28/02/2007

Rage Against The Machine - Rage Against The Machine (1992)

rage

En 1992, même si cela semble impossible à imaginer maintenant, on voyait des clips de rock à la TV. Même sur MTV. L'attention était centrée sur Seattle, où deux groupes en particulier se faisait entendre : Pearl Jam et Nirvana. Un peu plus au sud, un des mélanges musicaux les plus extrêmes et les plus importants de l'histoire commençait à faire du bruit. Beaucoup de bruit.

En 1992, même si cela semble impossible à imaginer maintenant, on ne voyait pas beaucoup de clips de rap à la TV. Même pas sur MTV. Le mouvement était encore underground, et signifiait encore autre chose que des pouffes aux gros seins, des bagnoles tunées et des sonneries de GSM. C'était la voix de la rue, the Voice of the Voiceless. Voix qui faisait peur a l'establishment WASP américain, malgré le génie et la popularité d'artistes comme Public Enemy ou Afrika Bambaataa, pour n'en citer que deux. Aussi peur, si pas plus, que le heavy metal des années 70.

Il ne manquait plus qu'allier les deux, y ajouter une grosse dose de littérature sociale, pour tenter de changer le monde. Et pour cela, quoi de mieux qu'un groupe composé de gamins d'origines et de cultures diverses. Rage Against The Machine est né, et en 1992 sortit un des albums les plus importants jamais enregistrés. Zach de la Rocha, Tom Morello, Tim Commerford et Brad Wilk allaient changer le rock n roll.

Car il changea la face de l'industrie musicale, créant un pont entre les différents styles musicaux (ce qu'avaient déjà tenté de faire, avec succès, les jeunes Red Hot Chili Peppers), alliant différentes cultures derrière un message politique, pire : communiste. Rage n'a jamais fait dans la demi-mesure. Quand ils faisaient de la critique sociale, c'était avec un message marxiste, quand ils voulaient supporter les minorités opprimées dans le moden, c'était en apportant des armes à la guérilla mexicaine, et quand ils voulaient se faire ententdre, c'était avec de la putain de musique.

Putain de musique, alliant la violence pure du hardcore new-yorkais, le phrasé des meilleurs MC, le rythme de Funkadelic et du pur metal influencé par Jimmy Page et Fred Sonic Smith. Le premier album, dans sa totalité, est un exemple parfait de tout cela, et il serait aussi futile qu'inutile de le diviser en morceaux individuels, même si Killing In The Name Of est un vrai hymne, donc le thème sera toujours d'actualité pour de nombreuses années.

Mais le plus bluffant, c'est l'incroyable talent musical du groupe, avec une section rythmique dantesque et Tom Morello, éminemment reconnu comme un des guitaristes les plus originaux du monde. Rage a toujours mis un point d'honneur à préciser qu'aucun instrument autre que guitare, basse et batterie n'était présent sur leurs disques, ce qui est stupéfiant, quand on entend Morello imiter tour à tour un mur de violons et une platine de DJ.

Trois excellents albums plus tard (plus un album de reprises tout aussi percutant), Rage Against The Machine se sépara dans la douleur. Zach de la Rocha disparut du radar, alors que les trois musiciens formèrent Audioslave, donc la carrière (trois albums) ne fut pas vraiment une réussite. Et il y a quelques semaines, arrive l'improbable : Rage Against The Machine se reforme, tout d'abord pour un concert unique au festival de Coachella, et ajoute ensuite trois dates conjointes avec le Wu-Tang Clan. Allié avec la fin officielle d'Audioslave, on se met à rêver d'une reformation, d'un nouvel album qui serait tellement d'actualité (il suffit d'imaginer que Rage était déjà fini quand Bush accéda au pouvoir), et d'un triomphal retour.

Dans une époque où tout est mis en oeuvre pour nous empêcher de réfléchir, nous devons mettre toutes les chances de notre côté. Et Rage Against The Machine est plus qu'une chance, c'est un modèle de vie et de réflexion.

