30/07/2007

Pearl Jam - Vitalogy (1994)

PearlJamVitalogyVitalogy sera à jamais connu comme la dernière grosse vente du groupe, et aussi le début de ce qu'on pourrait qualifier de suicide commercial. Il s'est très bien vendu, surtout dans la première semaine (deuxième meilleur score de tous le temps, juste derrière Vs.), mais à l'époque, pas d'internet : on achetait, on écoutait après. Parce que Vitalogy est beaucoup de choses, mais commercial, certainement pas. Á commencer par le légendaire livret, inspiré d'un manuel de savoir-vivre réel, qui incitait les jeunes garçons à se détourner du mal absolu qu'est la pollution nocturne...

On le remarque dès le départ : le dépouillement extrême de Last Exit, suivi du punkoïde Spin The Black Circle, même s'ils rappellent la salve d'intro de Vs. ne sont pas à proprement parler radio-friendly. Spin The Black Circle leur rapportera quand même un Grammy, mais sans doute parce qu'on a cru que les paroles parlaient de drogue. Pearl Jam est maintenant parti sur sa propre route, mélangeant ses propres influences et ses points forts, qui s'amplifient encore ici. La suite ne donne pas non plus dans le facile : Not For You rassemble habilement un appel à la célébration de la jeunesse et une attaque vitriolique contre les labels avides, tandis que le mélancolique Nothingman est très chargée en émotions. Que dire également de Tremor Christ, et de sa rythmique implacable ou du violentissime Whipping, plaidoyer pro-avortement (ce qui ne les a pas aidé non plus, dans certaines parties peu civilisées de leur pays natal).

À ce moment, on peut dire deux choses : d'abord, que Vitalogy, de par son minimalisme sans compromis,  ne ressemble que très peu aux deux albums précédents, mais est nullement inférieur, et ensuite, que le plus bizarre reste à venir. Pearl Jam a consciemment cherché à saboter son image de sauveur du monde (ou presque), et surtout celle d'Eddie Vedder, d'autant plus considéré comme un dieu vivant que Kurt Cobain venait de connaître sa fin tragique. La face B de Vitalogy, c'est ça. L'auto-destruction d'un mythe, mais qui a permis à Pearl Jam, contre toute attente, de passer encore une étape,dans le long chemin vers la postérité.

Pry, To commence le voyage vers l'étrange. Á priori un collage sonore court qui parle d'un thème cher à Vedder, la vie privée, il se révèle nettement plus intéressant quand on le passe à l'envers. La seconde moitié de Vitalogy est une montagne russe, où des morceaux, disons, originaux succèdent à des chansons massives, parmi les meilleures composées à ce jour. Corduroy en fait évidemment partie, avec des paroles Vedderifiques et un solo estomaquant de McCready (et encore, une fois de plus, faut la voir en live...). Un classique parmi les classiques. Mais ries n'est simple, rien n'est prévisible. Bugs voit Vedder raconter plus ou moins n'importe quoi sur des cafards, sous fond d'accordéon. Finalement, on se rend compte que c'est justement une nouvelle métaphore sur le caractère dévorant des médias. Satan's Bed, basé sur un riff basique et efficace, sonne presque lo-fi. On pourrait difficilement être éloigné de la production clinquante de Ten.

Mais ce sont les quatre derniers morceaux qui cristallisent Vitalogy : Better Man, peut-être le plus gros tube potetiel du groupe, si seulement ils kle voulaient. Un vieux morceau datant du premier groupe de Vedder, Better Man est une nouvelle narration du point de vue féminin, probablement inspiré par sa propre histoire. Mais c'est surtout une popsong parfaite. Comment la faire suivre? Eh bien, c'est simple : par un instrumental vaguement latino. Mais le morceau suivant ne saurait pas être précédé par quoique ce soit.

