26/10/2007

Radiohead - OK Computer (1997)

Radiohead.okcomputer.albumartOK Computer a tout juste dix ans, et plutôt que de perdre son temps en rééditions, Radiohead a préféré sorti un nouvel album, ce qui est une très bonne idée. D'ailleurs, pas besoin de réédition pour parler d'un des albums les plus importants, impressionants et influents des années 90. On ne le savait pas encore à l'époque, mais OK Computer marquait la transition entre le Radiohead post-grunge de Pablo Honey et The Bends vers le groupe aventureux de Kid A.

Fortement influencé par des artistes électro comme DJ Shadow, les morceaux de l'album comprennent tous des touches électroniques, parfois discrètes mais parfois cruciales, comme pour l'ouverture d'album Airbag, ou Paranoid Android, qui le suit. Á l'époque, on l'a comparé à Bohemian Rhapsody, par rapport aux différentes parties qui le composent. Mais la comparaison est faible, Paranoid Android est bien plus important, mais une fois de plus, les mots ne suffisent pas, il faut l'écouter, comme tout l'album, en fait.

Exit Music (For A Film) est un des morceaux les plus poignants jamais composés : le début nous empêcher de respirer, puis à 2"50, une basse vrombissante soulève le morceau avant que le final ne l'envoie dans des cieux rarement atteints. Une pure merveille alliant technique et émotion, comme l'etouffant Climbing Up The Walls, ou l'étourdissant No Surprises. Karma Police est un morceau simple, mais qui se termine par des bruitages étranges, comme un avant-goût de ce qui allait arriver ; de même, Electioneering rappelle les vieilles guitares en les mettant à jour.

C'est assez étrange d'évoquer OK Computer aujourd'hui. À l'époque, on louait son caractère innovant, mais maintenant, quand on voit l'oeuvre dans son ensemble, on voit que c'était une étape cruciale dans l'évolution de Radiohead. Pour réussir à réunir le meilleur des deux mondes, il sera peut-être toujours considéré comme leur meilleur, mais Radiohead est un groupe pour lequel la hiérarchie des albums n'a que très peu d'importance.

L'étape la plus importante restait à venir, et une des plus grandes surprises du rock contemporain. Kid A.

 

Paranoid Android

 

Exit Music (For A Film) 

10:15 Écrit par Denis dans 1990s | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : 1997 |  Facebook |

10/09/2007

The Verve - Urban Hymns (1997)

TheVerveUrbanHymnsUrban Hymns est un mythe, une légende, et un des tous grands classiques du rock anglais. Il a été quasi unanimement élu album de l'année 97, malgré qu'OK Computer soit sorti la même année. Le fait que le groupe s'est effondré peu de temps après, et vient d'annoncer se reformation est un bon pretexte pour le revisiter.

Non seulement Urban Hymns est solide en tant qu'album, mais il comprend aussi, et surtout, un hit immense : Bitter Sweet Symphony. Il ouvre l'album, tout le monde le connaît, et dix ans après il n'a pas pris une ride. Le morceau est pourtant très simple : une boucle de violons empruntés à une orchestration des Stones (qui ont scandaleusement voulu l'entièreté des bénéfices), un rythme régulier et la voix de Richard Ashcroft, clamant ses réflexions sur le sens de la vie. Formule parfaite pour morceau parfait. Mais si l'on croit que le groupe es relativement limité, la suite de l'album va prouver le contraire, comme Sonnet, qui est, au risque de me répéter magnifique, dans un mid-tempo poignant. Qui avait besoin, ces années-là, de Liam Gallagher, quand on entend ça?

Les deux premiers albums du groupe étaient moins Britpop et plus atmosphériques, éléments qui se retrouvent tout au long de l'album, surtout dans les morceaux qui ne sont pas sortis en single, et qui sont généralement plus rock, comme The Rolling People, ou Catching The Butterfly. Mais c'est sans doute The Drugs Don't Work qui domine ici, histoire forcément vécue, et qui devrait être un classique au moins aussi intemporel que Wonderwall. L'expression parfaite de l'âme humaine traduite en accords et en mots. Le genre de chanson qui fiche la chair de poule à chaque fois, et qui fait qu'on s'arrête dès qu'elle commence, pour l'écouter jusqu'au bout. Terrible.

