20/08/2007

Pearl Jam - Pearl Jam (2006)

PearlJam1Huitième et dernier album en date de Pearl Jam, Pearl Jam (surnommé Avocado à cause de sa pochette minimaliste) est aussi celui qui a pris le plus de temps à sortir : presque quatre ans l'ont séparé de Riot Act. Durant ces quatre années, ils ont publié des albums live, une compile de raretés et ils ont quitté leur maison de disques, qui s'est d'ailleurs empressé de sortir un best of. Une interview de McCready, où il comparait leur état d'esprit en studio avec celui de la période Vs a mis le feu aux poudres : c'était un retour aux sources ou quelque chose du genre, voire pire : un retour en forme. Il n'est n'est rien : même si, comme on va le voir, l'album peut se rapprocher de leurs débuts, il reste un opus encore particulier et différent de ce que Pearl Jam a commis auparavant.

Ceci dit, ce qui saute aux yeux (ou aux oreilles...) quand on écoute l'album pour la première fois, c'est évidemment le début. Jamais dans l'histoire du groupe un album n'avait été aussi puissant d'entrée, alignant cinq morceaux rock très remuants. Life Wasted emprunte le riff de Rockaway Beach pour rendre un hommage à Johnny Ramone, proche ami de Vedder qui sert ici d'exemple pour une représentation qui va du particulier au général, comme souvent chez lui, alors que le single World Wide Suicide emprunte le même schéma narratif pour critique l'administration Bush, qui ne s'est pas vraiment améliorée depuis Riot Act. Comatose va encore un cran plus loin, c'est carrément le morceau le plus violent (à défaut d'un meilleur terme) du groupe, du pur punk. Severed Hand allie histoire de drogue et riff familier (Porch recyclé avec brio) alors que Marker In The Sand termine cette longue salve en interrogeant un Dieu soit inexistant soit totalement impuissant et invisible.

Après les expériences de No Code, le minimalisme de Yield et ce qui a suivi, on est autant surpris que ravis de retrouver Pearl Jam aussi à l'aise. Riot Act montrait un groupe introverti, presque timoré : Pearl Jam ressort l'arsenal rock, et le fait mieux que quiconque. Mais la relative simplicité de ces premiers morceaux n'est nullement un indicateur pour la suite. Parachutes ne peut être plus différent de ce qui précède, ballade tout en douceur et étonnamment positive, malgré les références à la guerre. Simple chanson d'amour, elle montre l'étonnante capacité de composition de Stone Gossard, définitivement un des meilleurs songwriters contemporains, maître du riff incontestable et aussi à l'aise dans les rockers énormes que dans les ballades intimes. "What a different life had I not found this love with you", chante Vedder, qui passe des métaphores complexes aux sentiments purs, exprimés simplement.

Par contre, Unemployable raconte une histoire, très Springsteenesque d'ailleurs, d'un brave homme qui perd son boulot et qui se demande comment il va pouvoir nourrir sa famille. Des images marquantes et une compositions de rock classique (certainement la meilleure de Matt Cameron depuis son arrivée à bord) en font un autre morceau atypique qui élargit encore un peu plus la palette de Pearl Jam.

Palette qui se rétracte durant Big Wave, simple morceau rock qui allie deux des thèmes favoris de Vedder, le surf et l'évolution. Étrangement, ça marche, mais Big Wave reste un des morceaux mineurs de l'album, tout comme Wasted Reprise, qui reprend le thème de Life Wasted avec l'orgue de Boom Gaspar comme seul accompagnement. Entre les deux, Gone peine à trouver sa place, débutant comme ballade introspective et pittoresque mais se perdant peut-être dans un trop plein sonore. Mais c'est sans doute parce que la démo solo de Vedder était supérieure au produit fini.

Typiquement, la fin de l'album est très forte. Army Reserve s'adresse aux familles des disparus et des soldats de la dernière croisade américaine, le tout sous des guitares fortement travaillées à coup de délai, un délai qui rappelle celui de The Edge quand son groupe servait encore à quelque chose. Come Back est peut-être la ballade la plus triste depuis Black, dédiée elle aussi à Johnny Ramone. Malheureusement, tout la passion injectée au morceau ne lui fait pas atteindre le niveau de son précédesseur, malgré un coda poignant ("it's ok..."). C'est une fois de plus le dernier morceau qui cloue sur place. Composé (y compris paroles, pour la première fois) par Mike McCready, Inside Job est très différent, et incomparable. Une longue intro presque prog, et un morceau qui se développe pendant sept minutes, pour se révéler être le morceau épique que McCready tentait de composer depuis Present Tense. Réussite éclatante, et fin d'album tout aussi impressionnante.

Pearl Jam, l'album, n'est pas plus un retour aux sources que le meilleur album du groupe. C'est simplement un huitième excellent album de rock pour Pearl Jam, un des plus grands groupes contemporains, ce qui ne souffre d'aucune discussion. D'autres choses sont discutables, comme combien de temps il faudra pour qu'ils sortent le neuvième, ou la question sempiternelle, qui était la cause de ces huit articles : quel est le meilleur album de Pearl Jam.

Ma réponse hautement personnelle et subjective sera le sujet du prochain article, qui reprendra également les incontournables morceaux hors album et la conclusion de ces quelques semaines.
 
 
Comatose

17:13 Écrit par Denis dans 2000s | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : 2006 |  Facebook |

Commentaires

nice post

Écrit par : watches replica | 25/08/2010

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