06/12/2006

Manic Street Preachers - Everything Must Go (1996)

msp

Les Manic Street Preachers auront vraiment eu une carrière bizarre, pleine de rebondissements et de coups durs qui auraient anéanti la plupart des groupes actuels. Tout a commencé avec un album énorme (18 morceaux, 75 minutes et la promesse - non tenue - de splitter s'il ne se vendait pas à 20 millions d'exemplaires, ce qui ne fut évidemment pas le cas). Deux albums plus tard sortait l'extraordinaire The Holy Bible, un des albums les plus puissants de l'histoire, et aussi un des plus bruts. Il restera connu à jamais comme le chef d'oeuvre du groupe, mais contre toute attente, le succès commercial viendra juste après, avec Everything Must Go.

Avant toute chose, il faut souligner l'atmosphère particulière qui précéda la sortie du disque : en effet, le designer/lyriciste du groupe, Richey James Edwards (responsable en grande partie de l'ambiance mobide/intense de The Holy Bible) disparut le 1er février 1995, à la veille d'une tournée promotionnelle. Il n'a toujours pas été retrouvé à ce jour. Après quelques mois de réflexion, le groupe décidé de poursuivre en tant que trio, en conservant quelques morceaux co-écrits par Edwards, pour leur nouvel album.

Et c'est sur des bruits de marée (évoquant un possible suicide d'Edwards, profondément dépressif) que l'album commence, et on sent dès le début que le groupe a voulu marquer la différence : les ambiances sombres sont ici remplacées par des morceaux amples, des instrumentations variées et un son puissant, aux antipodes du huis-clos de THB. Tout cela est évidemment parfaitement démontré dans le moceaux suivant, peut-être le plus grand single de rock anglais des années 90 : A Design For Life. Hymne puissant basé sur leurs origines prolétaires, le morceau propulsa le groupe au faîte du rock indie anglais, et fit de l'album un classique.

Les autres morceaux n'abaissent pas le niveau, au contraire : Kevin Carter, construit autour des vers non linéaires d'Edwards prend des tours et détours inattendus (comme un solo de trompette), Everything Must Go et Australia montre un groupe confiant malgré tout, et qui veut maintenant se faire entendre du plus grand nombre.

Ceci dit, Everything Must Go, même si beaucoup plus aisé à écouter que son prédécesseur, comporte quelques passages moins faciles, comme la magnifique ballade Small Black Flowers That Grow In The Sky aux paroles très noires, ou le magnifique dernier morceau, No Surface All Feeling, qui exemplifie au maximum le style de l'album, tout en puissance et en guitares multipliées. Qui d'ailleurs sont parfois trop mises en avant, la production trop "produite" étant sans doute le défaut de l'album.

Everything Must Go n'arrive pas au niveau de The Holy Bible, mais de toute façon, ce n'était pas le but. L'album montre un nouveau départ, une renaissance pour le groupe, même si l'avenir peu glorieux (les trois albums suivants se révéleront assez pâles, malgré quelques bons passages) ne le confirma pas. Á l'époque, les Manic Street Preachers venaient de sortir un des meilleurs albums de 1996, semblaient enfin tenir leurs promesses de domination globale, mais resteront à jamais connus dans l'histoire du rock pour avoir crée deux excellents albums, pour des raisons totalement différentes.


PS : l'album vient de ressortir en version spéciale, l'album original remasterisé et accompagné de morceaux live, de demos, de toutes les faces B et d'un DVD.

15:16 Écrit par Denis dans 1990s | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : 1996 |  Facebook |

22/11/2006

Blur - Blur (1997)

blur

En 1997, la guerre de la Britpop est terminée, remportée par Oasis. Blur pouvait donc se concentrer sur la qualité de leur musique, plutôt que sur un éventuel succès commercial, sachant que leurs futurs ex-rivaux mancuniens ne seront plus battus. Le cinquième album de Blur, éponyme, est aussi de loin le plus intéressant depuis le début, grâce à une variété étonnante, et à l'ajout de nouvelles influences.