Immortality. On a beaucoup spéculé sur l'origine des paroles, et il est impossible de ne pas faire le rapprochement avec Cobain, même si le elles étaient écrites avant sa mort. Some die just to live. Une intro simple, mais superbe, et un crescendo instrumental captivant. Immortality est le morceau qui fait passer Pearl Jam du statut d'excellent groupe rock à celui de compositeurs de très haut niveau, du plus haut niveau. Ils sont là-bas, avec Hendrix, Dylan, Lennon, et très peu d'autres. La conclusion de l'album l'envoie définitivement dans la catégorie étrange. Un collage sonore de huit minutes, comprenant entre autres des samples d'interviews de patients de maisons psychiatriques. Hey Foxymophandlemama, That's Me - c'est son titre - remporte haut la main le prix de morceau le plus bizarre de Pearl Jam, titre qu'il conserve à ce jour. Cela confirme une chose : Vitalogy a été conçu comme un album particulier, sans aucune concession commercial et, semble-t-il, aucune contrainte.

Pourtant, les choses n'étaient pas simples pour le groupe : outre les soucis avec les effets secondaires de la célébrité, Pearl Jam a du faire face aux classiques tensions internes, qui ont eu la peau du batteur Dave Abbruzzese (remplacé avantageusement par l'ex-Red Hot Jack Irons) et qui pèseront sur les sessions du prochain album, qui terminera ce qu'on pourrait appeller la phase de la découverte. No Code est leur album le plus créatif, comme on le verra bientôt.


Immortality
 

10:00 Écrit par Denis dans 1990s | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : 1994 |  Facebook |

22/07/2007

Pearl Jam - Vs. (1993)

PearlJam-VsLe premier album a vu Pearl Jam passer du statut d'inconnus à celui de stars mondiales. Ce changement ne s'est pas fait sans mal, le groupe supportant mal leur nouveau rôle. De plus, le contrat naïvement signé avec Sony les força au bras de fer, qui débuta avec le refus de Pearl Jam de sortir Black comme single. Cette décision, très mal acceptée par Sony, poussa même le groupe à refuser de tourner des clips. Ceci dit, Sony ne pouvait pas se plaindre : Vs a battu le record de ventes en une semaine (record probablement détenu aujourd'hui par un rappeur interchangeable), sans d'autres apparitions MTV que les clips de Ten et l'Unplugged. Fatalement, la grande question était : comment Pearl Jam allait suivre ce monument qu'est Ten? Le plus simplement du monde, en sortant un album différent, mais absolument pas inférieur, et qui gomme tous les défauts de son illustre prédécesseur.

La différence se fait sentir dès les premières notes. Go et Animal sont deux morceaux rock très rapides, sans équivalents sur Ten (sauf peut-être Porch, s'il faut en trouver un) : ils sont moins complexes, plus directs, comme si le groupe avait dit ce qu'il avait à dire, et qu'il était temps de passer à autre chose. Ils sont plus soudés musicalement, et la production est enfin bonne : Brendan O'Brian, dont c'était une des premières productions majeures, a choisi de laisser le groupe s'exprimer clairement, dans des conditions proches de la scène.

Thématiquement, on peut aussi sentir un certain décalage, pour les mêmes raisons. Pearl Jam, et surtout Eddie Vedder, ont autre chose à dire. Animal est très explicitement une attaque contre Sony et la situation dans laquelle ils se trouvent. Five Against One devait d'ailleurs être le titre de l'album, avant que la référence à Mission Of Burma ne soit choisie. Le début de l'album est excellent, tout en différant complètement de Ten. Et que dire de la suite...

Les ballades de Ten, comme évoqué précédemment, étaient assez lourdes, à cause de la production mais aussi des thèmes abordés. Daughter, troisième morceau ici, est emmené par une guitare acoustique, preuve que Pearl Jam peut maintenant prendre plus de libertés, se permettre de faire moins de bruit. Excellente idée, dans un morceau où Vedder prend une nouvelle fois un point de vue féminin, avec talent. Daughter est un bon exemple du développement du groupe, à tous points de vue. Les quatre musiciens s'expriment séparément, tout en jouant ensemble, sans essayer de se voler la vedette. Contrairement à Black, par exemple, le morceau se termine de lui-même, tranquillement, sans chercher un pathos climactique : on contrôle.

