16/08/2007

Pearl Jam - Riot Act (2002)

PearlJam-RiotActEn douze ans, Pearl Jam aura évolué, avec et contre les courants musicaux parallèles, en gardant une ligne de conduite assez stricte. Mais deux événements majeurs et inattendus transformeront le groupe, le résultat étant publié sous forme d'album : Riot Act.

Pearl Jam a toujours été un groupe engagé. Mais, vu que la majorité de leur carrière jusqu'ici s'est passée sous Bill Clinton, il n'y avait pas trop lieu d'appeler à la révolution. George W Bush est maintenant président, avec une première et inoubliable conséquence : le 11 septembre 2001. Le titre, Riot Act, pastiche le Patriot Act américain, série de lois selon lesquelles n'importe qui peut dénoncer son voisin d'acte terroriste, surtout s'il n'est pas blond aux yeux bleus. Les thèmes, même s'ils ne font pas directement référence à la situation de l'époque ni aux événements de New York, en sont profondément affectés. I Am Mine, hymne au développement de soi et à la prise de conscience de sa place dans le monde (qui rejoint en cette manière le poignant Indifference) en est un bon exemple.

L'autre événement est plus limité au niveau global, mais est aussi nettement plus personnel : lors d'un concert de l'été 2000 au festival de Roskilde, des carences dans la sécurité du festival ont causé le chaos lors de la prestation de Pearl Jam, et neuf personnes sont mortes piétinées sous les yeux du groupe. Les vers "Lost nine friends we'll never know / Two years ago today" de Love Boat Captain sont à ce propos assez explicites. Inutile de préciser que Riot Act n'est pas un album drôle, mais plutôt l'expression de la morosité du monde contemporain à son paroxysme.

Can't Keep ouvre l'album et ne ressemble à rien de ce que Pearl Jam a pu faire auparavant, s'inspirant d'un Led Zeppelin version folk, avec des paroles évoquant la liberté au sens large et personnel. Save You, le rocker de l'album, part, comme souvent chez Eddie Vedder, du particulier pour aller vers le général, et, même si les guitares crues dominent, permet de nous familiariser avec un petit nouveau, Kenneth "Boom" Gaspar, claviériste et co-compositeur du morceau suivant.

Love Boat Captain est évidemment une chanson d'amour, selon Eddie Vedder, la seule chose capable d'unir l'humanité dans ces temps de crise. On pourra reprocher, sans doute avec une part de vérité, des paroles très basiques, mais le sentiment est très proche (le contexte aussi) de John Lennon écrivant un All You Need Is Love cité ici en pleine guerre du Viet-Nâm. Même envahisseur, différentes mauvaises raisons, même échec. Comment ne pas désespérer?

La paire suivante, Cropduster et Ghost, font baisser le niveau de l'album, et même si les morceaux regorgent de finesse et d'éléments intéressants, on ne peut que remarquer une étonnante retenue vocale de la part d'un Eddie Vedder qui n'a jamais semblé aussi assagi. Même si le thème de l'album ne se prête pas aux envolées à la Blood ou Leash, on s'interroge sur la présence du fameux feu sacré. Heureusement, l'histoire contredira l'affirmation de manière cinglante. I Am Mine est sans doute la meilleure représentation de Riot Act : triste, limite désespérant dans son instrumentation, mais porteur d'un message si pas d'espoir, au moins de réalisation de ce que chacun d'entre nous peut/doit faire pour changer le monde. Thumbing My Way apportera l'espoir, entre arpèges délicats et métaphores : "No matter how cold the winter / There's a springtime ahead".

Le classicisme musical de Riot Act est brisé pour le morceau suivant, où le batteur Matt Cameron (qui a coécrit quatre morceaux), joue une guitare hautement traitée, créant un étrange riff se mêlant parfaitement aux métaphores étonnamment cryptiques de Vedder. Cameron a d'ailleurs entièrement composé le morceau suivant, Get Right, qui ne restera malheureusement pas connu comme étant un des meilleurs.

