23/02/2009

Blur - Leisure

LeisureUKAvant d'écouter Leisure, premier album de Blur sorti en 1991, il faut se replonger dans un contexte vieux de presque vingt ans : la scène britannique pleurait toujours la mort des Smiths et se consolait avec le baggy des Stone Roses et Happy Mondays et le shoegaze de My Bloody Valentine. Quelque part du côté de Manchester, un gamin nommé Noel Gallagher attendait son heure, tandis qu'aux USA, l'explosion de Seattle était imminente. C'est donc clairement sous influence que Damon Albarn, Graham Coxon, Alex James et Dave Rowntree, déjà partiellement produits par Stephen Street, commencèrent leur carrière discographique avec le single She's So High, qui était déjà tellement caractéristique, avec un riff déjà classique.

Leisure est probablement le moins bon album de Blur, seuls ceux qui seront allergiques aux expériences futures le contrediront. Ce qui est assez énorme en soi : quel groupe peut se dire que leur premier album est leur moins bon? (Suggestions à l'adresse habituelle.) Rien n'est à jeter ici, même si on sent parfois le poids des années : Bang est directement à inscrire dans la lignée des Roses et Mondays précités, en y ajoutant un de ces refrains qui seront une des spécialités du groupe. De même, la ligne de snythé de Repetition est trop... répétitive. L'album est d'autant plus intéressant à réécouter quand on le recontextualise en tenant en compte ce qu'on sait de Blur, 18 ans après. On trouve déjà une basse dominante, des éléments bruyants mais sporadiques (Slow Down, Fool), et la voix typiquement posh/neurasthénique d'Albarn. Encore plus étonnant, les expérimentations de Blur ou 13 trouvent déjà leur source dans un morceau comme Sing (apparemment une grande influence du dernier Coldplay, avec Satriani, je suppose). Seule différence majeure avec la suite, les chansons ne veulent pas dire grand chose. Mais oooh, ça va vite changer...

Il ne manque finalement que les grandes chansons (même si, She's So High...) mais Modern Life Is Rubbish n'est pas loin. Plus qu'un guilty pleasure, Leisure est un chouette album, et une introduction aussi passionnante qu'étonnante d'un des meilleurs groupes des 90s. Certains morceaux (Wear Me Down!) mériteraient en tout cas d'être revisités lors des concerts de réunion cet été.

23:27 Écrit par Denis dans 1990s | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : 1991 |  Facebook |

01/06/2008

Faith No More - The Works

Faith_No_More_The_WorksCela fait déjà dix ans que Faith No More s'est séparé. Unanimement considéré comme un des groupes les plus influents des 90s, ils ont eu la décence de ne jamais se reformer, malgré les énormes sommes d'argent qui doivent leur être proposées. The Works est déjà la cinquième compilation du groupe, mais contrairement aux précédentes, ce n'est pas un best of, mais une anthologie : par définition, elle est donc plus complète, et s'étend effectivement sur trois disques, ce qui est bien un minimum pour cerner un groupe majeur à la discographie somme toute limitée.

Dès le départ, Faith No More était inclassable. incorporant des élements de funk, de metal, de rap d'une manière inédite à l'époque, ils ont influencé tout ce qui est passé après eux, dont le nu-metal. Mais je préfère blâmer les Red Hot, c'est plus marrant.

C'est avec l'arrivée du nouveau vocaliste, remplaçant Chuck Mosely (présent ici sur trois morceaux), que FNM va prendre une autre dimension. Mike Patton apportera sa voix exceptionnellement modulable et sa folie certaine et contribuera en faire un groupe majeur : les albums The Real Thing et Angel Dust sont unanimement reconnus comme deux des meilleurs disques des années 90 ; le second est coutumier des listes d'albums influents. Mais plus que Patton, c'est la formule qui fait le génie. From Out Of Nowhere et son clavier lifté au black metal, Epic emmené par une ligne de basse monstrueuse, le rap de Patton et un refrain fédérateur : en fait, il se passe tellement de choses dans ces morceaux qu'il faudrait un article pour chacun.

Encore plus impressionnant : quinze ans après, on est toujours stupéfait par l'inventivité de morceaux qui n'ont pas pris une ride, qui sonnent aussi bien qu'au premier jour. il est vrai que lorsqu'on voit la trajectoire post-FNM de Patton, on comprend que ce mec est un malade de la musique, un génie compulsif sans équivalent. Je me mettrais presque à espérer une reformation, juste pour une tournée, comme ça, pour montrer au monde ce qu'ils étaient. Mais il vaut sans doute mieux ne pas tenter le diable.

