05/12/2007

Muse - Origin Of Symmetry (2001) [#69]

MuseoriginofsymemtryalbumcoverMuse, de manière assez surprenante, est devenu un groupe majeur en Europe, et a même réussi à s'exporter avec succès. Cela peut s'expliquer par le caractère assez... mou du dernier album, mais en 2001, ils ont sorti un très bon opus, un des meilleurs des années 00, du rock british, etc etc, le tout en sortant de l'ombre de Radiohead, dans lequel s'était enfermé le premier album, Showbiz.

Origin Of Symmetry ne fait pas de concessions, contrairement au Muse que l'on connaît actuellement (Starlight???). Deux des trois premiers morceaux durent plus de six minutes, et comprennent, dans le désordre, des voix élastiques, des claviers tordus, un jeu de guitare très intrigant ainsi qu'une section rythmique très puissante. New Born commence calmement, avec un piano, avant de littéralement exploser avec une guitare filtrée bruyantissime. La basse de Chris Wolstenholme, arme secrète de Muse, enfonce le clou très fort. Le morceau est complexe, mais moins que Space Dementia qui sonne exactement comme son titre le fait croire. Avec les effets spéciaux des vieilles séries de SF. Et, évidemment, un break de piano music-hall. Forcément...

La première moitié de l'album est une usine à hits (enfin, hits, dans un monde utopique). Hyper Music est porté par un riff machiavélique plus lourd que Sabbath, alors qu'on pardonnera facilement l'emprunt de la ligne de basse de Sexy Boy (Air) : Plug-In Baby est parfait, le riff vaut bien le top 10 des meilleures intros de tous les temps. En plus, même si le morceau parle d'une guitare, les Freudiens ont quelque chose à se mettre sous la dent. Citizen Erased? On recommence, riff de folie, ligne de basse qui tue, batterie puissante, et ce n'était que l'intro : quand le morceau démarre, la terre tremble. Mais comme ça dure 7 minutes 19, elle a le temps de se refaire une santé, avant de définitivement s'écrouler sur elle-même. Jouissif, et un des rares albums où les claviers sont supportables. Les voix aigües, c'est limite, mais bon, on passe. Quoique Micro Cuts, c'est un petit peu over the top quand même.

Il faut attendre le neuvième morceau pour avoir un peu de calme, avec le flamenquesque Screenager. Le bizarre continue, avec Darkshines qui pourrait sortir d'un western façon Robert Rodriguez, avant que l'inattendue reprise de Feeling Good, euh, surprenne. Megalomania finit l'album dans le calme, mais un calme menaçant.

Peu, très peu de déchets dans Origin Of Symmetry qui sera très certainement toujours la quintessence de Muse, tout en étant vraiment un très bon album. Alors, que Muse devienne n'importe quoi, fasse des shows à la U2 période Pop, cela n'a pas trop d'importance, quand on sait que quoi qu'il arrive, on aura toujours Origin Of Symmetry pour se souvenir. Leur BloodSugarSexMagik, en quelque sorte.
 

Plug-In Baby
 

23:44 Écrit par Denis dans 2000s | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : 2001 |  Facebook |

07/11/2007

Radiohead - Amnesiac (2001)

Radiohead.amnesiac.albumartOn le sait, les morceaux d'Amnesiac ont été enregistrés en même temps que ceux de Kid A. Ceci dit, le groupe a choisi de ne pas en faire un double album, mais de sortir les deux parties, en insistant bien sur leurs différences. On ne peut que le comprendre, les deux albums sont en effet différents.

Amnesiac, et ce n'est pas un reproche, est nettement moins cohérent. Alors qu'un fil conducteur semblait relier chaque point de Kid A, ici rien ne semble associer deux morceaux qui se suivent comme Pyramid Song et Pulk/Pull Revolving Doors, par exemple. Le thème "guitares" est aussi traité différemment : certains en sont totalement dépourvus, d'autres sont construits autour, comme Knives Out et I Might Be Wrong. Certains extraits d'Amnesiac sont les plus obscurs jamais composés par le groupe, d'autres sont nettement plus accessibles. Knives Out est certainement le morceau le plus commercial, si l'on peut dire, depuis Karma Police.

