23/02/2009

Blur - Leisure

LeisureUKAvant d'écouter Leisure, premier album de Blur sorti en 1991, il faut se replonger dans un contexte vieux de presque vingt ans : la scène britannique pleurait toujours la mort des Smiths et se consolait avec le baggy des Stone Roses et Happy Mondays et le shoegaze de My Bloody Valentine. Quelque part du côté de Manchester, un gamin nommé Noel Gallagher attendait son heure, tandis qu'aux USA, l'explosion de Seattle était imminente. C'est donc clairement sous influence que Damon Albarn, Graham Coxon, Alex James et Dave Rowntree, déjà partiellement produits par Stephen Street, commencèrent leur carrière discographique avec le single She's So High, qui était déjà tellement caractéristique, avec un riff déjà classique.

Leisure est probablement le moins bon album de Blur, seuls ceux qui seront allergiques aux expériences futures le contrediront. Ce qui est assez énorme en soi : quel groupe peut se dire que leur premier album est leur moins bon? (Suggestions à l'adresse habituelle.) Rien n'est à jeter ici, même si on sent parfois le poids des années : Bang est directement à inscrire dans la lignée des Roses et Mondays précités, en y ajoutant un de ces refrains qui seront une des spécialités du groupe. De même, la ligne de snythé de Repetition est trop... répétitive. L'album est d'autant plus intéressant à réécouter quand on le recontextualise en tenant en compte ce qu'on sait de Blur, 18 ans après. On trouve déjà une basse dominante, des éléments bruyants mais sporadiques (Slow Down, Fool), et la voix typiquement posh/neurasthénique d'Albarn. Encore plus étonnant, les expérimentations de Blur ou 13 trouvent déjà leur source dans un morceau comme Sing (apparemment une grande influence du dernier Coldplay, avec Satriani, je suppose). Seule différence majeure avec la suite, les chansons ne veulent pas dire grand chose. Mais oooh, ça va vite changer...

Il ne manque finalement que les grandes chansons (même si, She's So High...) mais Modern Life Is Rubbish n'est pas loin. Plus qu'un guilty pleasure, Leisure est un chouette album, et une introduction aussi passionnante qu'étonnante d'un des meilleurs groupes des 90s. Certains morceaux (Wear Me Down!) mériteraient en tout cas d'être revisités lors des concerts de réunion cet été.

23:27 Écrit par Denis dans 1990s | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : 1991 |  Facebook |

20/02/2008

Nirvana - Nevermind (1991) [#6]

folderChaque génération a son moment. Voici le mien. Nirvana n'est pas le meilleur groupe de tous le temps, a pas mal plagié à droite et à gauche, mais a réussi à toucher profondément un nombre incalculable d'adolescents de l'époque, pour qui la première vision du clip de Smells Like Teen Spirit restera un des moments les importants de leur vie.

C'est, on le sait, Smells Like Teen Spirit qui ouvre Nevermind. Que dire qui n'a pas été dit et redit, de l'intro légendaire (peut-être, mais sans doute pas, empruntée à Boston), aux paroles qui exprimaient l'angoisse, la peur à la perfection en passant par la brutalité de la production, crue, minimaliste. Derrière les fûts, pour la première fois chez Nirvana, un certain Dave Grohl, qui deviendra ironiquement un plus grande star que Kurt Cobain l'aura été de son vivant. Parce que, qu'on le veuille ou non, Nirvana, c'est Cobain.

Il n'était peut-être pas un grand chanteur, ni un virtuose de la guitare. Mais il a réussi à faire passer ses sentiments, son âme, à travers de son oeuvre, et peu de musiciens auront réussi à la faire à ce point. La ligne mélodique de Come As You Are est un bon exemple : extrêmement simple, augmentée par un leger effet, elle reste une des mélodies les plus reconnaissables des années 90. C'est d'ailleurs cet effet qui donne un étrange sentiment de malaise, amplifié par le chant décharné de Cobain.