Pour revenir à The Works, le premier disque est donc centré sur The Real Thing, et est donc, par pur truisme, parfait. Parce que malgré les bizarreries et innovations visionnaires, FNM savait écrire de très bonnes chansons pop. Falling To Pieces en est un autre exemple. Et quand le groupe écrit une ballade acoustique, c'est pour l'appeler Zombie Eaters. Enfin, juste l'intro est acoustique, après ça dégénère, forcément.

L'autre album fortement représenté est Angel Dust, moins direct mais plus expérimental, et sans aucun doute une influence majeure de plus ou moins n'importe qui qui a tenu ue guitare dans la seconde partie des années 90. Tous ses morceaux s'y retrouvent, comme le phénoménal et schizophrène Caffeine, l'implacable Malpractice. l'irrésistile poésie de Be Aggressive ou encore A Small Victory, qui débute de manière disons accessible avant de partir en tangentes. En fait, on devrait parler de chaque chanson individuellement, mais il serait bien plus simple de se procurer Angel Dust de toute urgence, un des meilleurs albums de tous les temps, voilà.

La suite de l'anthologie reprend les meilleurs moments des deux derniers albums, King For A Day, Fool For A Lifetime et Album Of The Year. Il y en a un paquet, donc l'énorme Digging The Grave ou les plus conventionnels (façon de parler) Ashes To Ashes ou The Lost Art Of Murder. Il n'empêche : le départ de Jim Martin, après Angel Dust, est clairement un point de rupture pour un groupe qui n'atteindra plus jamais le (très haut) niveau où ils se trouvaient.

Enfin, le troisième disque fait la part belle aux extraits live et autres raretés : on peut réentendre la légendaire reprise de War Pigs live à Londres ou quelques reprises. Dans ces dernières, on se souviendra d'Easy, version fidèlement ironique du hit de Lionel Richie qui offrira au groupe un succès commercial étonnant et sans aucun rapport avec le reste de sa production.

La voix de Mike Patton marque les esprits. Il est vraiment capable de tout, rappeur, crooner, hurleur : tout y est. Tout, ou presque : la myriade de projets entrepris par notre homme après la séparation de FNM y ajoutera les chapitres éructations death metal et onomatopées (Fantomas, General Patton, Moonchild, et j'en passe allégrement). Faith No More était un groupe, ceci dit, et les innovations en matière de jeu de guitare et de rythmes valent aussi le déplacement. Le guitariste Jim Martin a apparemment disparu de la circulation, mais le batteur Mike Bordin s'est fait un nom, accompagnant Jerry Cantrell et Ozzy Osbourne, entre autres.

On pourrait encore en parler pendant des heures, de la confusion des genres, par exemple : Crack Hitler incorpore du hip-hop, du metal, du funk, et des trucs qui n'ont sans doute pas encore été inventés. Faith No More est un des groupes les plus important des années 90, et ils continuent à influencer aujourd'hui. The Works démontre pourquoi, et pour cela, est une des écoutes obligatoires de 2008.

17:56 Écrit par Denis dans 1990s | Lien permanent | Commentaires (1) |  Facebook |

20/02/2008

Nirvana - Nevermind (1991) [#6]

folderChaque génération a son moment. Voici le mien. Nirvana n'est pas le meilleur groupe de tous le temps, a pas mal plagié à droite et à gauche, mais a réussi à toucher profondément un nombre incalculable d'adolescents de l'époque, pour qui la première vision du clip de Smells Like Teen Spirit restera un des moments les importants de leur vie.

C'est, on le sait, Smells Like Teen Spirit qui ouvre Nevermind. Que dire qui n'a pas été dit et redit, de l'intro légendaire (peut-être, mais sans doute pas, empruntée à Boston), aux paroles qui exprimaient l'angoisse, la peur à la perfection en passant par la brutalité de la production, crue, minimaliste. Derrière les fûts, pour la première fois chez Nirvana, un certain Dave Grohl, qui deviendra ironiquement un plus grande star que Kurt Cobain l'aura été de son vivant. Parce que, qu'on le veuille ou non, Nirvana, c'est Cobain.