Amnesiac est très énigmatique, comme l'anti-Blair basique You And Whose Army, chanté par un Thom Yorke à la bouche pâteuse, sur une base instrumentale apparemment enregistrée sous trois mètres d'ouate, ou Packt Like Sardines In A Crushd Tin Box qui semble, quant à lui, tiré de Kid A. Schizophrène, l'album offre des morceaux de brillance totale, comme le coda de I Might Be Wrong, pendant lequel on ne peut simplement plus respirer, ou le final Life Is A Glasshouse, encore très différent, et enregistré avec le jazzman Humphrey Lyttleton. Dans le même genre, Dollars And Cents est augmenté de la présence de cordes, qui prépare peut-être étrangement le dernier In Rainbows. Mais il est aussi possible que le groupe ait été un peu loin, Hunting Bears et Like Spinning Plates poussent l'exploration sonore au maximum. C'était probablement le but, il est atteint, mais ces morceaux nous font plus gratter le crâne qu'autre chose. Et fatalement, tout cela ne ressemble à rien avec ce que Radiohead a pu faire auparavant.

Il s'agit très certainement de l'album le plus étrange de Radiohead, ce qui n'est pas peu dire. On pourrait même s'avancer en affirmant que Kid A n'a fait que préparer l'arrivée d'Amnesiac, sans quoi il aurait été totalement impossible à comprendre. L'évolution du groupe ne s'arrêta pas là, évidemment, mais l'album suivant, Hail To The Thief, n'aura pas le même impact que cet incroyable duo. Mais c'était impossible.

Un vrai cauchemar de chroniqueur, cet album, mais une classe et une inventivité folle.


I Might Be Wrong


Life In A Glasshouse

23:47 Écrit par Denis dans 2000s | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : 2001 |  Facebook |

12/06/2007

The White Stripes - White Blood Cells (2001)

The_White_Stripes_-_White_Blood_CellsQuelques jours avant la sortie du nouvel (et excellent) album du duo américain, il me semble une bonne idée de se replonger vers le passé, et de parler du troisième album des White Stripes, toujours mon préféré à ce jour. C'est aussi un album clé : après deux très bons opus, mais assez confidentiels, il a permi au groupe d'attirer l'attention d'une certaine presse qui les a vite ajouté à cette révolution rock, aux côtés des Strokes, Hives, Vines, Datsuns, BRMC et d'autres. Mais ils étaient évidemment différents.

Déjà, ils cultivent une part importante de mythe : leur dresscode blanc/noir/rouge, l'obsession pour le chiffre 3, et surtout le fait qu'ils se présentent comme frère et soeur alors qu'ils sont divorcés. Ensuite, ils ne sont que deux. Jack White : voix, guitare, piano ; et Meg White, à la batterie : technique rudimentaire, mais lien psychique avec Jack, qui leur permet de jouer sans setlist, en improvisant constamment, et parfois en s'arrêtant au milieu d'un morceau, avant d'un commencer un autre, sans interruption. Il faut le voir pour le croire.

White Blood Cells est aussi et surtout le dernier album avant l'avalanche : depuis que Seven Nation Army a fait le tour des stades, leur carrière a changé à jamais. Même si le groupe n'a jamais été connu pour sa production opulente, ici, on frôle la lo-fi : l'intro de Dead Leaves And The Dirty Ground est sale, overdriven, et viscéralement rock. La batterie envoie un rythme simple, répétitif, mais parfait pour la cause. La variété de l'album prend tout le monde à contre pied : Hotel Yorba est ancrée dans l'americana, Fell In Love With A Girl est du punk frénétique, Expecting rappelle Tony Iommi alors que We're Going To Be Friends est une ballade splendide. Le reste évolue entre le brut, le brutal, le bizarre et le calme.

