30/11/2007

Jeff Buckley - Grace [#23]

Jeff_Buckley_-_GraceLa carrière de Jeff Buckley fut courte. Un seul album, et une mort accidentelle (?) trois ans plus tard, alors qu'il venait juste d'atteindre la trentaine. On passera sur l'exploitation fort commerciale, pour être gentil, de sa discographie post-mortem (huit disques jusqu'ici) pour ne s'attarder que sur Grace, album important s'il en est, car il aura influencéé toute une série de chanteurs jusqu'à ce jour, le dernier en date étant le totalement toxique Mika.

Grace, qui est sorti en plein boom alternatif, montre un chanteur exceptionnel, de la trempe des plus grands. Capable de passer d'un murmure inaudible à des aigus Mercuriens, il habite littéralement chaque morceau, des originaux Grace et Last Goodbye aux reprises Lilac Wine et Corpus Christi Carol, hymne du quinzième siècle. Il aurait pu être un vocaliste rock extraordinaire, et c'est finalement le seul reproche qu'on peut faire à Grace. C'est un album AOR, adult-oriented rock, qui ne prend pas de risques, et qui sonne très classique. En somme, des bonnes chansons, effectivement élevées par une prestation vocale hors du commun, mais qui restent relativement apprivoisées, à l'exception peut-être du Led Zeppien Eternal Life.

Reste que pour ne pas être ému par sa version d'Hallelujah, il faut être mort.

Hallelujah
 

23:03 Écrit par Denis dans 1990s | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : 1994 |  Facebook |

26/11/2007

Green Day - Dookie (1994) [#68]

GreenDayDookieComme dirait l'autre, putain, treize ans... Dookie était le premier album de Green Day sur une major, après le succès de deux albums indépendants. Ils se sont vu taxer (évidemment) de sellouts, ont vendu des millions d'albums et ont même connu une transformation stupéfiante 10 ans après, avec le succès d'American Idiot. Reste que Dookie est toujours leur meilleure vente, et un des albums phares du punk US, version pop.

Treize ans après, tout cela a certes vieilli, mais se laisse gentiment réécouter. On sourit aux paroles, qui traitent, évidemment, des soucis adolescents du public cible, et en fait, de Green Day eux-même, encore bien loin des duos avec U2. On apprécie les riffs, simples et efficaces et on se rend compte que malgré son nom stupide, Tré Cool est un excellent batteur punk.

Basket Case (évidemment), Welcome To Paradise, She, Longview sont autant d'hymnes générationnels, un peu surévalués mais tellement sympatiques. On est clairement du côté radio-friendly du punk, mais FOD envoie bien la sauce quand il le faut. Ceci dit, même si Dookie reste une référence, les trois albums suivants révèleront un groupe meilleur, et un talent de compositeur certain pour Billie Joe Armstrong.

Tout en espérant que le nouvel album sera moins boursouflé qu'American Idiot, on réécoutera Dookie pendant de longues années encore. Ce qui ne sera pas vraiment le cas de Chocolate Starfish And The Hot-Dog Flavoured Water, si?


Welcome to Paradise

10:00 Écrit par Denis dans 1990s | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : 1994 |  Facebook |

30/07/2007

Pearl Jam - Vitalogy (1994)

PearlJamVitalogyVitalogy sera à jamais connu comme la dernière grosse vente du groupe, et aussi le début de ce qu'on pourrait qualifier de suicide commercial. Il s'est très bien vendu, surtout dans la première semaine (deuxième meilleur score de tous le temps, juste derrière Vs.), mais à l'époque, pas d'internet : on achetait, on écoutait après. Parce que Vitalogy est beaucoup de choses, mais commercial, certainement pas. Á commencer par le légendaire livret, inspiré d'un manuel de savoir-vivre réel, qui incitait les jeunes garçons à se détourner du mal absolu qu'est la pollution nocturne...