On contrôle d'autant mieux qu'on se permet d'innover : Glorified G, outre son thème anti-violence (et armes à feu en particulier), montre Pearl Jam sous un autre jour, musicalement plus varié que ce qu'on pouvait penser auparavant. Eddie Vedder semble également plus libre sans ses inflexions vocales, qui font parfois penser au style du Michael Stipe des débuts : on ne comprend pas toujours tout, mais c'est aussi le but. Dissident suit, et rentre dans la catégorie politique/point de vue féminin, et explique la difficulté de rester fidèle à ses convictions dans la société occidentale contemporaine, un sujet qui s'appliquera parfaitement au groupe lui-même. Vedder arrive une nouvelle fois à raconter une histoire à première vue assez simple, pour arriver à un slogan général : "escape is never the safest path". Probablement la phrase qui s'applique le plus à la carrière de Pearl Jam.

Après cinq morceaux, les hymnes fédérateurs de Ten semblent loin. Même si les morceaux de Vs. sont moins intenses, ils montrent un groupe qui se développe à son rythme, comme s'ils avaient été libérés d'un poids. Mais ils devront se séparer d'un fardeau encore plus lourd, celui de la célébrité. Et ils le feront d'une manière assez étonnante, mais on n'est pas encore censé parler de la suite, chaque chose en son temps. W.M.A., le morceau suivant est le plus bizarre jusqu'ici. Emmené par une ligne de basse funk, il dure six minutes et vire bien vite dans l'expérimental. Les percussions ont été multipliées et loopées, alors que la voix de Vedder est parfois totalement incompréhensible. C'est le premier exemple d'une facette méconnue du groupe, qui fera d'autres apparitions ponctuelles au fil des années. Comme le titre l'indique (White Male American), W.M.A. est évidemment politique, plus précisément une attaque directe contre l'Amérique policière vue par Vedder.

Mais Vs est l'album de la variété, comme le montre Blood. Déjà une réflexion sur les affres de la célébrité ("Spin me round, roll me over, fuckin' circus" fait référence aux magazines américains Spin, Rolling Stone et Circus, qui ont fait et défait le grunge), le morceau est surtout connu pour sa pure puissance violente, et pour le hurlement poussé par Vedder, qui dure douze secondes. Il se termine dans un chaos complet, plus proche de Fugazi que du groupe qui a écrit Alive. Je parlais de quatre musiciens tout à l'heure, mais il faut en rajouter un cinquième. Vedder s'est mis à la guitare, et son approche simpliste apporte un point de vue parfaitement complémentaire au professionnalisme de Gossard et McCready : ils n'auraient sans doute pas pu écrire Rearviewmirror, simple mais diablement efficace. Un évident candidat au titre de meilleur morceau de Pearl Jam (non, n'insistez pas, je n'en ai pas la moindre idée), RVM, pour faire court, est parfait. Vraiment, parfaitement, parfait. Et il serait étonnant que le "saw things so much clearer once you were in my rearviewmirror" ne soit pas une référence au passé du groupe. Passé qui sera toujours revisité en concert, mais plus jamais sur disque.

