12/05/2007

Wu-Tang Clan - Enter The 36 Chambers (1993)

Wu-TangClanEntertheWu-TangalbumcoverIl est difficile de trouver un genre musical plus moribond que le hip-hop. Depuis que les rois Midas Pharrell et Timbaland vendent leurs hits à qui sait les acheter, les artistes hip-hop sont progressivement oubliés. KRS-One, Eric B & Rakim, Run-DMC, Tupac Shakur, Snoop Dogg quand il était encore Doggy, Dr. Dre, et j'en oublie volontairement : ces DJs, MCs et producteurs qui n'ont peut-être pas inventé le genre, mais qui l'ont perfectionné. Mais ce que le Wu-Tang Clan a fait, personne ne l'avait fait avant, et il est plus que probable que personne ne le fera dans le futur.

Entre 1993 et 1997, le groupe et ses différents membres ont sorti sept albums d'une importance capitale : cette exceptionnelle période d'agitation est considérée comme la période d'or du hip-hop US, et le Wu-Tang a joué plus que sa part. Des sept albums, seuls deux sont crédités au Wu-Tang complet, mais les albums solo ont été conçus comme des albums de groupe : le nom sur la pochette n'est qu'un manoeuvre commerciale. Le Wu-Tang Clan a bien sorti sept albums de classe mondiale en cinq ans. Mais c'est évidemment cet album, le premier, qui créa la détonation nécessaire à la consolidation d'un genre, et la création d'un autre : le hardcore rap.

Écouter Enter The 36 Chambers en 2007 est incroyablement rafraîchissant : les samples n'étaient pas encore des pillages purs et simples de l'héritage soul américain, mais venaient de vieux vinyls craquelés, et de films de kung-fu (une influence majeure du clan, qui en tira son nom). De même, leurs paroles n'étaient ni racistes, ni misogynes. Vous imaginez, vous, du rap non misogyne? Avant, ça existait.

Ceci dit, l'album est très agressif, dans sa description de la vie urbaine new-yorkaise, tant dans les paroles que dans l'élocution. Et c'est sans doute le principal point fort du groupe : sa grande diversité vocale. Chaque MC possède sa caractéristique inimitable : le flow parfait et chantant d'Inspektah Deck, la voix rocailleuse de Method Man, l'élégance du duo Raekwon/Ghostface Kilah ou encore la folie pure du regretté Ol' Dirty Bastard. Le Wu-Tang est une bête à neuf têtes, dont celle du maître en arts martiaux, RZA : redoutable au micro, inbattable derrières les platines.

Alors que la première moitié de l'album enfonce le clou du rap hardcore (Bring Da Ruckus, Clan In The Front) , la seconde est celle des hits. Wu-Tang Clan Ain't Nuthin' Ta Fuck With, Protect Ya Neck, l'immense Da Mystery Of Chessboxin', le sample infernal de C.R.E.A.M. ou encore le morceau le plus poppy ici, Method Man, destinée à lancer la carrière solo du MC éponyme. L'album se conclut avec la quesi industriel 7th Chapter Part II, synthèse parfaite de l'essence du groupe.

Le monstre était lancé, et rien ne l'arrêtera pour une demi-décade, qui connaîtra un temps d'arrêt avec le second album complet, Wu-Tang Forever. Trop long, les morceaux de bravoure, certes présents, n'égaleront plus le niveau de leur début. L'entreprise Wu-Tang se lancera dans le ciné, les vêtements, sortira encore des tonnes d'albums mais tombera progressivement hélas dans le rap facile, commercial et méconnaissable par rapport à leurs débuts, même si on retrouve quand même quelques morceaux/albums recommandables. Un nouvel album est attendu cette année, mais quel que soit le résultat, personne 'e changera l'Histoire, et la marque ineffaçable imprimée par le Clan.
 

C.R.E.A.M.
 

15:09 Écrit par Denis dans 1990s | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : 1993 |  Facebook |

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