08/08/2007

Pearl Jam - Yield (1998)

PJYieldQuand on étudie la discographie de Pearl Jam, on parle souvent d'un point de rupture, après lequel rien ne serait plus comme avant : No Code. Même si l'affirmation a une certaine part de vérité, on pourrait aussi bien dire que le groupe n'a de toute façon jamais rien fait comme avant. Je préfère dire que No Code est l'étape finale de la construction de Pearl Jam : jusque là, ils ont pu développer leurs styles, atteignant le paroxysme créatif sur cet album. De plus, sur un plan personnel, ils sont passé par le succès commercial, ses affres, et une sorte de retour sur terre en ce qui concerne les ventes. Yield démarre donc le mode Pearl Jam 2.0, celui qui est maintenant libre de faire tout et n'importe quoi, sans rien à prouver. Ce qui ne signifie pas qu'il n'ont plus rien à dire.

Les deux premiers morceaux le prouvent d'entrée, car ils sont tous deux écrits par le guitariste Mike McCready, qui jusque là n'était pas connu pour ses talents de compositeur. Plus loin, le bassiste Jeff Ament (Jeremy, Nothingman) ira jusqu'à composer entièrement, musique et paroles, deux morceaux (Pilate et Low Light). Les cinq membres du groupe composent donc ensemble ou séparément, et cette nouvelle dynamique sera une des principales caractéristiques de PJ, qui perdure d'ailleurs à ce jour. Et la variété, évidemment : Brain of J et Faithfull ne semblent avoir en commun que les compositeurs (Vedder/McCready, donc).

Le premier est une bombe politico-punk, alors que le second est nettement plus posé et introspectif. C'est cette dernière caractéristique qui explique le mieux Yield (terme de circulation routière : céder le passage), probablement l'album le plus calme du groupe, le plus méditatif. On ne retrouve pas non plus beaucoup de recherche commerciale, malgré que Pearl Jam y tira deux hits. D'abord, Do The Evolution, dont Todd MacFarlane y tira une vidéo légendaire et plus que jamais d'actualité (c'était aussi la première vidéo du groupe, même s'ils n'y apparaissent pas) : un brûlot emmené par un riff typique Stone Gossard et qui poussa la voix de Vedder très loin, même si une fois de plus, c'est en concert que le morceau trouve tout son retentissement. L'autre hit, Given To Fly, est le morceau le plus classic rock depuis Ten, s'inspirant sans le cacher de Led Zeppelin (Going To California). Comme souvent, il est difficile de décrire ces morceaux, qui comptent parmi les plus impressionnants du catalogue.

Le reste de l'album n'est pas mémorable, en tout cas d'un point de vue radio. No Way, Pilate, In Hiding, All Those Yesterdays sont des excellents morceaux, mais qui pâtissent d'une certaine discrétion. Après quatre albums, Pearl Jam n'avait juste plus envie de faire du bruit (dans tous les sens du terme), juste d'écrire de bonnes chansons. Ils y réussirent sans aucun problème, tout en ajoutant une nouvelle bizarrerie sonore (le drum and bass Push Me Pull Me) et deux de leurs morceaux les plus simples jusqu'ici (Wishlist et MFC).

Simplicité, authenticité, réflexion, sont les mots clés de Yield. Définitivement pas le meilleur album du groupe car trop discret et introspectif, mais un nouveau regard sur un catalogue de chansons et d'albums qui devient de plus en plus impressionant, ainsi qu'un autre témoignage de l'évolution du groupe. Il suffit de comparer, même si c'est hors contexte, "Escape is never the safest path" (Dissident, 1993) et "It's no crime to escape", All Those Yesterdays (1998).

D'une manière ou d'un autre, même si leurs trois albums suivants seront - forcément - différents de ton, la période qui entoure Yield est une nouvelle étape cruciale pour Pearl Jam, qui se prépara ensuite à sortir son album le plus controversé : Binaural.
 
 
Faithfull
 

10:00 Écrit par Denis dans 1990s | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : 1998 |  Facebook |

10/05/2007

Beastie Boys - Hello Nasty (1998)

BeastieBoysHelloNastyLes Beastie Boys, dans deux ans, fêteront leurs trente ans de carrière. Non, moi non plus, je n'y croyais pas. Mais il faut dire qu'ils ont changé de style et de genre tellement souvent qu'on pourrait en déduire qu'ils ont eu plusieurs vies, et qu'ils continuent d'ailleurs à en vivre de nouvelles. Des débuts hardcore à la naissance du rap metal, de leur album jazz-lounge au dernier, purement hip-hop, ils auront presque tout fait, et dans deux mois, leur nouvel album sera purement instrumental.