Rats utilise une autre ligne de basse du sous-estimé Jeff Ament, pour porter une histoire imagée, comparant l'histoire humaine, fait d'auto-destruction et que quête de pouvoir à celles des rats. Ok, ça semble bizarre, mais ca se tient. Enfin, jusqu'à la référence à Michael Jackson. Certainement pas le meilleur morceau de l'album, mais Rats est différent, et il est joué en concert une fois par siècle (quand j'y suis ;)). Elderly Woman Behind The Counter In A Small Town, dont le titre se moque ouvertement de fait que les titres de PJ sont généralement très courts (souvent un seul mot), est un morceau à dominance acoustique, qui montre la profondeur du baryton de Vedder. Il calme aussi le jeu avant le bondissant Leash, où Vedder emprunte ironiquement une personnalité de messie : quelques mois plus tard, la mort de Kurt Cobain le plongera bien malgré lui dans le rôle. Leash aurait du être l'hymne de la Generation X, mais ceux qui savent ne se trompent pas. Delight in the youth...

Il fallait quelque chose d'immense pour rivaliser avec Release comme dernier morceau, et Indifference y arrive. Basé sur la contrebasse d'Ament, Indifference est une réflexion sur la place de l'être humain et son rôle, un autre thème récurrent chez Vedder. Le tout est exprimé de façon minimaliste, avec juste un peu de guitares pour colorer les refrains et ponts. Mais c'est une fois de plus la voix d'Eddie Vedder qui vole la vedette, surtout lors d'un troisième couplet d'une intensité inouïe. La définition même de la chair de poule, Indifference est une preuve supplémentaire de la maturité atteinte par Pearl Jam en terme d'écriture.

Vs. est-il meilleur que Ten? Peut-être, parce qu'il part dans une direction différente, sans vouloir chasser le passé. Il est surtout "meilleur" quand on sait ce qui arrive, Vs est la première étape dans la maturation de Pearl Jam, de groupe-phénomène vendeur de disques et porte-parole d'une génération à Pearl Jam, un des meilleurs groupes de rock depuis que le rock existe. La seconde et avant-dernière étape sera Vitalogy, où la puissance créatrice cotoie la rébellion totale, et le refus de toute concession.

 
 
Rearviewmirror
 

17:26 Écrit par Denis dans 1990s | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : 1993 |  Facebook |

18/07/2007

Pearl Jam - Ten (1991)

PearlJam-TenCe n'est jamais facile de parler d'un album classique, qui se suffit à lui-même et qui est bien au dessus de n'importe quel type de critique, favorable ou pas. Ten, évidemment, en fait partie. Un fait très difficile à croire et à imaginer de nos jours, où l'on se contente d'assez peu : Nevermind et Ten, deux des albums le plus importants de l'histoire du rock, sont sortis dans un intervalle d'un mois. Ten s'est mieux vendu (même s'il n'a commencé à se vendre qu'un an après sa sortie), mais Nevermind a bénéficié de la légende (méritée) de son géniteur. Ceci dit, contrairement à Nirvana dont la carrière s'est arrêtée fort tôt, Ten ne fut jamais que le commencement d'une carrière inouïe. Parlons-en.

Après l'expérience cathartique que fut Temple Of The Dog, Pearl Jam, alors appellé Mookie Blaylock, pouvait enregistrer ses propres compositions : les toutes premières provenaient de démos instrumentales enregistrées alors par Stone Gossard, auxquelles Eddie Vedder ajouta très rapidement ses textes et voix. Par une coïncidence étonnante, le batteur lors de ces sessions fut Matt Cameron, alors chez Soundgarden, qui rejoindra PJ une dizaine d'années plus tard. Un batteur fut engagé (Matt Chamberlain, Dave Krusen qui joua sur l'album avant d'être remplacé par Dave Abbruzzese), d'autres morceaux furent écrits, et la production de Ten pouvait débuter, pour arriver à sa sortie, le 27 août 1991.

Les premieres secondes sont calmes, une impro basée sur la basse appellée Master/Slave, avant que, sans prévenir, le premier des riffs immenses de Stone Gossard ne déchire le ciel : Once, et déjà, un petite histoire doit être racontée. Eddie Vedder, responsable de toutes les paroles de l'album, sera bien vite connu pour l'intensité (désolé si j'utilise intensité souvent, je n'ai pas le choix) de ses mots. Once, un excellent exemple, fait originalement partie d'une trilogie thématique, malheureusement démembrée sur l'album. On reparlera de cette trilogie lorsque nous arriverons à son premier morceau.