Jack White, ici comme ailleurs, vole le show : par sa voix théâtrale mais toujours posée, et surtout par son jeu de guitare exceptionnel : on dira ce qu'on veut, mais il est un des meilleurs guitaristes actuels. Voir I Think I Smell A Rat, pour un bon exemple. L'album est plus long que les suivants, mais pourtant, il comprend moins de remplissage qu'Elephant et Get Behind Me Satan (pourtant deux albums tout à fait recommendables); son intensité électrique en fait aussi leur plus rock jusque le dernier, dont on parlera dans les prochains jours.

Oui, les White Stripes sont un des groupes contemporains les plus importants, et ils ont six albums pour le prouver : celui-ci n'est qu'un des sommets d'une carrière qui semble infinie et inarrêtable.


Dead Leaves and The Dirty Ground
 

09:30 Écrit par Denis dans 2000s | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : 2001 |  Facebook |

18/04/2007

Tool - Lateralus (2001)

Tool-lateralus-album

Tool est actuellement un des groupes metal les mieux considérés et respectés, et ce status est en grande partie atteint grâce à leur troisième album, Lateralus. Ce dernier est plus brut, plus focalisé, et plus ambitieux que ses deux précédesseurs (et aussi moins drôle). En fait, c'est n'est pas qu'il est ambitieux : c'est carrément un album à la construction complexe et assez extraordinaire en soi.

Déjà, il n'est fait absolument aucun compromis commercial. L'album fait 80 minutes, les morceaux sont très longs et absolument pas formatés. Les deux vidéos qui ont été tournées sont conformes aux précédentes : maladivement tordues. Et musicalement, sans être violent, c'est très heavy. Il n'y a en fait que six "vrais" morceaux sur l'album, les autres étant des interludes instrumentaux plus ou moins calmes, plus ou moins étranges. Le premier, The Grudge, explique tout dès le début : huit minutes de guitares puissantes, de voix tourmentées (on ne fait pas mieux, dans le genre tourmenté mais bien chanté, que Maynard James Keenan), et une batterie qui laisse sans voix, justement.

Parlons-en, de la batterie. Danny Carey joue de la batterie comme personne. Il joue de ses pieds comme de ses mains, imprime des rythmes invraisemblables (Schism compte plus de 20 - VINGT - signatures différentes) et arrange sa batterie selon un schéma occulte proche du pentacle sataniste. C'est donc lui, et son compère bassiste Justin Chancellor qui forment la colonne vertébrale de Tool, mais ce sont les deux autres qui en sont l'âme. Adam Jones, réalisateur des clips du groupe et maître ès riffs minimalistes, et Maynard James Keenan, explorateur des tréfonds du psyché humain, vocaliste pour les excellents A Perfect Circle, et maintenant
vigneron. Les paroles de Keenan passent de l'abstrait au très personnel (surtout l'album suivant, 10,000 Days, en grande partie inspiré par le décès de sa mère Judith Marie), mais peuvent pas laisser indifférent, grâce à sa façon de chanter, ou plutôt ses façons. Murmures, chant harmonieux, cris, hurlements, voire tout en même temps (Ticks And Leeches), Maynard est un vocaliste exceptionnel, qui peut en plus modifier sa voix comme il l'entend (voir une fois de plus 10,000 Days).

On a déjà parlé plus haut de l'immense variation rythmique de Schism, la complexité ne s'arrête pas à ce morceau : le second extrait de Lateralus, Parabol(a), est accompagné d'une vidéo de plus de dix minutes, le morceau en lui-même commence calmement et se termine en apocalypse de guitares. Plus tordu : Lateralus, le morceau-titre, est basé sur la suite mathématique de Fibonacci, elle-même inspirée du
Nombre d'Or. Une longue suite de vingt-trois minutes clôture l'album, en passant d'un style à l'autre, c'est peut-être le seul moment de l'album où on pourrait penser que Tool se perd un peu.

Car Lateralus, même si très long, a besoin de temps pour respirer, pour se développer complètement. L'écoute en une seule traite n'est pas obligatoire, mais elle augmente l'expérience, faisant de l'album une pièce intense, qui a marqué la musique heavy et reste sans doute le meilleur album d'un de ces plus grands représentants.  On ne peut simplement pas passer à côté.



Schism

15:05 Écrit par Denis dans 2000s | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : 2001 |  Facebook |