Forcément, tout l'album n'atteint pas ce niveau, et ce n'est d'ailleurs pas son but : le groupe aime se complaire dans une certaine ambiance éthérée, aux antipodes de la Britpop de l'époque, comme dans un Neon Wilderness frôlant la rythmique trip-hop. Urban Hymns est l'album le moins tubesque de la période Britpop, contrairement à, par exemple (What's The Story) Morning Glory? ou The Great Escape, chaque morceau n'est pas un single potentiel. Mais c'est aussi le plus dense, peut-être le plus authentique. La seconde moitié est d'ailleurs nettement moins accessible que la première, à l'exception du single Lucky Man, sans doute le moins potent des quatre. One Day continue dans le sublime, et arriverait, si comparaison devait être faite, aisément au dessus des tubes surévalués de U2, par exemple.

Urban Hymns ne comprend pas vraiment de morceau de remplissage, même si les fans des singles ont sans doute été surpris par le reste de l'album. Come On conclut l'album par un déferlement de guitares limite shoegaze, et le fait très bien, comme le meilleur morceau qu'Oasis n'aura jamai eu le talent de créer. Comme évoqué plus haut, le groupe s'est violemment séparé, et à part quelques albums mineurs pour Ashcroft et la pige de Simon Tong chez Damon Albarn, on a plus entendu grand chose des cinq de Wigan, jusqu'à une reformation qu'on espère motivée, pour une fois...

 

The Drugs Don't Work

10:01 Écrit par Denis dans 1990s | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : 1997 |  Facebook |

10/07/2007

Foo Fighters - The Colour And the Shape (1997)

FooFighters-TheColourAndTheShapeIl est toujours intéressant de se souvenir des débuts d'un groupe qui est ensuite devenu énorme. C'est le cas des Foo Fighters, à l'origine projet solo post-Nirvana de Dave Grohl, qui s'est transformé en l'espace de dix ans et cinq albums en un des plus gros groupes US contemporains. The Colour And The Shape, qui fête ses dix ans en ressortant en version superbement remasterisée est le second Foo, le premier enregistré en tant que vrai groupe, et sans aucun doute leur meilleur.

Même si le premier album, Foo Fighters, ne comprenait que le seul Dave Grohl derrière chaque instrument, le but était de créer un nouveau groupe, et pas un projet solo déguisé. Pour cela, il a attiré l'ex-Nirvana Pat Smear, le bassiste Nate Mendel (seul Foo autre que Grohl a toujours être présent aujourd'hui) et le batteur William Goldsmith, qui ne sera présent que sur trois titres de l'album (Grohl s'étant chargé du reste, après avoir viré Goldsmith pour incompétence). TCATS débute tranquillement avec Doll avant d'exploser avec le fantastique Monkey Wrench, un des meilleurs morceaux alt-rock des années 90, et le type même de morceau capable de faire pogoter un service de soins palliatifs. Dès ce moment, on se rend compte que Grohl a gagné ses galons de songwriter, et comme chanteur, il ne se débrouille pas mal non plus. L'album suivra ce rythme souvent effréné, mais appliquant la bonne vieille recette Pixies : couplets calmes (parfois très calmes, la voix de Grohl pouvant être étonnamment douce) et refrains bruyants (parfois très bruyants, la voix de Grohl .. enfin voilà), comme parfaitement illustré par My Poor Brain, Hey! Johnny Park ou le superbe Wind Up.

Des deux autres côtés du spectre, on trouve les ballades February Stars et Walking After You et le très hard Enough Space, mais aussi et surtout l'autre gros hit de l'album, le morceau de perfection pop totale, Everlong. Des centaines de compositeurs seraient morts pour ça, et Grohl l'a sorti dès son second album, après des années passées dans l'ombre d'un des plus grands compositeurs des nineties.

Cette version anniversaire ajoute quelques faces B de l'époque, dont des reprises assez anecdotiques de Gary Numan et Killing Joke, mais surtout la chanson-titre, sans doute le morceau le plus hardcore jamais enregistré par les Foo Fighters.