Il n'était peut-être pas un grand chanteur, ni un virtuose de la guitare. Mais il a réussi à faire passer ses sentiments, son âme, à travers de son oeuvre, et peu de musiciens auront réussi à la faire à ce point. La ligne mélodique de Come As You Are est un bon exemple : extrêmement simple, augmentée par un leger effet, elle reste une des mélodies les plus reconnaissables des années 90. C'est d'ailleurs cet effet qui donne un étrange sentiment de malaise, amplifié par le chant décharné de Cobain.

Nevermind n'est pas loin d'être l'album parfait. Il n'y a en tout cas rien à jeter, et plus de quinze ans après, il sonne toujours très frais. Le génie, car génie il y a eu, de Cobain a été d'allier musique puissante, aux influences punk/metal/hardcore à une sensibilité pop : on se souvient des morceaux de Nirvana parce que les mélodies rentrent en tête et n'y sortent plus jamais, en tout cas pour Nevermind. Oui, il s'est fortement inspiré, pour ne citer qu'eux, des Pixies. Mais, aussi immense puisse être la bande de Black Francis, Nirvana était le groupe du peuple. Et lls auront réussi à amener un type de musique peu commerciale à ce peuple, qui en redemandera pendant des années.

Nevermind comporte toute une série de morceaux cinglants, et assez violents, même si tout est relatif : il est probable qu'il aura servi de porte d'accès aux influences de Cobain, comme Black Flag ou Hüsker Dü. Reste que l'album est somme tout assez modéré, à l'exception de Territorial Pissings : Cobain changera tout ça avec le suivant (et dernier) In Utero. Breed allie à la perfection les considérations punk et pop, les yeah yeah yeahs du refrain rappelant une des autres influences majeures de Cobain , les Beatles. Sur le plan des paroles, les psys amateurs pouvaient déjà s'y donner à coeur joie, comme sur Lithium : “I found my friends / They're in my head / I shaved my head / But I'm not sad”.

L'album se clôture avec Something In The Way, musicalement calme mais atmosphériquement intense, et résumant somme toute bien Nevermind : un disque dense, qui n'a pas nécessairement besoin d'exprimer sa violence pour la faire ressentir. Tous les thèmes présents ici seront redéfinis pour In Utero, où l'âme de Cobain sera définitivement mise à nu. Les prémices du chef d'oeuvre de Kurt Cobain sont ici, et resteront à jamais inoubliables.


Breed
 

21:14 Écrit par Denis dans 1990s | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : 1991 |  Facebook |

10/02/2008

The Cardigans - Best Of

Cardigans_-best_ofJ'avoue, j'avais oublié les Cardigans depuis quelques années, jusqu'à ce que le duo entre Nina Persson et Manic Street Preachers me rappelle que son groupe avait sorti un très bon album, Gran Turismo, il y a juste dix ans. Comme je ne suis pas trop familier avec l'oeuvre du groupe, ce best of semble l'occasion rêvée de m'y (re)plonger.

La compilation n'oublie aucune période du groupe, avec les débuts limite twee (After All...) mais d'une saveur pop irrésistible (Rise And Shine) mais qui révélaient déjà un petit quelque chose un plus : même si elles ne sont pas comprises ici, le groupe a enregistré et sorti quelques reprises de Black Sabbath. Cardigans, c'est finalement une sorte de pop perverse, facile à digérer de prime abord, mais nettement plus malsaine après réflexion. Carnival, extrait du second (Life) est totalement irrésistible, avec une touche de kitsch délicieux (les cordes très Love Boat).

Le succès arriva avec le troisième, First Band On The Moon, et son hit Lovefool, repris sur la BO du Romeo + Juliet de Baz Luhrmann. Le groupe fera 36 fois le tour du monde, et réussira un tour de force avec Gran Turismo, alliant guitares abrasives et pop parfaite. My Favourite Game (et sa vidéo bannie à l'époque), Erase/Rewind et Hanging Around sont peut-être les meilleurs singles du groupe. Mais le groupe sentira le besoin de faire une pause, et laisseront passer cinq ans avant l'album suivant. Vu que Nina Persson s'était alors teint les cheveux en noir, ça voulait forcément dire que le groupe devenait plus sombre, forcément...

Long Gone Before Daylight était plus sombre, mais aussi étrangement country, et n'arriva pas à reproduire le succès de jadis. Super Extra Gravity non plus, malgré quelques extraits irrésistibles, et plein de personnalité (sans compter que I Need Some Fine Wine And You, You Need To Be Nice est un superbe titre). Parce que finalement, c'est ce qui aura différencié The Cardigans de la concurrence. Pop, oui, mais pop avec attitude, mais pas seulement de la chanteuse. Le futur est incertain, mais ils n'auront pas à rougir de leur passé.