On le remarque dès le départ : le dépouillement extrême de Last Exit, suivi du punkoïde Spin The Black Circle, même s'ils rappellent la salve d'intro de Vs. ne sont pas à proprement parler radio-friendly. Spin The Black Circle leur rapportera quand même un Grammy, mais sans doute parce qu'on a cru que les paroles parlaient de drogue. Pearl Jam est maintenant parti sur sa propre route, mélangeant ses propres influences et ses points forts, qui s'amplifient encore ici. La suite ne donne pas non plus dans le facile : Not For You rassemble habilement un appel à la célébration de la jeunesse et une attaque vitriolique contre les labels avides, tandis que le mélancolique Nothingman est très chargée en émotions. Que dire également de Tremor Christ, et de sa rythmique implacable ou du violentissime Whipping, plaidoyer pro-avortement (ce qui ne les a pas aidé non plus, dans certaines parties peu civilisées de leur pays natal).

À ce moment, on peut dire deux choses : d'abord, que Vitalogy, de par son minimalisme sans compromis,  ne ressemble que très peu aux deux albums précédents, mais est nullement inférieur, et ensuite, que le plus bizarre reste à venir. Pearl Jam a consciemment cherché à saboter son image de sauveur du monde (ou presque), et surtout celle d'Eddie Vedder, d'autant plus considéré comme un dieu vivant que Kurt Cobain venait de connaître sa fin tragique. La face B de Vitalogy, c'est ça. L'auto-destruction d'un mythe, mais qui a permis à Pearl Jam, contre toute attente, de passer encore une étape,dans le long chemin vers la postérité.

Pry, To commence le voyage vers l'étrange. Á priori un collage sonore court qui parle d'un thème cher à Vedder, la vie privée, il se révèle nettement plus intéressant quand on le passe à l'envers. La seconde moitié de Vitalogy est une montagne russe, où des morceaux, disons, originaux succèdent à des chansons massives, parmi les meilleures composées à ce jour. Corduroy en fait évidemment partie, avec des paroles Vedderifiques et un solo estomaquant de McCready (et encore, une fois de plus, faut la voir en live...). Un classique parmi les classiques. Mais ries n'est simple, rien n'est prévisible. Bugs voit Vedder raconter plus ou moins n'importe quoi sur des cafards, sous fond d'accordéon. Finalement, on se rend compte que c'est justement une nouvelle métaphore sur le caractère dévorant des médias. Satan's Bed, basé sur un riff basique et efficace, sonne presque lo-fi. On pourrait difficilement être éloigné de la production clinquante de Ten.

Mais ce sont les quatre derniers morceaux qui cristallisent Vitalogy : Better Man, peut-être le plus gros tube potetiel du groupe, si seulement ils kle voulaient. Un vieux morceau datant du premier groupe de Vedder, Better Man est une nouvelle narration du point de vue féminin, probablement inspiré par sa propre histoire. Mais c'est surtout une popsong parfaite. Comment la faire suivre? Eh bien, c'est simple : par un instrumental vaguement latino. Mais le morceau suivant ne saurait pas être précédé par quoique ce soit.

Immortality. On a beaucoup spéculé sur l'origine des paroles, et il est impossible de ne pas faire le rapprochement avec Cobain, même si le elles étaient écrites avant sa mort. Some die just to live. Une intro simple, mais superbe, et un crescendo instrumental captivant. Immortality est le morceau qui fait passer Pearl Jam du statut d'excellent groupe rock à celui de compositeurs de très haut niveau, du plus haut niveau. Ils sont là-bas, avec Hendrix, Dylan, Lennon, et très peu d'autres. La conclusion de l'album l'envoie définitivement dans la catégorie étrange. Un collage sonore de huit minutes, comprenant entre autres des samples d'interviews de patients de maisons psychiatriques. Hey Foxymophandlemama, That's Me - c'est son titre - remporte haut la main le prix de morceau le plus bizarre de Pearl Jam, titre qu'il conserve à ce jour. Cela confirme une chose : Vitalogy a été conçu comme un album particulier, sans aucune concession commercial et, semble-t-il, aucune contrainte.