Avec The Colour And The Shape, Dave Grohl s'extirpe définitivement de l'ombre de Kurt Cobain, avec un album certes classique mais très bien écrit et exécuté. Malheureusement, un certain penchant pour la grandeur et la relative facilité ont poussé les Foo a choisir la carte commerciale plutôt qu'artistique, ce qui n'empêche qu'ils restent un bon groupe, dont on attend avec curiosité le nouvel album en septembre. Sans jamais s'attendre qu'il fasse mieux que leur chef d'oeuvre.


Monkey Wrench
 

09:50 Écrit par Denis dans 1990s | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : 1997 |  Facebook |

22/11/2006

Blur - Blur (1997)

blur

En 1997, la guerre de la Britpop est terminée, remportée par Oasis. Blur pouvait donc se concentrer sur la qualité de leur musique, plutôt que sur un éventuel succès commercial, sachant que leurs futurs ex-rivaux mancuniens ne seront plus battus. Le cinquième album de Blur, éponyme, est aussi de loin le plus intéressant depuis le début, grâce à une variété étonnante, et à l'ajout de nouvelles influences.

Avant cela, Blur était le groupe anglais quintessentiel, celui qui parlait de la vie middle-class comme nul autre (quoique, Pulp...). Mais quelqu'un n'était pas d'accord avec tout cela, et ne se retrouvait plus dans l'image créé par Blur. Ce quelqu'un, c'est bien sûr Graham Coxon, guitariste de génie, et principal instigateur du virage musical pris par le groupe. Là où Damon Albarn (chanteur, principal compositeur et idole) puisait son insipration chez les Beatles, Faces, Jam et tout ce que l'Angleterre comptait comme pionniers, Coxon était plus intéressé par ce qui se passait outre Atlantique. Le grunge, les guitares (mal)traitées, c'était son truc.

Même si le morceau d'ouverture (Beetlebum) fait immanquablement penser aux Beatles (malgré un solo de Coxon qui donne le vertige), Song 2 montre clairement des influences bruitistes plus proche de Seattle (via Pixies) que du West End. Song 2 est peut-être leur morceau le plus connu, grâce à son refrain, mais il ne faut pas sous-estimer la crasse pure de la guitare de Coxon ainsi qu'une basse phénoménale (Alex James est un des bassistes les plus bruyants qu'il m'aie été donné de voir live). Ensuite, chaque morceau est une nouvelle exploration sonore, comme un Country Sad Ballad Man qui lorgne vers Pavement, M.O.R inspiré (et plus) de Bowie, ou encore l'instrumental très claviers retro Theme From Retro (évidemment). La première moitié du disque sur clôture sur un morceau solo de Graham Coxon (son premier) : le très lo-fi mais néanmoins époustouflant You're So Great. Coxon allait sortir son premier album solo, tout aussi lo-fi, quelques mois plus tard.

Ensuite, l'auditeur commence un peu à se perdre, dans les lignes de synthé tout droit tirée des Specials de Death of a Party au postpunk de Chinese Bombs, en passant par les expérimentaux I'm Just A Killer for Your Love et Strange News For Another Star. Seul Look Inside America fait référence à leur passé Britpop, mais les paroles ne laissent plus de doute quant à la nouvelle orientation de Blur. L'album se conclut sur un spoken word trip-hop qui déborde de partout, sans laisser aucune concession.

Blur version 2 était né, et allait donner quelques années plus tard l'excellent mais étrange 13, avant que la tension, déjà palpable ici, entre Albarn et Coxon arrive à son paroxysme : lors de l'enregistrement de Think Tank, Coxon claque la porte, préférant sa carrière solo (quatre albums à l'époque, six maintenant) à celle d'un groupe dans lequel il ne se retrouve plus du tout. Il n'est toujours pas revenu sur sa décision, malgré des appels du pied d'Albarn (par ailleurs occupé avec Gorillaz et son nouveau projet The Good The Bad and The Queen).

Blur ne sera donc sans doute plus jamais comme il était, et Blur est le meilleur moyen de s'en souvenir, juste après les excès Britpop et avant la bizarrerie totale de 13. La différence avec Oasis n'aura alors jamais été aussi claire.

PS : le jour où je publie cet article, Graham Coxon a évoqué pour la première fois un éventuel retour... Affaire à suivre.

23:29 Écrit par Denis dans 1990s | Lien permanent | Commentaires (2) | Tags : 1997 |  Facebook |