Green Disease entame un retour à la normale, si l'on peut dire : Vedder a écrit un morceau punk dont il a le secret, avec comme thème très explicite le pouvoir de l'argent, cause évidente de toutes les choses négatives qui pourrissent le monde. Efficace, direct, et puissant. Help Help est composé par le bassiste Jeff Ament, qui lorgne vers Radiohead mais qui ne gardera qu'une valeur assez anecdotique, comparé à l'impressionnante (comme toujours) fin d'album. C'est pourtant une des perles cachées du groupe, qui mérite d'être revisitée.

Cause d'une grande controverse lors d'un concert dans le sud des USA (qui a fait que le groupe ne s'y est plus rendu depuis), Bu$hleaguer est un pamphlet violent et caustique contre Bush et son administration, attaquant directement le président et ses erreurs (et encore, on n'est qu'en 2002). Ce qui ne serait qu'un "simple" morceau politique devaient encore plus intéressant quand on s'intéresse à sa construction : basé sur un de ces riffs dont Stone Gossard à le secret, il voit Vedder chanter les refrains mais parler les couplets, à la manière d'un spoken word. Histoire de faire passer l'argument encore plus clairement. Mission accomplie, le morceau fera parler de lui plus que le reste de l'album réuni.

1/2 Full est le Red Mosquito de Riot Act, et le seul morceau où Mike McCready prend la place de s'exprimer : ce n'est pas un album qui laisse place aux individualités, c'est même le plus minimaliste du groupe, et le moins démonstratif. 1/2 Full est l'exception, même si les paroles sont toujours teintées d'engagement. Ces dernières sont d'ailleurs remarquables sur deux niveaux, d'abord, Vedder compare un de ses anciens morceaux, pour se rendre compte que sa prophétie s'est malheureusement réalisée ("No middle anymore, it's been said before" rappelle "There ain't gonna be any middle anymore" de Porch) ; ensuite, il interroge : "Won't someone save the world?". Typiquement, il est difficile de savoir à qui il s'adresse, au président de la première puissance militaire et économique mondiale? Au dieu absent et inefficace, qui sera encore plus cyniquement évoqué dans l'album suivant? Voire à celui qui écoute l'album? L'interprétation est ouverte.

Arc n'est pas ouvert à interprétation, en tout cas plus maintenant. Á l'époque une énigme, il se compose d'une bonne minute de chants répétitifs de type tibétain (par Vedder), repétés en couches superposées au fur et à mesure jusqu'à former un mur du son. Après que le morceau ait été interprété neuf fois lors de la tournée, on a appris qu'il s'agissait d'un hommage discret aux neuf disparus de Roskilde. All Or None, traditionnelle ballade concluant l'album, est peut-être son meilleur morceau, c'est en tout cas le plus beau, et, pour une dernière fois, un nouvel appel à la force qui est dans chacun de nous ("To myself I / Surrender / To the one I'll never please). Mike McCready colore les solos de manière exemplaire, tandis que Vedder montre que la passion ne le quittera jamais, malgré les circonstances. Une chanson merveilleuse.

Riot Act est un album complexe. Son contexte en fait un opus difficile à prendre à part, sous peine de le considérer facilement comme le moins bon album du groupe. Même si c'est certainement un des plus riches, il est difficile de nier le fait que quelques morceaux ne sont pas vraiment mémorables. Ce qu'on pourrait prendre comme la perte de la passion, surtout dans le chef d'Eddie Vedder doit être replacée dans l'air du temps, et l'album suivant a prouvé qu'il ne s'agissait que d'une phase aussi nécessaire que cathartique. Le groupe trouvera une sorte de renouveau pendant les quatre années suivantes, durant lesquelles ils tourneront, sans nouveau matériel à vendre, en Amérique du Sud, et termineront enfin leur contrat avec Sony, qui s'empressera de sortir un best of. Qu'importe, l'album le plus puissant du groupe depuis Vs. pouvait être révélé.


I Am Mine

10:00 Écrit par Denis dans 2000s | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : 2002 |  Facebook |

22/05/2007

Mclusky - Mclusky Do Dallas (2002)

McluskyDoDallasMclusky était le groupe parfait. Trois très bons albums, une séparation due aux conflits internes, et enfin une anthologie époustouflante. Le tout entrecoupé de concerts terribles, terribles. Mclusky Do Dallas est leur second, et est produit - pardon, enregistré -, par Steve Albini.