Avant cela, Blur était le groupe anglais quintessentiel, celui qui parlait de la vie middle-class comme nul autre (quoique, Pulp...). Mais quelqu'un n'était pas d'accord avec tout cela, et ne se retrouvait plus dans l'image créé par Blur. Ce quelqu'un, c'est bien sûr Graham Coxon, guitariste de génie, et principal instigateur du virage musical pris par le groupe. Là où Damon Albarn (chanteur, principal compositeur et idole) puisait son insipration chez les Beatles, Faces, Jam et tout ce que l'Angleterre comptait comme pionniers, Coxon était plus intéressé par ce qui se passait outre Atlantique. Le grunge, les guitares (mal)traitées, c'était son truc.

Même si le morceau d'ouverture (Beetlebum) fait immanquablement penser aux Beatles (malgré un solo de Coxon qui donne le vertige), Song 2 montre clairement des influences bruitistes plus proche de Seattle (via Pixies) que du West End. Song 2 est peut-être leur morceau le plus connu, grâce à son refrain, mais il ne faut pas sous-estimer la crasse pure de la guitare de Coxon ainsi qu'une basse phénoménale (Alex James est un des bassistes les plus bruyants qu'il m'aie été donné de voir live). Ensuite, chaque morceau est une nouvelle exploration sonore, comme un Country Sad Ballad Man qui lorgne vers Pavement, M.O.R inspiré (et plus) de Bowie, ou encore l'instrumental très claviers retro Theme From Retro (évidemment). La première moitié du disque sur clôture sur un morceau solo de Graham Coxon (son premier) : le très lo-fi mais néanmoins époustouflant You're So Great. Coxon allait sortir son premier album solo, tout aussi lo-fi, quelques mois plus tard.

Ensuite, l'auditeur commence un peu à se perdre, dans les lignes de synthé tout droit tirée des Specials de Death of a Party au postpunk de Chinese Bombs, en passant par les expérimentaux I'm Just A Killer for Your Love et Strange News For Another Star. Seul Look Inside America fait référence à leur passé Britpop, mais les paroles ne laissent plus de doute quant à la nouvelle orientation de Blur. L'album se conclut sur un spoken word trip-hop qui déborde de partout, sans laisser aucune concession.

Blur version 2 était né, et allait donner quelques années plus tard l'excellent mais étrange 13, avant que la tension, déjà palpable ici, entre Albarn et Coxon arrive à son paroxysme : lors de l'enregistrement de Think Tank, Coxon claque la porte, préférant sa carrière solo (quatre albums à l'époque, six maintenant) à celle d'un groupe dans lequel il ne se retrouve plus du tout. Il n'est toujours pas revenu sur sa décision, malgré des appels du pied d'Albarn (par ailleurs occupé avec Gorillaz et son nouveau projet The Good The Bad and The Queen).

Blur ne sera donc sans doute plus jamais comme il était, et Blur est le meilleur moyen de s'en souvenir, juste après les excès Britpop et avant la bizarrerie totale de 13. La différence avec Oasis n'aura alors jamais été aussi claire.

PS : le jour où je publie cet article, Graham Coxon a évoqué pour la première fois un éventuel retour... Affaire à suivre.

23:29 Écrit par Denis dans 1990s | Lien permanent | Commentaires (2) | Tags : 1997 |  Facebook |

07/11/2006

Pearl Jam - No Code (1996)

PearlJam-NoCode

Nécessairement, il faut se remettre dans le contexte. Pearl Jam, alors plus gros groupe du monde, vendait des albums par avions cargo (le second, Vs., a détenu le record de meilleure vente pour un second album), mais ne voulait pas que ça dure. En découla Vitalogy, pas vraiment anti-commercial mais bizarre et ambitieux. Les ventes commencèrent à décliner, et tout était mis en oeuvre pour que le groupe entame sa seconde vie, parfaitement exemplifiée par cet album, leur quatrième (Pearl Jam, le huitième, est sorti cette année).

Il est peu probable que le groupe aie délibérément voulu exclure une partie de son public par No code, même si c'est effectivement ce qui s'est passé : cet album est celui de la césure entre ceux qui sont restés (et qui suivent toujours le groupe aujourd'hui, dans des salles de 20 000 places partout dans le monde) et ceux qui ont laissé tomber, préférant les hymnes adolescents (Alive, Jeremy, et ce n'est pas une insulte) à l'évolution artistique et personnelle.

