12/04/2007

Faith No More - Angel Dust (1992)

Angel_Dust_92

Aujourd'hui, on se souvient de Faith No More comme un des principaux instigateurs du rap metal, mais il ne faut pas leur en tenir rigueur, ils ne s'en rendaient pas compte. Pour preuve, Angel Dust, datant de 1992, et généralement cité comme un des albums les plus innovants de la décennie. C'était déjà le quatrième album du groupe, et le second avec son légendaire vocaliste, Mike Patton. Le précédent, The Real Thing, a permis de leur assurer un succès alternatif, grâce aux hits From Out Of Nowhere et Falling To Pieces. Mais c'est définitivement avec Angel Dust que Faith No More allait passer la vitesse supérieure. Pas vraiment commercialement, même s'il s'est bien vendu, mais clairement artistiquement.

Angel Dust est bizarre. Très bizarre. Maintenant, on connaît la propension de Patton à la bizarrerie totale, mais là on commençait seulement à s'en rendre compte. La base des morceaux, du moins leur majorité, est relativement classique, mais l'exécution est généralement fort particulière. Land of Sunshine, premier morceau : riffs metal, basse funk, un solo de guitare très classique, des claviers limite black metal, et Mike Patton, qui croone, puis se met à rigoler comme un malade tout en lisant des conseils de vie de gâteaux de chance chinois, et des extraits de tests de personnalité scientologiques. On continue, Caffeine (morceau culte d'un estimé collègue ;) ), qui confirme son titre grâce à une puissance métallique impressionnante, et un middle eight inquétant, qui confirme que Patton sait chanter n'importe quoi n'importe comment.

On ne trouve que deux "hits" sur cet album, même s'il est considéré comme leur meilleur, c'est tout dire. Heureusement, Midlife Crisis et A Small Victory sont aussi de grande qualité, même s'ils n'ont pas toujours le caractère étrange qui domine l'album. Encore d'autres exemples? RV, un spoken word qui voit Patton se moquer du redneck way of life sur une musique partiellement basée sur le célèbre Underworld Theme de Super Mario Bros ; ou l'arabisant Smaller And Smaller. Mais rien n'est plus barré que la fin de l'album, avec l'indescriptible Jizzlobber, et les reprises en bonus : le thème de Midnight Cowboy et Easy de Lionel Richie.

J'aurais pu mettre chaque morceau en évidence, mais l'album se doit d'être écouté dans son ensemble. On pourra facilement comprendre pourquoi cet article est un foutoir : Angel Dust est indescriptible. Dites, les gars, tout le monde se reforme, ces jours-ci... Siouplé?


Caffeine

14:12 Écrit par Denis dans 1990s | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : 1992 |  Facebook |

07/04/2007

Alice In Chains - Dirt (1992)

AliceinChainsDirt

C'est une coïncidence, mais cela fait un peu plus de cinq ans que Layne Staley est mort, mettant un point final à la spéculation d'une éventuelle reformation d'Alice In Chains, un des quatre grands groupes grunge des années 90. L'addiction de Staley pour l'heroïne aura causé sa perte, et est le thème principal de Dirt, album d'une perfection fabuleuse.

Them Bones ouvre l'album, majoritairement composé par le guitariste Jerry Cantrell, et reste, un morceau très puissant, même si les paroles laissent toujours un goût amer. Dam That River montre, comme d'autres extraits de l'album, l'influence de Black Sabbath sur Cantrell, même si on n'est jamais dans la pâle copie. Staley porte l'album, grâce à sa voix exceptionnelle, qui n'a jamais eu aucun équivalent. Vedder, Cornell, Staley : finalement, le seul point commun entre les trois de Seattle (Nirvana étant un peu à part) est d'avoir un vocaliste exceptionnel.

Comme évoqué plus haut, le ton de l'album est très personnel, et focalisé sur les addictions de Staley. On se sent parfois mal à l'aise devant la mise à nu d'un homme troublé, malade mais encore lucide face à sa maladie. Sickman, God Smack, Dirt : tant de témoignages à fleur de peau, d'une homme luttant contre un fléau qui finira, dix ans plus tard, par avoir le dernier mot.

Mais les paroles seraient oubliées depuis belle lurette sans la puissance de frappe du groupe, et notamment de Cantrell, qui use et abuse de toutes les facettes connus (grâce à lui!) du grunge, pédales wah-wah et fuzz, tempo étouffant. Mais comme on le verra quelques années plus tard lors de leur Unplugged, les morceaux fonctionnent très bien de façon plus dépouillée, preuve d'un réel talent de composition. Dirt est d'autant plus exceptionnel qui, si l'on excepte les 43 secondes bizarres où Tom Araya parodie Iron Man, il n'y a pas un morceau inférieur tout au long de l'album. De même, il bénéficie de quelque chose de rare : un dernier morceau phénoménal, Would?, peut-être leur morceau le plus connu.