Pourtant, les choses n'étaient pas simples pour le groupe : outre les soucis avec les effets secondaires de la célébrité, Pearl Jam a du faire face aux classiques tensions internes, qui ont eu la peau du batteur Dave Abbruzzese (remplacé avantageusement par l'ex-Red Hot Jack Irons) et qui pèseront sur les sessions du prochain album, qui terminera ce qu'on pourrait appeller la phase de la découverte. No Code est leur album le plus créatif, comme on le verra bientôt.


Immortality
 

10:00 Écrit par Denis dans 1990s | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : 1994 |  Facebook |

07/03/2007

Therapy? - Troublegum (1994)

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Pour des raison parfois difficiles à comprendre, certains groupes connaissent un succès important dans certains pays, et pas dans d'autres. C'est, ou du moins c'était, le cas de Therapy?, groupe nord-irlandais qui a connu, entre les années 94-98 un grand succès en Belgique, qui s'est confirmé par un beau paquet d'apparitions en festival, et en concert au quatre coins du pays (et pas seulement aux typiques Werchter/Pukkelpop/Bruxelles).

Le succès commercial commença avec cet album, leur second album complet. Par chance, il sortit en même temps que la fin de la vague grunge, ce qui poussa les média à les voir comme sauveurs du rock et trucs de genre, ce qui peut toujours être utile pour vendre des disques. Le single majeur de Troublegum, Screamager, sortit un an plus tôt (Shortsharpshock EP) et se retrouve carrément dans le top 10 anglais. L'album connut aussi un grand succès, notamment grâce aux autres singles, Nowhere, Turn, Die Laughing et Isolation.

Tout cela est très bien, mais que vaut l'album? Et bien, il est très bon. Alliant le mal-être de la période grunge à des riffs punk rock, le tout emmené par une section rythmique assez exceptionnelle, la musique de Troublegum pouvait atteindre un maximum de personnes aux oreilles pas trop bouchées. Les morceaux sont accrocheurs (oserais-je dire pop?) tout comme la voix d'Andy Cairns (le type le plus sympathique du rock). Mais la puissance, et parfois la violence ne sont pas négligées, tout au long de quatorze morceaux d'apparence assez simples (Cairns était à l'époque le seul guitariste) mais marquants. Knives, par exemple, compresse en moins de deux minutes la puissance de Black Sabbath qui se fait bastonner par Bad Brains, alors que les singles déjà cités sont un mélange parfait entre mainstream radio (enfin, pour 1994, 13 ans après les choses ont hélas changé) et rock n roll. D'autres tracks, comme Hellbelly ou Stop It You're Killing Me apportent leur lot de riffing frénétique, et l'excellente reprise de Joy Division (Isolation) confirme les thèmes omniprésents : la solitude, le désespoir, le manque de confiance, voire la folie.

Vers la fin de l'album, Unrequited ajoute quelques accords de violon, qui seront longtemps présents dans la vie du groupe, grâce à Martin McCarrick, qui deviendra plus tard leur second guitariste. Car Therapy?, en 18 ans de carrière toujours en cours, n'aura jamais fait deux fois le même album. Troublegum n'est sans doute d'ailleurs même pas leur meilleur. Le succès commercial durera encore un album, Infernal Love, leur plus commercial (avec les singles Diane et Stories), avant que le très troublé Semi-Detached leur fasse vivre un
No Code.

Malgré quelques changements au sein du groupe (changement de batteur, départ du second guitariste); le groupe conserve des fans fidèles, et suffisamment de support pour leur permettre de sortir régulièrement des albums (tous recommandables, mais avec des styles assez variés) et surtout, de partir en tournée, véritable raison d'être d'un groupe particulier, qui joue de la musique par passion, et qu'on ne peut qu'admirer. Troublegum étant une de ses multiples facettes.

15:46 Écrit par Denis dans 1990s | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : 1994 |  Facebook |