Nevermind n'est pas loin d'être l'album parfait. Il n'y a en tout cas rien à jeter, et plus de quinze ans après, il sonne toujours très frais. Le génie, car génie il y a eu, de Cobain a été d'allier musique puissante, aux influences punk/metal/hardcore à une sensibilité pop : on se souvient des morceaux de Nirvana parce que les mélodies rentrent en tête et n'y sortent plus jamais, en tout cas pour Nevermind. Oui, il s'est fortement inspiré, pour ne citer qu'eux, des Pixies. Mais, aussi immense puisse être la bande de Black Francis, Nirvana était le groupe du peuple. Et lls auront réussi à amener un type de musique peu commerciale à ce peuple, qui en redemandera pendant des années.

Nevermind comporte toute une série de morceaux cinglants, et assez violents, même si tout est relatif : il est probable qu'il aura servi de porte d'accès aux influences de Cobain, comme Black Flag ou Hüsker Dü. Reste que l'album est somme tout assez modéré, à l'exception de Territorial Pissings : Cobain changera tout ça avec le suivant (et dernier) In Utero. Breed allie à la perfection les considérations punk et pop, les yeah yeah yeahs du refrain rappelant une des autres influences majeures de Cobain , les Beatles. Sur le plan des paroles, les psys amateurs pouvaient déjà s'y donner à coeur joie, comme sur Lithium : “I found my friends / They're in my head / I shaved my head / But I'm not sad”.

L'album se clôture avec Something In The Way, musicalement calme mais atmosphériquement intense, et résumant somme toute bien Nevermind : un disque dense, qui n'a pas nécessairement besoin d'exprimer sa violence pour la faire ressentir. Tous les thèmes présents ici seront redéfinis pour In Utero, où l'âme de Cobain sera définitivement mise à nu. Les prémices du chef d'oeuvre de Kurt Cobain sont ici, et resteront à jamais inoubliables.


Breed
 

21:14 Écrit par Denis dans 1990s | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : 1991 |  Facebook |

18/07/2007

Pearl Jam - Ten (1991)

PearlJam-TenCe n'est jamais facile de parler d'un album classique, qui se suffit à lui-même et qui est bien au dessus de n'importe quel type de critique, favorable ou pas. Ten, évidemment, en fait partie. Un fait très difficile à croire et à imaginer de nos jours, où l'on se contente d'assez peu : Nevermind et Ten, deux des albums le plus importants de l'histoire du rock, sont sortis dans un intervalle d'un mois. Ten s'est mieux vendu (même s'il n'a commencé à se vendre qu'un an après sa sortie), mais Nevermind a bénéficié de la légende (méritée) de son géniteur. Ceci dit, contrairement à Nirvana dont la carrière s'est arrêtée fort tôt, Ten ne fut jamais que le commencement d'une carrière inouïe. Parlons-en.

Après l'expérience cathartique que fut Temple Of The Dog, Pearl Jam, alors appellé Mookie Blaylock, pouvait enregistrer ses propres compositions : les toutes premières provenaient de démos instrumentales enregistrées alors par Stone Gossard, auxquelles Eddie Vedder ajouta très rapidement ses textes et voix. Par une coïncidence étonnante, le batteur lors de ces sessions fut Matt Cameron, alors chez Soundgarden, qui rejoindra PJ une dizaine d'années plus tard. Un batteur fut engagé (Matt Chamberlain, Dave Krusen qui joua sur l'album avant d'être remplacé par Dave Abbruzzese), d'autres morceaux furent écrits, et la production de Ten pouvait débuter, pour arriver à sa sortie, le 27 août 1991.

Les premieres secondes sont calmes, une impro basée sur la basse appellée Master/Slave, avant que, sans prévenir, le premier des riffs immenses de Stone Gossard ne déchire le ciel : Once, et déjà, un petite histoire doit être racontée. Eddie Vedder, responsable de toutes les paroles de l'album, sera bien vite connu pour l'intensité (désolé si j'utilise intensité souvent, je n'ai pas le choix) de ses mots. Once, un excellent exemple, fait originalement partie d'une trilogie thématique, malheureusement démembrée sur l'album. On reparlera de cette trilogie lorsque nous arriverons à son premier morceau.