Le succès recueilli par l'album ne sauvera pas Staley, mais lui permettra juste de tenir le coup. Alice In Chains sortira encore un EP, un album et le MTV Unplugged. Avant la déchéance, la mort dans la solitude totale, et le corps retrouvé deux semaines après. Que dire de plus? Il faut écouter Dirt.


Would?

01:36 Écrit par Denis dans 1990s | Lien permanent | Commentaires (2) | Tags : 1992 |  Facebook |

28/02/2007

Rage Against The Machine - Rage Against The Machine (1992)

rage

En 1992, même si cela semble impossible à imaginer maintenant, on voyait des clips de rock à la TV. Même sur MTV. L'attention était centrée sur Seattle, où deux groupes en particulier se faisait entendre : Pearl Jam et Nirvana. Un peu plus au sud, un des mélanges musicaux les plus extrêmes et les plus importants de l'histoire commençait à faire du bruit. Beaucoup de bruit.

En 1992, même si cela semble impossible à imaginer maintenant, on ne voyait pas beaucoup de clips de rap à la TV. Même pas sur MTV. Le mouvement était encore underground, et signifiait encore autre chose que des pouffes aux gros seins, des bagnoles tunées et des sonneries de GSM. C'était la voix de la rue, the Voice of the Voiceless. Voix qui faisait peur a l'establishment WASP américain, malgré le génie et la popularité d'artistes comme Public Enemy ou Afrika Bambaataa, pour n'en citer que deux. Aussi peur, si pas plus, que le heavy metal des années 70.

Il ne manquait plus qu'allier les deux, y ajouter une grosse dose de littérature sociale, pour tenter de changer le monde. Et pour cela, quoi de mieux qu'un groupe composé de gamins d'origines et de cultures diverses. Rage Against The Machine est né, et en 1992 sortit un des albums les plus importants jamais enregistrés. Zach de la Rocha, Tom Morello, Tim Commerford et Brad Wilk allaient changer le rock n roll.

Car il changea la face de l'industrie musicale, créant un pont entre les différents styles musicaux (ce qu'avaient déjà tenté de faire, avec succès, les jeunes Red Hot Chili Peppers), alliant différentes cultures derrière un message politique, pire : communiste. Rage n'a jamais fait dans la demi-mesure. Quand ils faisaient de la critique sociale, c'était avec un message marxiste, quand ils voulaient supporter les minorités opprimées dans le moden, c'était en apportant des armes à la guérilla mexicaine, et quand ils voulaient se faire ententdre, c'était avec de la putain de musique.

Putain de musique, alliant la violence pure du hardcore new-yorkais, le phrasé des meilleurs MC, le rythme de Funkadelic et du pur metal influencé par Jimmy Page et Fred Sonic Smith. Le premier album, dans sa totalité, est un exemple parfait de tout cela, et il serait aussi futile qu'inutile de le diviser en morceaux individuels, même si Killing In The Name Of est un vrai hymne, donc le thème sera toujours d'actualité pour de nombreuses années.

Mais le plus bluffant, c'est l'incroyable talent musical du groupe, avec une section rythmique dantesque et Tom Morello, éminemment reconnu comme un des guitaristes les plus originaux du monde. Rage a toujours mis un point d'honneur à préciser qu'aucun instrument autre que guitare, basse et batterie n'était présent sur leurs disques, ce qui est stupéfiant, quand on entend Morello imiter tour à tour un mur de violons et une platine de DJ.

Trois excellents albums plus tard (plus un album de reprises tout aussi percutant), Rage Against The Machine se sépara dans la douleur. Zach de la Rocha disparut du radar, alors que les trois musiciens formèrent Audioslave, donc la carrière (trois albums) ne fut pas vraiment une réussite. Et il y a quelques semaines, arrive l'improbable : Rage Against The Machine se reforme, tout d'abord pour un concert unique au festival de Coachella, et ajoute ensuite trois dates conjointes avec le Wu-Tang Clan. Allié avec la fin officielle d'Audioslave, on se met à rêver d'une reformation, d'un nouvel album qui serait tellement d'actualité (il suffit d'imaginer que Rage était déjà fini quand Bush accéda au pouvoir), et d'un triomphal retour.

Dans une époque où tout est mis en oeuvre pour nous empêcher de réfléchir, nous devons mettre toutes les chances de notre côté. Et Rage Against The Machine est plus qu'une chance, c'est un modèle de vie et de réflexion.

15:59 Écrit par Denis dans 1990s | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : 1992 |  Facebook |