My Favourite Game

09:00 Écrit par Denis dans 1990s | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

03/02/2008

Eels - Meet The Eels: Essential Eels Vol. I 1996 - 2006

Meet_the_EelsMa première expérience avec Eels, comme pour beaucoup de monde, c'était le clip de Novocaine For The Soul, réalisé par Mark Romanek et qui passé en haute rotation sur MTV, back in the days. On découvrait en la personne de E (Mark Olvier Everett) un anti-héros indie à la Rivers Cuomo, qui écrit des chansons irrésistibles sur des sujets pas toujours très marrants : le second album d'Eels est entièrement basé une une série assez incroyable de décès dans la famille de E. Une douzaine d'années après, une retrospective en deux parties voit le jour : un best of classique ainsi qu'un double cd de raretés, à réserver aux collectionneurs, comme souvent. On va s'intéresser ici au best of, et comme à a chaque fois, la critique facile se présente, cinglante : qu'est-ce que c'est que ça pour une sélection douteuse?

Le deuxième album mentionné plus haut, Electro-Shock Blues, est peut-être le meilleur album du groupe, et deux morceaux en sont extraits. Etait-ce pour ne pas complètement déprimer l'auditeur? Possible, mais en tout cas très peu représentatif, même si Last Stop:This Town (bricolage de génie presque Beckien) et le très optimiste 3 Speed ("Why am I such a fucking mess", ou encore "I'm dead but the world keep spinning") ont largement leur place ici. Assez râlé, de toute façon, il y a suffisamment de perles ici, de morceaux écrits avec émotions et parfois enregistrés avec des bouts de ficelle ou un orchestre, selon les désirs de Mr E.

Eels change assez facilement de style, de la ballade morbide au full on rock, mais leur marque de fabrique reste un certain concept de l'indie song US, midtempo et mélancolique. Rien n'est vraiment à jeter ici, malgré les vingt-quatre morceaux, et une surreprésentation du dernier album, au demeurant très bon. On saluera d'ailleurs le souci d'exhaustivité, avec trois morceaux hors album (dont une bonne reprise du Get Yr Freak On de Missy Elliott).

Eels restera à jamais un groupe relativement mineur, mais qui vaut la peine : ce best of et Electro-Shock Blues feront très bien l'affaire comme porte d'entrée d'un monde complexe mais attachant.


3 Speed

18:36 Écrit par Denis dans 1990s | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : 2008 |  Facebook |

30/11/2007

Jeff Buckley - Grace [#23]

Jeff_Buckley_-_GraceLa carrière de Jeff Buckley fut courte. Un seul album, et une mort accidentelle (?) trois ans plus tard, alors qu'il venait juste d'atteindre la trentaine. On passera sur l'exploitation fort commerciale, pour être gentil, de sa discographie post-mortem (huit disques jusqu'ici) pour ne s'attarder que sur Grace, album important s'il en est, car il aura influencéé toute une série de chanteurs jusqu'à ce jour, le dernier en date étant le totalement toxique Mika.

Grace, qui est sorti en plein boom alternatif, montre un chanteur exceptionnel, de la trempe des plus grands. Capable de passer d'un murmure inaudible à des aigus Mercuriens, il habite littéralement chaque morceau, des originaux Grace et Last Goodbye aux reprises Lilac Wine et Corpus Christi Carol, hymne du quinzième siècle. Il aurait pu être un vocaliste rock extraordinaire, et c'est finalement le seul reproche qu'on peut faire à Grace. C'est un album AOR, adult-oriented rock, qui ne prend pas de risques, et qui sonne très classique. En somme, des bonnes chansons, effectivement élevées par une prestation vocale hors du commun, mais qui restent relativement apprivoisées, à l'exception peut-être du Led Zeppien Eternal Life.

Reste que pour ne pas être ému par sa version d'Hallelujah, il faut être mort.

Hallelujah
 

23:03 Écrit par Denis dans 1990s | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : 1994 |  Facebook |

26/11/2007

Green Day - Dookie (1994) [#68]

GreenDayDookieComme dirait l'autre, putain, treize ans... Dookie était le premier album de Green Day sur une major, après le succès de deux albums indépendants. Ils se sont vu taxer (évidemment) de sellouts, ont vendu des millions d'albums et ont même connu une transformation stupéfiante 10 ans après, avec le succès d'American Idiot. Reste que Dookie est toujours leur meilleure vente, et un des albums phares du punk US, version pop.