Once, donc, dépeint la descente aux enfers d'un jeune homme à l'enfance brisée, qui devient, presque malgré lui, un assassin. Le pitch thématique de Ten est fixé : alors que Kurt Cobain focalisait ses histoires sur une autobiographie surréaliste, Vedder adopte plusieurs points de vue, pour passer du particulier au général, avec une maîtrise impressionnante. Musicalement, on remarque déjà la dynamique du groupe : Gossard envoie le riff, Mike McCready colore les couplets et génère des solos qui deviendront légendaires, alors que la section rythmique, dominée par la basse de Jeff Ament, est d'une grande solidité. La suite conservera les mêmes bases.

Even Flow et Alive, les deux morceaux qui suivent, forment deux des quatres côtés du carré des morceaux les plus populaires du groupe : leurs vidéos passaient en boucle sur MTV (si si, de la musique avec guitares sur MTV), et leur caractère expansif ont permis d'en faire des hymnes intemporels. Pourtant, une histoire de sans-abris (Even Flow) et d'inceste (Alive) n'était pas vraiment censé faire exploser les ventes. Mais la formule vraiment magique concoctée par Pearl Jam a réussi l'impossible. Seize ans après, les morceaux ont assez bien vieilli, mais avec deux réserves. D'abord, la comparaison avec les versions live est souvent difficile. Le groupe est bien meilleur musicalement maintenant qu'il ne l'était alors, ce qui est logique, et Even Flow en particulier est différent en concert : nettement plus rapide, et agrémenté d'un long solo (à chaque fois différent) de McCready. Ensuite, et c'est le gros point noir de Ten, la production, faite d'effets vocaux énervants et superflus et d'un certain manque de subtilité. C'était peut-être l'esprit de l'époque, mais une production heavy metal of the eighties n'était sans doute pas la meilleure idée. D'ailleurs, le cap pris par le groupe pour le second album est radicalement différent, mais on en reparlera bientôt.

Alive, qu'on ne présente plus, est basé sur une expérience semi-autobiographique d'Ed Vedder, qui a été élevé par quelqun qu'il pensait être son père, mais qui ne l'était pas. Il a transformé ce douloureux souvenir, ajouté une sordide histoire d'inceste ("there's something wrong she said... of course there is") pour créer la première partie de la Trilogie Mamasan, l'enfance du héros. Dans la seconde partie, Once, le héros dévale la mauvaise pente pour se retrouver face à la mort, en prison, lors de la magnifique conclusion, Footsteps (disponible en face B ou sur la compilation de raretés Lost Dogs).

Les autres morceaux de Ten ne sont pas nécessairement liés entre eux : Why Go est inspirée d'un vrai fait divers, et représente le premier exemple d'une particularité de Vedder, son aptitude à prendre un point de vue féminin, et avec un brio inégalé. Why Go est "simplement" un morceau bien rock, qu'on pourrait rapprocher de Deep. Ce dernier, tout aussi rock, est inspiré par les ravages de la drogue, mais avec une touche tout particulière, très imagée, très poétique. Le hard rock des années 80 est bel et bien enterré.

Ensuite, les deux autres morceaux icones se suivent : la ballade interstellaire, Black. Un des seuls morceaux qui me font rester muet, tant il est difficile d'exprimer les émotions ressenties à son écoute. Black est immense, et Eddie Vedder arrive à s'exprimer avec une intensité et une passion inimitables, une pureté et une sincérité totales. Une fois de plus, on préférera une version live, mais il faut toutefois se souvenir que tout part d'ici. L'autre ballade de Ten, Garden, tente de conserver la même émotion, et y arrive, même si le niveau est un peu moindre. Les deux morceaux sont surélévés par une nouvelle prestation hendrixienne de McCready, tout en finesse aiguë.

De manière non musicale, Black est aussi un point de rupture très important pour le groupe : Epic, le label, voulait le sortir comme cinquième single, ce que Pearl Jam a sèchement balayé, refusant de tourner des vidéos promo jusqu'à nouvel ordre. On s'intéressera à cet aspect lors de l'analyse du second album, le bien titré Vs.

Il reste trois morceaux, le brûlot punk Porch (seule composition totale de Vedder, qui montre donc aussi qu'il sait composer), qui prend toute son ampleur en concert, durant souvent plus de neuf minutes (je sais, je me répète), le superbe Oceans (mais le producteur Rick Parashar aurait du sa casser une jambe, ce jour-là), première apparition de l'obsession de Vedder pour la nature, et la mer en particulier, et le dernier morceau, Release.

