, malgré un support sans failles de la part des fans et des collègues, Guided By Voices n'a jamais vraiment pu trouver le succès mérité (qu'ils n'ont d'ailleurs jamais spécialement cherché). Pollard a retiré la prise, lors d'un concert totalement inouï, le 31 décembre 2004 à Chicago. Ce jour-là, le groupe, nourri par un bar présent sur scène, joua 63 morceaux en plus de quatre heures, avant de disparaître à jamais. Robert Pollard débuta officiellement sa carrière solo en 2006, mais il sera toujours connu en tant que leader d'un groupe aussi prolifique que sous-estimé.

Human Amusements At Hourly Rates se termine par I Am A Scientist, où Pollard déclare "I shoot myself with rock n' roll". Que dire de plus?


Everywhere With Helicopter
 

10:00 Écrit par Denis dans 2000s | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : 2003 |  Facebook |