Once, donc, dépeint la descente aux enfers d'un jeune homme à l'enfance brisée, qui devient, presque malgré lui, un assassin. Le pitch thématique de Ten est fixé : alors que Kurt Cobain focalisait ses histoires sur une autobiographie surréaliste, Vedder adopte plusieurs points de vue, pour passer du particulier au général, avec une maîtrise impressionnante. Musicalement, on remarque déjà la dynamique du groupe : Gossard envoie le riff, Mike McCready colore les couplets et génère des solos qui deviendront légendaires, alors que la section rythmique, dominée par la basse de Jeff Ament, est d'une grande solidité. La suite conservera les mêmes bases.

Even Flow et Alive, les deux morceaux qui suivent, forment deux des quatres côtés du carré des morceaux les plus populaires du groupe : leurs vidéos passaient en boucle sur MTV (si si, de la musique avec guitares sur MTV), et leur caractère expansif ont permis d'en faire des hymnes intemporels. Pourtant, une histoire de sans-abris (Even Flow) et d'inceste (Alive) n'était pas vraiment censé faire exploser les ventes. Mais la formule vraiment magique concoctée par Pearl Jam a réussi l'impossible. Seize ans après, les morceaux ont assez bien vieilli, mais avec deux réserves. D'abord, la comparaison avec les versions live est souvent difficile. Le groupe est bien meilleur musicalement maintenant qu'il ne l'était alors, ce qui est logique, et Even Flow en particulier est différent en concert : nettement plus rapide, et agrémenté d'un long solo (à chaque fois différent) de McCready. Ensuite, et c'est le gros point noir de Ten, la production, faite d'effets vocaux énervants et superflus et d'un certain manque de subtilité. C'était peut-être l'esprit de l'époque, mais une production heavy metal of the eighties n'était sans doute pas la meilleure idée. D'ailleurs, le cap pris par le groupe pour le second album est radicalement différent, mais on en reparlera bientôt.

Alive, qu'on ne présente plus, est basé sur une expérience semi-autobiographique d'Ed Vedder, qui a été élevé par quelqun qu'il pensait être son père, mais qui ne l'était pas. Il a transformé ce douloureux souvenir, ajouté une sordide histoire d'inceste ("there's something wrong she said... of course there is") pour créer la première partie de la Trilogie Mamasan, l'enfance du héros. Dans la seconde partie, Once, le héros dévale la mauvaise pente pour se retrouver face à la mort, en prison, lors de la magnifique conclusion, Footsteps (disponible en face B ou sur la compilation de raretés Lost Dogs).

Les autres morceaux de Ten ne sont pas nécessairement liés entre eux : Why Go est inspirée d'un vrai fait divers, et représente le premier exemple d'une particularité de Vedder, son aptitude à prendre un point de vue féminin, et avec un brio inégalé. Why Go est "simplement" un morceau bien rock, qu'on pourrait rapprocher de Deep. Ce dernier, tout aussi rock, est inspiré par les ravages de la drogue, mais avec une touche tout particulière, très imagée, très poétique. Le hard rock des années 80 est bel et bien enterré.

Ensuite, les deux autres morceaux icones se suivent : la ballade interstellaire, Black. Un des seuls morceaux qui me font rester muet, tant il est difficile d'exprimer les émotions ressenties à son écoute. Black est immense, et Eddie Vedder arrive à s'exprimer avec une intensité et une passion inimitables, une pureté et une sincérité totales. Une fois de plus, on préférera une version live, mais il faut toutefois se souvenir que tout part d'ici. L'autre ballade de Ten, Garden, tente de conserver la même émotion, et y arrive, même si le niveau est un peu moindre. Les deux morceaux sont surélévés par une nouvelle prestation hendrixienne de McCready, tout en finesse aiguë.