Mais cette constante réimagination a un prix, et c'est le délai entre deux albums, souvent long : les quatre derniers disques sont sortis en quatorze ans. J'ai choisi Hello Nasty, mais n'importe quel autre album aurait mérité sa place : Licensed To Ill, le rap-metal produit par Rick Rubin, Paul's Boutique, terriblement novateur par l'usage de samples, Check Your Head, et sa quasi totale absence de samples, ou encore leur plus grand succès commercial de l'époque, Ill Communication (et le hit Sabotage). Hello Nasty, quant à lui, suit ce dernier, et est définitivement leur disque le plus électro.

Fidèle à leur réputation de touche-à-tout de génie, les B-Boys (et leur nouvelle recrue, le multiple champion DMC Mix Master Mike) ont truffé l'album de sons en tous genres, de samples connus (Grandmaster Flash, Quincy Jones) ou totalement sortis d'une vieille brocante, et cela le long de vingt-deux morceaux. On retrouve du lourd bien rythmé, comme les hits Body Movin', Remote Control ou le terrible Intergalactic, des interludes plus calmes, voire instrumentaux, et évidemment du bizarre, comme la collaboration de l'immortel Lee "Scratch" Perry. Peu de remplissage, même si la construction précise de l'album impose une écoute continue de la majorité des morceaux, soigneusement imbriqués.

Hello Nasty épitomise parfaitement les Beastie Boys : trop long, sans doute trop ambitieux, il est aussi extraordinaire par sa recherche sonore et sa puissance jouette naturelle. Il ne se prend jamais au sérieux, mais démontre scientifiquement le talent du groupe. Groupe qui restera à jamais un ovni dans le monde pitoyablement fermé du hip-hop US, qui aura de toute façon toujours été trop restreint pour contenir les ambitions du trio new-yorkais. Il se murmure d'ailleurs que The Mix-Up sera nettement plus rock que ses prédécesseurs : on l'attend avec impatience.
 
Intergalactic
 

01:41 Écrit par Denis dans 1990s | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : 1998 |  Facebook |

25/04/2007

Refused - The Shape Of Punk To Come (1998)

refusedC'est bien de se revendiquer punk, d'avoir un t-shirt Ramones et dire que Bush il est pas bien, mais c'est quand même autre chose d'être punk. De clairement se positionner en marge de la société, dans la vie de tous les jours et pas seulement sur disque et scène. Et quand on parle d'être punk, ce n'est évidemment pas tuer sa femme avant d'overdoser. C'est une question d'attitude, de style, et aussi de musique, car sans support, les punks, on ne les voit pas.

Refused, c'est tout ça, en même temps, et en mieux. Preuves? Ils se revendiquent tous du mouvement straight edge, leurs idéaux politiques sont fermement ancrés à gauche, tendance Marx-anar-situationniste, leur dernier concert a été interrompu par la police (ce qui ne les a pas empêché de continuer) et leur album The Shape Of Punk To Come est une putain de bombe. Malheureusement, le titre n'aura pas trop fait écho, mais peu de groupe auraient de toute façon eu le talent de continuer. Sauf peut-être The (International) Noise Company, né des cendres de Refused.

On parle ici de punk, mais par essence. Pas nécessairement de talent musical douteux ni de paroles antisociales, mais de mélange des genres impressionnant, mixant des beats électro à des riffs sanguinaires, des passages ambient à une rythmique détonnante, le tout surplombé par les cris de Dennis Lyxzén, qui chante comme si un néo-nazi lui pointait un flingue sur la tempe. Les morceaux ne sont généralement pas courts, sont assez ambitieux et sont techniquement très complets. Quand on vous parlait du punk du futur... Ceci dit, les références sont là : Liberation Frequency allie des couplets très clash à un refrain hardcore (l'album est plus hardcore que traditionnellement punk), tandis que l'immense New Noise peut faire penser à d'autres allumés révolutionnaires, Rage Against The Machine. Mais Rage avec un excellent batteur, une boîte à rythmes, et Ian MacKaye au chant.

L'album n'est pas évident à écouter, et il l'est encore moins vers la fin : Tannhäuser est introduit par un violon frénétique, avant que Derivé le succès avec un hardcore très hard. Et puis le violon revient nous arracher une larme. The Apollo Program Was A Hoax, dernier morceau acoustique au titre définissant Refused, conclut un album éclectique, à faire écouter à ceux qui pensent connaître ce qu'est le punk. It's all in your head.
 
 
New Noise

23:46 Écrit par Denis dans 1990s | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : 1998 |  Facebook |