L'album est pur. Aucun artifice, juste trois types qui usent et abusent de leurs instruments, en même temps, et en live. Ils chantent ou hurlent, parfois à bout de souffle, selon le tempo employé, qui est souvent très rapide. Les morceaux ne laissent que peu de répit, durant deux minutes de moyenne, deux minutes de puissance et de violence seulement contrôlées par les techniques d'enregistrement connues d'Albini (Mclusky étant carrément un de ses groupes favoris, on peut d'ailleurs les comparer stylistiquement à Shellac). Simple, efficace, mais rarement réalisé à un tel niveau d'excellence bruyante.

Musicalement, ils n'ont beau être que trois, mais remplissent facilement l'espace : la basse écrase tout (et live, c'est ahurissant), quant à la guitare, les aigus percent les oreilles jusqu'à trouer lentement, mais sûrement, la boîte crânienne. De plus, les paroles n'ont pas vraiment d'équivalent, sorte d'observation sarcastique de la société actuelle, et ses travers ("He blew it all up to get on television"). Quand ce ne sont pas des références culturelles assez geek ("if it wasn't for them Decepticons, they'd rule the fucking world") ou l'auto-dépréciation ironique ("fuck this band, 'cause they swear too much"). L'album est bref, mais sans faille, et confirme que le succès commercial est définitivement impossible pour des groupes si radicaux.

Un album incontournable des années 00, d'autant plus qu'il est peu probable que les groupes issus des cendres de Mclusky (les très moyens Shooting At Unarmed Men et les prometteurs Future Of The Left) arrive à ce niveau, même si on leur souhaite. Reste que ceux qui, dans le futur, découvriront Mclusky par hasard vont tomber sur le cul. Et crier à l'injustice, une fois de plus...


Lightsabre Cocksucking Blues
 

10:00 Écrit par Denis dans 2000s | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : 2002 |  Facebook |

07/02/2007

Queens of the Stone Age - Songs From The Deaf (2002)

qotsa

Aucun album metal n'a dépassé la barre fixée par Songs for the Deaf, il y a déjà cinq ans. C'est aussi simple que ça. L'album arrive au niveau de la pure perfection, et restera pour toujours dans les annales du rock.


Comment y est-il arrivé? D'abord, grâce à ses membres : ex-Kyuss Josh Homme, figure majeure du stoner rock; Nick Oliveri, déséquilibré notoire, et ex-Dwarves et Kyuss; Mark Lanegan, ex-Screaming Trees et voix d'outre-tombe; enfin, en guest drummer, un certain Dave Grohl.
Avoir un tel line-up sur papier, c'est chouette, mais cela ne suffit pas, regardez Audioslave. Dès les premières secondes, les doutes s'estompent. Nick Oliveri, bassiste et exhibitionniste, offre ici sa gorge à contribution, pour un des morceaux les plus violents du groupe, avant que l'imparable single No One Knows déferle, avec ses solos (guitare et basse), ses différentes parties et son futur comme frustration majeure dans Guitar Hero.

Le niveau ne descendra jamais. First It Giveth est une leçon de riffs, tandis que A Song For The Dead montre Dave Grohl en démonstration, qui nous force à nous demander pourquoi il a arrêté la batterie full time : Songs For The Deaf est son meilleur album, aussi incroyable que cela peut sembler.

Les morceaux plus radio-friendly (Go With The Flow, Another Love Song) se lacent parfaitement avec d'autres, plus difficiles d'accès mais tout aussi mémorables (The Sky Is Falling, God Is In The Radio). De plus, Mark Lanegan nous gratifie de quelques exemples de sa voix phénoménale, offrant encore plus de variation à un album déjà très complet.

Songs For The Deaf doit s'écouter très fort, et très souvent. C'est un modèle, un des meilleurs albums de tous les temps. C'est le record du 100m de Florence Griffith-Joyner, qui tient toujours après 20 ans. Dans les deux cas, on ne sait pas ce qu'ils ont consommé durant leur exploit, mais ça marche super bien.

23:15 Écrit par Denis dans 2000s | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : 2002 |  Facebook |