De manière non musicale, Black est aussi un point de rupture très important pour le groupe : Epic, le label, voulait le sortir comme cinquième single, ce que Pearl Jam a sèchement balayé, refusant de tourner des vidéos promo jusqu'à nouvel ordre. On s'intéressera à cet aspect lors de l'analyse du second album, le bien titré Vs.

Il reste trois morceaux, le brûlot punk Porch (seule composition totale de Vedder, qui montre donc aussi qu'il sait composer), qui prend toute son ampleur en concert, durant souvent plus de neuf minutes (je sais, je me répète), le superbe Oceans (mais le producteur Rick Parashar aurait du sa casser une jambe, ce jour-là), première apparition de l'obsession de Vedder pour la nature, et la mer en particulier, et le dernier morceau, Release.

Release, lorsqu'il est joué en concert, l'est toujours en premier lieu, comme une incantation, une préparation à ce qui va suivre. Thématiquement, le morceau est un message de Vedder à son père biologique, et comme souvent, il vaut mieux laisser la musique parler d'elle-même, le messager n'étant pas à la hauteur. Master/Slave refait ensuite une plus longue apparition, pour clôturer un des albums les plus importants jamais réalisés, une démonstration de force d'une intensité maximale.

Ten est souvent critiqué. Pour sa production, comme déjà évoqué, mais aussi pour être le représentant du côté plus commercial du grunge, alors que Nirvana était censé représenter le versant artistique. Ce qui était une vaste connerie, évidemment. Loin de vouloir critiquer Nirvana, que j'aime beaucoup, les années ont apporté le jugement dernier. Le grunge est tant que tel n'était jamais qu'une bête invention commerciale : si Nirvana, Pearl Jam, Soundgarden et Alice In Chains venaient de quatre villes différentes, on n'en aurait jamais parlé (du grunge, pas des groupes). Enfin, la suite de la carrière du groupe termine d'enfoncer le clou. Comme on le verra dans quelques jours, ils ont brillamment négocié le cap du second album, en évitant toute facilité. Ten est, et restera, un des plus extraordinaires premiers albums de l'histoire du rock.
 
 
Once 
 

09:30 Écrit par Denis dans 1990s | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : 1991 |  Facebook |

14/07/2007

Metallica - Live In Werchter 01/07/07

Depuis quelques années, Metallica a l'excellente idée de sortir des enregistrements de leurs concerts via un site officiel. Ce n'est pas gratuit, mais quand même une bonne affaire, surtout si l'on tient compte de la qualité de l'encodage (mp3 et flac). Cet été, ils ont mis l'enregistrement de leur nouvel album (attendu en février 08) en pause le temps d'une dizaine de dates en Europe, dont Werchter, le dimanche.

Clairement, ce mini-tour est mis sur pied pour faire plaisir au groupe, qui en profite pour sortir quelques raretés issues du début de leur carrière : les cinq premiers morceaux sortent des trois premiers albums, et lancent le concert à une vitesse effrenée, surtout grâce aux excellents Disposable Heroes et Ride The Lightning. On remarque au passage que l'enregistrement n'est quand même pas top, ce qui est peut-être du à la rapidité de la disponibilité. Après ces cinq morceaux, c'est carrément un morceau qui n'avait plus été joué en 18 ans qui se voit ressucité : l'immense And Justice For All, extrait de l'album du même nom, le plus étrange et le plus ambitieux de leurs opus (et aussi le dernier très bon...). Ils décident étrangement de le faire suivre par The Memory Remains, extrait du très peu mémorable Reload (et seul extrait des trois derniers albums) Le public, évidemment, suit, mais bon...