Release, lorsqu'il est joué en concert, l'est toujours en premier lieu, comme une incantation, une préparation à ce qui va suivre. Thématiquement, le morceau est un message de Vedder à son père biologique, et comme souvent, il vaut mieux laisser la musique parler d'elle-même, le messager n'étant pas à la hauteur. Master/Slave refait ensuite une plus longue apparition, pour clôturer un des albums les plus importants jamais réalisés, une démonstration de force d'une intensité maximale.

Ten est souvent critiqué. Pour sa production, comme déjà évoqué, mais aussi pour être le représentant du côté plus commercial du grunge, alors que Nirvana était censé représenter le versant artistique. Ce qui était une vaste connerie, évidemment. Loin de vouloir critiquer Nirvana, que j'aime beaucoup, les années ont apporté le jugement dernier. Le grunge est tant que tel n'était jamais qu'une bête invention commerciale : si Nirvana, Pearl Jam, Soundgarden et Alice In Chains venaient de quatre villes différentes, on n'en aurait jamais parlé (du grunge, pas des groupes). Enfin, la suite de la carrière du groupe termine d'enfoncer le clou. Comme on le verra dans quelques jours, ils ont brillamment négocié le cap du second album, en évitant toute facilité. Ten est, et restera, un des plus extraordinaires premiers albums de l'histoire du rock.
 
 
Once 
 

09:30 Écrit par Denis dans 1990s | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : 1991 |  Facebook |

06/07/2007

Temple Of The Dog - Temple Of The Dog (1991)

TempleOfTheDogÉtrange, comment l'Histoire se constitue, parfois. Quand le chanteur du groupe de Seattle Mother Love Bone, Andrew Wood, mourut d'une overdose, son proche ami Chris Cornell décida d'enregistrer un album hommage, on était alors en 1990. Cornell amena son batteur dans Soundgarden, Matt Cameron, et se fit accompagner par deux ex-Mother Love Bone, Stone Gossard (guitare) et Jeff Ament (basse). Ils recrutèrent un guitariste local, Mike McCready, qui jouait déjà avec Gossard et Ament au sein de Mookie Blaylock. Le chanteur de ces derniers prêta également sa voix à l'album, plus par hasard qu'autre chose. Son nom? Eddie Vedder.

L'équation est simple : sans tout cela, pas de Pearl Jam aujourd'hui, simplement. C'est encore plus clair depuis quelques années, vu que Cameron est devenu le batteur de Pearl Jam après le départ de Jack Irons. Mais intéressons-nous à cet album particulier, véritable légende parmi les fans du mouvement alternatif de Seattle.

L'album, dominé par les compositions de Cornell, est relativement inégal et mal balancé, mais il reste que le talent inouï des différents intervenants commençait à se faire sentir : Hunger Strike est un morceau mélodiquement parfait, et qui comprend la toute première partie vocale enregistrée par Ed Vedder, Pushing Forward Back est emmené par un rythme complexe du toujours sous-estimé Matt Cameron, alors que Reach Down dure onze minutes sans jamais baisser de niveau : McCready y sort le premier de ses solos légendaires. Ailleurs, Cornell donne sa propre version de Footsteps, que Pearl Jam sortira un peu plus tard (Times Of Trouble) et règne en maître sur l'album, grâce à sa voix puissante et fortement maîtrisée. On pourrait d'ailleurs lui reprocher d'en faire trop (qui a dit Céline Dion? Mauvaises langues), une critique qu'il endossera pendant les 17 années suivantes (car ce n'est pas fini).

Pour le reste, Temple Of The Dog n'arrive certes pas au niveau que Pearl Jam et Soundgarden atteindra plus tard, mais les bons morceaux sont exceptionnels, et il reste un album indispensable, que ce ne soit que pour son importance historique. Une reformation ponctuelle reste possible (tout le monde est encore bien là) et serait assez dingue, mais je ne suis pas sur de vouloir voir Cornell démolir les morceaux une fois de plus. *soupir*
 
 
Hunger Strike
 

09:00 Écrit par Denis dans 1990s | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : 1991 |  Facebook |