30/07/2007

Pearl Jam - Vitalogy (1994)

PearlJamVitalogyVitalogy sera à jamais connu comme la dernière grosse vente du groupe, et aussi le début de ce qu'on pourrait qualifier de suicide commercial. Il s'est très bien vendu, surtout dans la première semaine (deuxième meilleur score de tous le temps, juste derrière Vs.), mais à l'époque, pas d'internet : on achetait, on écoutait après. Parce que Vitalogy est beaucoup de choses, mais commercial, certainement pas. Á commencer par le légendaire livret, inspiré d'un manuel de savoir-vivre réel, qui incitait les jeunes garçons à se détourner du mal absolu qu'est la pollution nocturne...

On le remarque dès le départ : le dépouillement extrême de Last Exit, suivi du punkoïde Spin The Black Circle, même s'ils rappellent la salve d'intro de Vs. ne sont pas à proprement parler radio-friendly. Spin The Black Circle leur rapportera quand même un Grammy, mais sans doute parce qu'on a cru que les paroles parlaient de drogue. Pearl Jam est maintenant parti sur sa propre route, mélangeant ses propres influences et ses points forts, qui s'amplifient encore ici. La suite ne donne pas non plus dans le facile : Not For You rassemble habilement un appel à la célébration de la jeunesse et une attaque vitriolique contre les labels avides, tandis que le mélancolique Nothingman est très chargée en émotions. Que dire également de Tremor Christ, et de sa rythmique implacable ou du violentissime Whipping, plaidoyer pro-avortement (ce qui ne les a pas aidé non plus, dans certaines parties peu civilisées de leur pays natal).

À ce moment, on peut dire deux choses : d'abord, que Vitalogy, de par son minimalisme sans compromis,  ne ressemble que très peu aux deux albums précédents, mais est nullement inférieur, et ensuite, que le plus bizarre reste à venir. Pearl Jam a consciemment cherché à saboter son image de sauveur du monde (ou presque), et surtout celle d'Eddie Vedder, d'autant plus considéré comme un dieu vivant que Kurt Cobain venait de connaître sa fin tragique. La face B de Vitalogy, c'est ça. L'auto-destruction d'un mythe, mais qui a permis à Pearl Jam, contre toute attente, de passer encore une étape,dans le long chemin vers la postérité.

Pry, To commence le voyage vers l'étrange. Á priori un collage sonore court qui parle d'un thème cher à Vedder, la vie privée, il se révèle nettement plus intéressant quand on le passe à l'envers. La seconde moitié de Vitalogy est une montagne russe, où des morceaux, disons, originaux succèdent à des chansons massives, parmi les meilleures composées à ce jour. Corduroy en fait évidemment partie, avec des paroles Vedderifiques et un solo estomaquant de McCready (et encore, une fois de plus, faut la voir en live...). Un classique parmi les classiques. Mais ries n'est simple, rien n'est prévisible. Bugs voit Vedder raconter plus ou moins n'importe quoi sur des cafards, sous fond d'accordéon. Finalement, on se rend compte que c'est justement une nouvelle métaphore sur le caractère dévorant des médias. Satan's Bed, basé sur un riff basique et efficace, sonne presque lo-fi. On pourrait difficilement être éloigné de la production clinquante de Ten.

Mais ce sont les quatre derniers morceaux qui cristallisent Vitalogy : Better Man, peut-être le plus gros tube potetiel du groupe, si seulement ils kle voulaient. Un vieux morceau datant du premier groupe de Vedder, Better Man est une nouvelle narration du point de vue féminin, probablement inspiré par sa propre histoire. Mais c'est surtout une popsong parfaite. Comment la faire suivre? Eh bien, c'est simple : par un instrumental vaguement latino. Mais le morceau suivant ne saurait pas être précédé par quoique ce soit.

Immortality. On a beaucoup spéculé sur l'origine des paroles, et il est impossible de ne pas faire le rapprochement avec Cobain, même si le elles étaient écrites avant sa mort. Some die just to live. Une intro simple, mais superbe, et un crescendo instrumental captivant. Immortality est le morceau qui fait passer Pearl Jam du statut d'excellent groupe rock à celui de compositeurs de très haut niveau, du plus haut niveau. Ils sont là-bas, avec Hendrix, Dylan, Lennon, et très peu d'autres. La conclusion de l'album l'envoie définitivement dans la catégorie étrange. Un collage sonore de huit minutes, comprenant entre autres des samples d'interviews de patients de maisons psychiatriques. Hey Foxymophandlemama, That's Me - c'est son titre - remporte haut la main le prix de morceau le plus bizarre de Pearl Jam, titre qu'il conserve à ce jour. Cela confirme une chose : Vitalogy a été conçu comme un album particulier, sans aucune concession commercial et, semble-t-il, aucune contrainte.

Pourtant, les choses n'étaient pas simples pour le groupe : outre les soucis avec les effets secondaires de la célébrité, Pearl Jam a du faire face aux classiques tensions internes, qui ont eu la peau du batteur Dave Abbruzzese (remplacé avantageusement par l'ex-Red Hot Jack Irons) et qui pèseront sur les sessions du prochain album, qui terminera ce qu'on pourrait appeller la phase de la découverte. No Code est leur album le plus créatif, comme on le verra bientôt.


Immortality
 

10:00 Écrit par Denis dans 1990s | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : 1994 |  Facebook |

Commentaires

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Écrit par : Forum | 30/07/2007

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