Treize ans après, tout cela a certes vieilli, mais se laisse gentiment réécouter. On sourit aux paroles, qui traitent, évidemment, des soucis adolescents du public cible, et en fait, de Green Day eux-même, encore bien loin des duos avec U2. On apprécie les riffs, simples et efficaces et on se rend compte que malgré son nom stupide, Tré Cool est un excellent batteur punk.

Basket Case (évidemment), Welcome To Paradise, She, Longview sont autant d'hymnes générationnels, un peu surévalués mais tellement sympatiques. On est clairement du côté radio-friendly du punk, mais FOD envoie bien la sauce quand il le faut. Ceci dit, même si Dookie reste une référence, les trois albums suivants révèleront un groupe meilleur, et un talent de compositeur certain pour Billie Joe Armstrong.

Tout en espérant que le nouvel album sera moins boursouflé qu'American Idiot, on réécoutera Dookie pendant de longues années encore. Ce qui ne sera pas vraiment le cas de Chocolate Starfish And The Hot-Dog Flavoured Water, si?


Welcome to Paradise

10:00 Écrit par Denis dans 1990s | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : 1994 |  Facebook |

26/10/2007

Radiohead - OK Computer (1997)

Radiohead.okcomputer.albumartOK Computer a tout juste dix ans, et plutôt que de perdre son temps en rééditions, Radiohead a préféré sorti un nouvel album, ce qui est une très bonne idée. D'ailleurs, pas besoin de réédition pour parler d'un des albums les plus importants, impressionants et influents des années 90. On ne le savait pas encore à l'époque, mais OK Computer marquait la transition entre le Radiohead post-grunge de Pablo Honey et The Bends vers le groupe aventureux de Kid A.

Fortement influencé par des artistes électro comme DJ Shadow, les morceaux de l'album comprennent tous des touches électroniques, parfois discrètes mais parfois cruciales, comme pour l'ouverture d'album Airbag, ou Paranoid Android, qui le suit. Á l'époque, on l'a comparé à Bohemian Rhapsody, par rapport aux différentes parties qui le composent. Mais la comparaison est faible, Paranoid Android est bien plus important, mais une fois de plus, les mots ne suffisent pas, il faut l'écouter, comme tout l'album, en fait.

Exit Music (For A Film) est un des morceaux les plus poignants jamais composés : le début nous empêcher de respirer, puis à 2"50, une basse vrombissante soulève le morceau avant que le final ne l'envoie dans des cieux rarement atteints. Une pure merveille alliant technique et émotion, comme l'etouffant Climbing Up The Walls, ou l'étourdissant No Surprises. Karma Police est un morceau simple, mais qui se termine par des bruitages étranges, comme un avant-goût de ce qui allait arriver ; de même, Electioneering rappelle les vieilles guitares en les mettant à jour.

C'est assez étrange d'évoquer OK Computer aujourd'hui. À l'époque, on louait son caractère innovant, mais maintenant, quand on voit l'oeuvre dans son ensemble, on voit que c'était une étape cruciale dans l'évolution de Radiohead. Pour réussir à réunir le meilleur des deux mondes, il sera peut-être toujours considéré comme leur meilleur, mais Radiohead est un groupe pour lequel la hiérarchie des albums n'a que très peu d'importance.

L'étape la plus importante restait à venir, et une des plus grandes surprises du rock contemporain. Kid A.

 

Paranoid Android

 

Exit Music (For A Film) 

10:15 Écrit par Denis dans 1990s | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : 1997 |  Facebook |

16/10/2007

Radiohead - The Bends (1995)

Radiohead.bends.albumart

Radiohead est l'archétype même de l'artiste qui évolue constamment. Peu de groupes, peut-être aucun, ne l'a fait autant et aussi bien. En quatre articles, je vais tenter de décrire ce qu'ils ont fait en une dizaine d'années, pendant lesquelles ils sont devenus l'artiste le plus inspirateur depuis que Robert Johnson a rencontré Satan.

On passera le premier album, Pablo Honey. Il n'est certes pas du tout dénué de qualités, mais il pâtit de la présence de Creep, morceau emblématique et rejeté maintes fois par ses concepteurs. De plus, l'album suivant, The Bends est peut-être le plus grand album à guitares jamais réalisé. C'est d'ailleurs difficile à comprendre, quand on sait que le groupe a quasi eliminé toute guitare de l'album Kid A, mais il faut dire qu'après The Bends, il n'auraient pas pu continuer dans ce style : la perfection ne peut pas être améliorée.

