08/06/2007

Weezer - Pinkerton (1996)

WeezerPinkertonLe fameux syndrome du second album a connu une illustration très intéressante lors de la sortie de Pinkerton, deux ans après un album sans titre, généralement connu en tant qu'album bleu. Pinkerton s'est vendu cinq fois moins que son prédécesseur, et c'est assez facile de voir pourquoi. Le bleu est un album agréable, sautillant, fait de popsongs parfaites et mémorables. Il est très bon, mais Pinkerton n'aurait pas pu être plus différent.

Très sombre, il tire toute son inspiration du la dépression vécue par le chanteur/songwriter Rivers Cuomo, tous les textes sont d'ailleurs écrits à la première personne. Ce qui en fait un album étonnant, qui rend l'auditeur mal à l'aise car témoin du mal-être profond du narrateur. De plus, l'album suit vaguement les thèmes de Madame Butterfly, sans doute pas la meilleure manière de vendre un disque. Musicalement, cela ne s'arrange pas : on passe de guitares lo-fi très abrasives (Tired Of Sex, Getchoo) à des morceaux extrêmement complexes (Falling For You, El Scorcho), mais définitivement rien de facile à l'oreille. Malgré tout cela, Pinkerton est un excellent album, le meilleur de Weezer et un disque important dans la chronologie rock contemporaine.

Les thèmes passent de la frustration sexuelle (thème récurrent), aux addictions, en tournant autour de la misérable vie d'un protagoniste malheureux qui pensait avoir trouvé l'amour, mais, pas de bol : elle est lesbienne (Pink Triangle). Across The Sea dépasse même le cadre de l'autobio, racontant en détail une lettre envoyée par une fan japonaise à Cuomo. Cuomo qui démontre un génie total, via des parts de guitare techniquement époustouflantes (Falling For You reprend des accords basés sur l'entière gamme chromatique) et un groupe qui n'est pas en reste, notamment la batterie de Patrick Wilson. Il se termine avec un morceau acoustique, et ces mots "I'm sorry". Il faut évidemment écouter tout l'album pour retrouver le contexte.

Heureusement pour Cuomo, ses problèmes personnels s'arrangeront petit à petit, mais, forcément, Weezer n'arrivera plus jamais à sortir un album de ce niveau, touchant même le fond avec l'inepte Make Believe. Leurs deux premiers opus auront marqué les nineties, et Pinkerton aura aidé, bien malgré lui, à lancer ce qui est peut-être le sous-genre du rock dominant aux USA aujourd'hui : l'emo. Pardonnez, ils n'en savaient rien.
 
 
Getchoo
 

10:15 Écrit par Denis dans 1990s | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : 1996 |  Facebook |

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