20/06/2007

Sonic Youth - Daydream Nation (1988)

folderOn pourra toujours parler de manoeuvre commerciale, mais les ressorties d'albums classiques, quand elles sont bien faites, sont assez fantastiques. Daydream Nation est un album classique, et la ressortie est bien faite, donc tout le monde est content. L'album lui-même est un des piliers du rock alternatif américain, sans qui le grand mouvement des années 90 ne serait jamais apparu. C'est aussi un des plus grands albums de guitares jamais réalisé.

Sonic Youth avait déjà sorti cinq albums avant celui-ci, mais ils étaient nettement plus rudes, le groupe expérimentant avec des accordages différents, des effets manipulés et des instruments maltraités ; le tout chanté par trois voix différentes. Daydream Nation n'est pas spécialement accessible, mais il n'est en tout cas pas obscur ni abscons : quand on y rentre, on n'en sort plus. C'est probablement pour cela que l'album débute par Teen Age Riot, exceptionnelle maîtrise en art guitaristique, et morceau parfait, simplement. Quelque part dans l'état de Washington, Kurt Cobain prend des notes.

La suite varie entre morceaux du même acabit, comme l'exceptionnel Silver Rocket, son rythme immense (la basse assourdissante de Kim Gordon n'y étant pas pour rien) et ses guitares, ses tonnes de guitares. Les deux premiers morceaux sont chantés par Thurston Moore, et ceux de Kim Gordon sont nettement plus étranges, comme The Sprawl, inspiré par William Gibson, où Gordon s'exerce plutôt dans le spoken word, avant qu'un mur du son de feedback le clôture. C'est évidemment la marque de fabrique de Sonic Youth, cette faculté à construire des nappes de guitares qui inspirera nombre de Mogwais de par le monde. Contrairement aux albums précédents (et à certains suivants), l'expérimentation pure est réduite au minimum, c'est à dire la pièce de musique concrète Providence, et la longueur très prog de la trilogie finale (quinze minutes).

Reste que la musique n'est pas à mettre en toutes les mains, en tout cas pas tout de suite : la construction n'est pas traditionnelle, on ne retrouve pas de schéma couplet/couplet/refrain/couplet/refrain/solo/refrain, mais c'est le jeu, et il est quand même très bien joué, même si parfois, on se demande si un petit peu plus de simplicité évidente ne serait pas préférable. Au niveau du tempo, on ne cherche pas à jouer vite, même si certains morceaux sont limite frénétiques (Hey Joni).

Malgré sa longueur (septante minutes), Daydream Nation est un album phénoménal, premier chapitre de la trilogie centrale de Sonic Youth (avec Goo et Dirty, déjà ressortis), et sans doute un des dix albums les plus importants de l'alt indie US. Indie que Sonic Youth ne resta d'ailleurs plus longtemps, vu qu'ils signèrent un contrat avec Geffen peu après. La suite de la carrière du groupe oscillera entre albums du même style (très grossièrement parlant), d'autres plus left-field et certains carrément expérimentaux (la série SYR). Mais vu la qualité de leurs dernières sorties, il est peu probable que le groupe devienne un jour mauvais : au contraire, c'est sans équivoque un des tous grands, en tout cas un des plus importants.

Cette ressortie remasterise l'album original (très bien d'ailleurs), lui ajoute une démo ainsi qu'un disque entier comprenant l'album entier joué en concert ainsi que quatre reprises (dont Neil Young, Mudhoney ou encore les Beatles).


Silver Rocket
 

09:30 Écrit par Denis dans 1980s | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : 1988 |  Facebook |

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