La suite du set principal continue dans cette tendance de revisite du passé, notamment via l'impressionnant Orion, qui démontre les talents de Robert Trujillo à la basse. Fade To Black souffre un peu d'une certaine approximation guitaristique de la part de James Hetfield, alors que c'est sa voix qui le lâche durant le terrible Whiplash. C'est ça aussi, les concerts. Malheureusement, ça se gâte par la suite. Je l'ai déjà dit, je vais bien devoir le répéter, je déteste le Black Album. Enfin, non, j'aime quand même bien quelques morceaux, et il est aussi infiniment supérieur à la suite, mais le Metallica que j'aime, c'est celui des quatre premiers albums. Opinion peu originale, je sais, mais bon, c'est aussi la mienne.

Donc, le rappel, enchaînant trois scies du Black (Sad But True, Enter Sandman, et la-ballade-dont-on-peut-pas-citer-le-nom), et le prédecesseur One ne m'enchante pas outre mesure, mais vu la qualité de ce qui précède, on ne s'en formalisera pas. Le final, la bombe punk des Misfits Last Caress et l'habituel Seek And Destroy enfoncent le clou d'une performance peu surprenante mais forcément très bonne.

Mais j'ai tout de même un problème avec Metallica. Ce n'est pas spécialement le fait que Kirk Hammett et Lars Ulrich sont relativement limités, on le sait depuis toujours, et ça ne les a pas empêchés de faire la carrière que l'on sait. Non, c'est plutôt le fait que concert après concert, tournée après tournée, les morceaux sonnent toujours de la même façon. Les solos sont identiques aux versions albums, et c'est juste la voix d'Hetfield qui permet de faire la différence. On peut trouver cela dommageable, mais une fois de plus, dans ce cas de figure, le fait d'être fan de Pearl Jam influence forcément mon jugement. Reste que dans leur majorité, les morceaux joués à Werchter sont immenses, et Metallica l'était aussi. Oops, j'ai dit "était"? Comme je suis, quand même...
 
 
Whiplash (Live In Werchter 07)
 

09:45 Écrit par Denis dans 2000s | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : 2007 |  Facebook |

10/07/2007

Foo Fighters - The Colour And the Shape (1997)

FooFighters-TheColourAndTheShapeIl est toujours intéressant de se souvenir des débuts d'un groupe qui est ensuite devenu énorme. C'est le cas des Foo Fighters, à l'origine projet solo post-Nirvana de Dave Grohl, qui s'est transformé en l'espace de dix ans et cinq albums en un des plus gros groupes US contemporains. The Colour And The Shape, qui fête ses dix ans en ressortant en version superbement remasterisée est le second Foo, le premier enregistré en tant que vrai groupe, et sans aucun doute leur meilleur.

Même si le premier album, Foo Fighters, ne comprenait que le seul Dave Grohl derrière chaque instrument, le but était de créer un nouveau groupe, et pas un projet solo déguisé. Pour cela, il a attiré l'ex-Nirvana Pat Smear, le bassiste Nate Mendel (seul Foo autre que Grohl a toujours être présent aujourd'hui) et le batteur William Goldsmith, qui ne sera présent que sur trois titres de l'album (Grohl s'étant chargé du reste, après avoir viré Goldsmith pour incompétence). TCATS débute tranquillement avec Doll avant d'exploser avec le fantastique Monkey Wrench, un des meilleurs morceaux alt-rock des années 90, et le type même de morceau capable de faire pogoter un service de soins palliatifs. Dès ce moment, on se rend compte que Grohl a gagné ses galons de songwriter, et comme chanteur, il ne se débrouille pas mal non plus. L'album suivra ce rythme souvent effréné, mais appliquant la bonne vieille recette Pixies : couplets calmes (parfois très calmes, la voix de Grohl pouvant être étonnamment douce) et refrains bruyants (parfois très bruyants, la voix de Grohl .. enfin voilà), comme parfaitement illustré par My Poor Brain, Hey! Johnny Park ou le superbe Wind Up.