15:59 Écrit par Denis dans 1990s | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : 1992 |  Facebook |

21/02/2007

Sex Pistols - Never Mind The Bollocks Here's The Sex Pistols (1977)

Nevermind

Never Mind The Bollocks Here's The Sex Pistols n'est foncièrement pas terrible, et pour avoir soi-disant lancé le mouvement punk, il n'est même pas le premier dans le domaine. Il n'empêche, il est, et reste, un des albums les plus importants de tous le temps. Autant tordre le cou aux mauvaises langues (et aux mauvaises doubles métaphores) : que ce soit le groupe lui-même, Malcolm McLaren ou le pape qui a créé les Sex Pistols, on s'en fiche, ce qui compte c'est le produit fini, et son impact inouï.

D'abord, le nom du groupe et le titre de l'album touchent tous deux aux tabous bien actifs à l'époque, le sexe et la vulgarité. Ensuite, les deux premiers singles (et les meilleurs morceaux ici) : God Save The Queen (rime suivante :"the fascist regime") et Anarchy In The UK (et son légendaire "no future"). Et puis, la musique, alliant riffs rock n roll à la voix traînante et aggressive de Johnny Rotten, et évidemment l'attitude, chambres d'hôtel en moins.

L'album commence fort : Holiday In the Sun fait d'emblée une référence aux camp de concentration de Belsen-Bergen, avant que Bodies ne parle d'avortement (encore pas facile maintenant, alors en 77...). La suite est du même acabit, se terminant avec EMI, cinglante attaque (ô combien d'actualité) sur un des futurs Big Four, vampires de la musique moderne. Évidemment, les deux singles marquent l'album, ainsi que d'autres excellents brûlots, comme Problems.

Alors, oui, tout cela est limité musicalement, les morceaux se ressemblent un peu/beaucoup, on a quand même un tiers de potentielles faces B, l'humour puéril de Rotten peut fatiguer (Pretty VaCUNT, ok, on a pigé), et la recherche constante de la confrontation n'est pas des plus subtiles (The Clash arrive, ceci dit). Mais on ne fait pas une révolution avec des nuances.

Never Mind The Bollocks a crée le premier trou générationnel au sein même du rock, et à permis de relancer une machine qui commençait, paradoxalement, à s'embourgeoiser. Les tendances musicales évolueront, certains appelleront même punk des clowns à la Offspring ou Blink-182. Mais rien ne changera l'importance d'un album qui n'a pas changé la musique, mais la société elle-même.

14:00 Écrit par Denis dans 1970s | Lien permanent | Commentaires (4) | Tags : 1977 |  Facebook |

14/02/2007

Queen - A Night At The Opera (1975)

queen

En 1975, Queen comptait déjà trois très bons albums, et n'avait plus qu'à sortir l'album classique, le chef d'oeuvre, celui qui allait les définir pour les décades à venir. A Night At The Opera, donc. Extrêmement varié, osé tout en restant assez accessible, ANATO reste, plus de trente ans après sa sortie, un objet curieux et très attirant.

Le début est assez violent, avec Death On Two Legs, attaque non déguisée contre le premier manager du groupe, accusé d'avoir volé le groupe (Queen a toujours été proche de ses sous, on y reviendra). Après cette tranche de hard rock menée par la voix indescriptible de Freddie Mercury, on ne saurait pas faire plus différent, avec Lazing On A sunday Afternoon, typquement le genre de morceau que seul Mercury pouvait sortir sans être ridicule. Dans le genre ridicule, I'm In Love With My Car ose, parce qu'une chanson d'amour sur une bagnole, chantée par le batteur Roger Taylor (et sa voix encore plus haute que Freddie), faut le faire. Mais ça marche.

Pour faire encore plus varié, arrive ensuite une composition du bassiste John Deacon, le très doux You're My Best Friend, pétri de bonnes intentions. Le cinquième morceau, écrit et chanté par le guitariste Brian May (qui passera le plus clair des années 90-00 à ridiculiser son groupe, mais bon), bat tous les records : '39 raconte l'épopée d'astronautes, qui reviennent sur Terre en découvrant un continuum espace-temps différent. Ou quelque chose comme ça, May est docteur en astronomie, pas moi.