Dès le départ, on comprend que l'expérience No Code sera radicale. Á mille lieues du style plus agressif des précédents premiers morceaux (Once, Go et Last Exit), Sometimes ouvre l'album très calmement, comme une première occasion offerte à Eddie Vedder de montrer la vraie étendue de sa gamme vocale. Quelques minutes plus tard, on sursaute (vraiment), à cause des accords punk de Hail Hail, un des rares morceaux ici stylistiquement proches de Vitalogy. C'est aussi une des rares excursions en terrain connu : Who You Are (étonnant choix de single) et In My Tree (littéralement porté par la batterie tout en finesse de Jack Irons) n'ont vraiment plus rien à voir avec le grunge, qui est alors définitivement enterré. Pearl Jam se réclame d'un héritage musicale très varié, même si No Code est un album fortement américain (dans le sens americana, comme le prouve Smile, qui aurait pu être un morceau de Tom Petty, avec harmonica. La face A se termine en douceur, avec Off He Goes, ballade apaisante et chargée émotionnellement.

Le retour au (hard) rock se fait avec Habit et un peu plus loin Lukin, mais la face B est dominée par des morceaux innovants pour le Pearl Jam de 1996 : Red Mosquito, construit autour d'un jam blues et de paroles introverties mais pleines de sense ("If I had known then, what I know now"), l'exceptionnel Present Tense et son crescendo maîtrisé, pour ensuite conclure l'album avec un morceau expérimental (I'm Open) centré sur un spoken word de Vedder et une berceuse (si si), Around The Bend.

Évidemment, No Code a été, et est toujours, détesté par pas mal de fans de la première heure, qui n'ont d'ailleurs plus vraiment apprécié Pearl Jam depuis, vu que tout ce que le groupe a sorti depuis est influencé par cet album. No Code n'est sans doute pas leur meilleur album (mais je ne me risquerai pas à en sortir un du lot), mais c'est certainement leur plus important : sans lui, le groupe n'aurait jamais pu se sortir de la crise existentielle qu'ils vécurent à l'époque (et qui prendra encore quelques années pour se résoudre entièrement). No Code
a fait grandir Pearl Jam, et les fans qui l'apprécient à sa juste valeur également.

01:50 Écrit par Denis dans 1990s | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : 1996 |  Facebook |

11/10/2006

Placebo - Placebo (1996)

placebo

C'est peut-être difficile à croire, mais il fut un temps au Placebo ne sortait pas des morceaux ennuyeux, des albums inutiles et des concerts moyens. Il fut un temps où Placebo ne vendait pas des albums par camions, où il n'était pas un des plus gros groupes d'Europe. Il fut un temps où Placebo était excellent.

Tout commença par cet album, qui, pour un premier album, est vraiment très bon. Son seul gros défaut était une production et un mixage assez mous, ce qui a été en grande partie résolu sur la toute nouvelle édition remasterisée.

Avant les duos avec Michael Stipe et les infâmes collaborations avec la sangsue d'Indochine, Brian Molko était un jeune homme méchamment enragé, qui questionnait le monde sur sa place sans celui-ci, son but, et évidemment son ambiguïté sexuelle (qui fait sourire quand on voit le Brian de 2006, père de famille modèle). De plus, sa voix n'avait pas encore acquis son caractère énervant, et au contraire participait à la rage des morceaux, brûlots punk tendance industrielle emmenés par des riffs assassins (Nancy Boy, sans doute toujours leur meilleur morceau, Bruise Pristine, Bionic), une basse bondissante et des petits emprunts par-ci par-là, comme le solo très Joey Santiago de 36 Degrees. Les morceaux plus calmes ne diminuent pas la qualité de l'album, comme l'excellent Lady of the Flowers.

J'ai moi-même été surpris de la qualité de cet album, fatigué de Placebo que je suis depuis quelques années. Je conseille donc la version remasterisée (avec quelques morceaux bonus assez anecdotiques et un DVD) ainsi le second album, celui de la consécration, Without You I'm Nothing. Ensuite, ça devient moins drôle.

Mais Placebo est un fantastique premier album, qui a très bien passé le test des dix ans. Ce qui n'est pas le cas de tout le monde...

17:36 Écrit par Denis dans 1990s | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : 1996 |  Facebook |