Des deux autres côtés du spectre, on trouve les ballades February Stars et Walking After You et le très hard Enough Space, mais aussi et surtout l'autre gros hit de l'album, le morceau de perfection pop totale, Everlong. Des centaines de compositeurs seraient morts pour ça, et Grohl l'a sorti dès son second album, après des années passées dans l'ombre d'un des plus grands compositeurs des nineties.

Cette version anniversaire ajoute quelques faces B de l'époque, dont des reprises assez anecdotiques de Gary Numan et Killing Joke, mais surtout la chanson-titre, sans doute le morceau le plus hardcore jamais enregistré par les Foo Fighters.

Avec The Colour And The Shape, Dave Grohl s'extirpe définitivement de l'ombre de Kurt Cobain, avec un album certes classique mais très bien écrit et exécuté. Malheureusement, un certain penchant pour la grandeur et la relative facilité ont poussé les Foo a choisir la carte commerciale plutôt qu'artistique, ce qui n'empêche qu'ils restent un bon groupe, dont on attend avec curiosité le nouvel album en septembre. Sans jamais s'attendre qu'il fasse mieux que leur chef d'oeuvre.


Monkey Wrench
 

09:50 Écrit par Denis dans 1990s | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : 1997 |  Facebook |

06/07/2007

Temple Of The Dog - Temple Of The Dog (1991)

TempleOfTheDogÉtrange, comment l'Histoire se constitue, parfois. Quand le chanteur du groupe de Seattle Mother Love Bone, Andrew Wood, mourut d'une overdose, son proche ami Chris Cornell décida d'enregistrer un album hommage, on était alors en 1990. Cornell amena son batteur dans Soundgarden, Matt Cameron, et se fit accompagner par deux ex-Mother Love Bone, Stone Gossard (guitare) et Jeff Ament (basse). Ils recrutèrent un guitariste local, Mike McCready, qui jouait déjà avec Gossard et Ament au sein de Mookie Blaylock. Le chanteur de ces derniers prêta également sa voix à l'album, plus par hasard qu'autre chose. Son nom? Eddie Vedder.

L'équation est simple : sans tout cela, pas de Pearl Jam aujourd'hui, simplement. C'est encore plus clair depuis quelques années, vu que Cameron est devenu le batteur de Pearl Jam après le départ de Jack Irons. Mais intéressons-nous à cet album particulier, véritable légende parmi les fans du mouvement alternatif de Seattle.

L'album, dominé par les compositions de Cornell, est relativement inégal et mal balancé, mais il reste que le talent inouï des différents intervenants commençait à se faire sentir : Hunger Strike est un morceau mélodiquement parfait, et qui comprend la toute première partie vocale enregistrée par Ed Vedder, Pushing Forward Back est emmené par un rythme complexe du toujours sous-estimé Matt Cameron, alors que Reach Down dure onze minutes sans jamais baisser de niveau : McCready y sort le premier de ses solos légendaires. Ailleurs, Cornell donne sa propre version de Footsteps, que Pearl Jam sortira un peu plus tard (Times Of Trouble) et règne en maître sur l'album, grâce à sa voix puissante et fortement maîtrisée. On pourrait d'ailleurs lui reprocher d'en faire trop (qui a dit Céline Dion? Mauvaises langues), une critique qu'il endossera pendant les 17 années suivantes (car ce n'est pas fini).

Pour le reste, Temple Of The Dog n'arrive certes pas au niveau que Pearl Jam et Soundgarden atteindra plus tard, mais les bons morceaux sont exceptionnels, et il reste un album indispensable, que ce ne soit que pour son importance historique. Une reformation ponctuelle reste possible (tout le monde est encore bien là) et serait assez dingue, mais je ne suis pas sur de vouloir voir Cornell démolir les morceaux une fois de plus. *soupir*
 
 
Hunger Strike
 

09:00 Écrit par Denis dans 1990s | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : 1991 |  Facebook |