On peut déjà remarquer que les quatre membres contribuent séparément à l'écriture des morceaux, ce qui créera d'intenses dissensions et disputes en ce qui concerne les royalties. tout cela ne sera réglé qu'avec The Miracle (1989) où le groupe co-signe officiellement chaque composition. Retour à l'album, et retour au bon gros riff ac/dcien, avec Sweet Lady, puis un nouveau virage à 180°, Seaside Rendezvous et les envolées vocales incomparables de Freddie Mercury, qui joue avec sa voix un orchestre entier. The Prophet's Song enfonce le clou, 8 minutes de pure bizarreries limite prog rock, et des multi-tracked vocals en veux-tu en voilà. Il manquait encore un morceau jazzy joué à l'ukulele, et c'est exactement ce qu'est Good Company. Ensuite, l'album se clôture tranquillement, avec un morceau très discret, appelé Bohemian Rhapsody.

Que dire sur Bohemian Rhapsody qui n'a pas encore été dit, et redit? Que c'est la preuve qu'un morceau peut être très complexe et pourtant connaître un gros succès commercial. Que le morceau est composé de six parties, toutes différentes et techniquement difficiles. Que le headbanging du solo de guitare est un des moments classiques du rock n roll. Que Queen tenait son morceau légendaire, son A Day in The Life, son Stairway To Heaven. En mieux. Juste une petite info, en passant : il a fallu trois semaines pour enregistrer les quelques secondes de la partie "Galileo". Enfin, l'album se clôture, comme tous les concerts de Queen jusqu'à ce jour, par la réinterprétation du God Save The Queen.

Queen ne s'arrêta pas en si bon chemin, car ils continuèrent à sortir toute une série d'excellents albums, jusqu'à News Of The World. Ensuite, il faut pêcher deux ou trois morceaux par disque, mais Queen n'a jamais sorti d'album très mauvais, même le posthume Made in Heaven est assez correct. Évidemment, il faut apprécier le glissement du groupe du hard rock au rock à synthés plus commercial, mais même pour les puristes,la carrière de Queen est remplie d'excellents moments, qui les définissent comme un des plus grands de tous les temps, sans aucun doute.

14:00 Écrit par Denis dans 1970s | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : 1975 |  Facebook |

07/02/2007

Queens of the Stone Age - Songs From The Deaf (2002)

qotsa

Aucun album metal n'a dépassé la barre fixée par Songs for the Deaf, il y a déjà cinq ans. C'est aussi simple que ça. L'album arrive au niveau de la pure perfection, et restera pour toujours dans les annales du rock.


Comment y est-il arrivé? D'abord, grâce à ses membres : ex-Kyuss Josh Homme, figure majeure du stoner rock; Nick Oliveri, déséquilibré notoire, et ex-Dwarves et Kyuss; Mark Lanegan, ex-Screaming Trees et voix d'outre-tombe; enfin, en guest drummer, un certain Dave Grohl.
Avoir un tel line-up sur papier, c'est chouette, mais cela ne suffit pas, regardez Audioslave. Dès les premières secondes, les doutes s'estompent. Nick Oliveri, bassiste et exhibitionniste, offre ici sa gorge à contribution, pour un des morceaux les plus violents du groupe, avant que l'imparable single No One Knows déferle, avec ses solos (guitare et basse), ses différentes parties et son futur comme frustration majeure dans Guitar Hero.

Le niveau ne descendra jamais. First It Giveth est une leçon de riffs, tandis que A Song For The Dead montre Dave Grohl en démonstration, qui nous force à nous demander pourquoi il a arrêté la batterie full time : Songs For The Deaf est son meilleur album, aussi incroyable que cela peut sembler.

Les morceaux plus radio-friendly (Go With The Flow, Another Love Song) se lacent parfaitement avec d'autres, plus difficiles d'accès mais tout aussi mémorables (The Sky Is Falling, God Is In The Radio). De plus, Mark Lanegan nous gratifie de quelques exemples de sa voix phénoménale, offrant encore plus de variation à un album déjà très complet.

Songs For The Deaf doit s'écouter très fort, et très souvent. C'est un modèle, un des meilleurs albums de tous les temps. C'est le record du 100m de Florence Griffith-Joyner, qui tient toujours après 20 ans. Dans les deux cas, on ne sait pas ce qu'ils ont consommé durant leur exploit, mais ça marche super bien.

23:15 Écrit par Denis dans 2000s | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : 2002 |  Facebook |