L'album commence doucement, avec Planet Telex tout en délai de guitares, comme un Edge sous stéroïdes, et des couches de claviers, qui ne sont que la première étape de processus de mutation. Comme tous les morceaux de Radiohead, la base basse/guitare est très importante. Versatile, la paire Colin Greenwood/Phil Selway n'a que très peu d'égal, il faut chercher loin pour en trouver (Chancellor/Carey, peut-être). Mais ce sont les guitares qui fount tomber tout le monde. Thom Yorke, Ed O'Brien et Jonny Greenwood y participent tous trois, avec des talents et des rôles différents, Greenwood étant le manipulateur en chef, rôle qui ne fera que s'accroître avec le temps. The Bends, le morceau titre est simplement parfait, et plus loin, les différentes guitares de Just sont admirables, y compris un solo injouable et complètement étrange. Ces deux morceaux, avec le post-grunge Bones, forment l'épine dorsale bruyante de l'album, et en fait les derniers gros morceaux rock jamais composés par le groupe. Comme évoqué plus loin, ils en avaient fait le tour.

Le reste de l'album est remarquable : des morceaux d'une pureté totale comme High And Dry, (Nice Dream) ou Street Spirit (Fade Out) ont forcé la création de trois millions de groupes, dont Coldplay. Merci, les gars... My Iron Lung, qui est en fait sorti en EP pile entre les deux albums, se moque ouvertement du succès de Creep, en reprenant sa base mélodique et en ajoutant des paroles comme "This is the new song / Just like the old one / A total waste of time. Parce que Yorke fait dans l'humour noir, quand on arrive à percer le mystère de textes qui, c'est vrai, sont encore compréhensibles. De même, il chante très bien, et arrive à transporter tout un spectre d'émotions dans un seul couplet. Tout cela va aussi évoluer, on le verra.
 
On parlait de Coldplay tout à l'heure, mais Black Star, vers la fin de l'album, a crée Muse, exactement comme Tomorrow Never Knows a crée la musique électronique. Enfin, Street Spirit (Fade Out), qui clôture l'album, est une des plus belles ballades jamais écrites. Immerse your soul in love... Il faudra attendre douze ans, et le tout nouveau In Rainbows, pour que Radiohead retrouve ce type d'ambiance. Ce qui ne veut pas dire que les quatre albums suivants ne valent rien, bien au contraire : OK Computer sera encore plus important que celui-ci.

The Bends reste un album exceptionnel, d'un groupe exceptionnel. Même si on ne comprend pas, ou si on n'adhère pas à leurs changements de style à venir, la perfection (oui, perfection) de l'album est difficile à nier. C'est un des meilleurs albums jamais réalisés, surtout au point de vue guitaristique.


The Bends

Street Spirit (Fade Out)

12:56 Écrit par Denis dans 1990s | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : 1995 |  Facebook |

19/09/2007

Alanis Morissette - Jagged Little Pill (1995)

AlanisMorissetteJaggedLittlePillJagged Little Pill n'est pas le premier album d'Alanis Morissette. Elle avait déjà sorti deux albums de dance pop, sortis uniquement au Canada. Mais tout le monde s'en fiche, et pour une fois le monde a bien raison. JLP est carrément le deuxième album le mieux vendu des 90s et le dixième de tous les temps. Étrangement, il est très bon, et c'est aussi un des albums qui me rappellent mon adolescence. Ajouté au fait qu'une fidèle lectrice me l'a suggéré, je ne pouvais qu'en parler.

En 1995, Alanis n'était pas encore suffisamment cinglée pour tourner une vidéo à poil, ou la meilleure parodie de l'histoire connue de l'humanité (si), mais elle était vachement en colère. Si les Spice Girls (vous vous souvenez? Elles reviennent...) revendiquaient le girl power, alors Alanis, c'était Little Boy et Fat Man puissance dix. Les deux premiers morceaux, All I Really Want et le tube You Oughtta Know sont des attaques d'une violence inouïe contre un ex-petit ami.

La suite, et en fait, quasi tout l'album poursuit sur la même thème. Encore fallait-il pouvoir en faire un bon album. Et même si les compositions (d'Alanis et Glen Ballard) ne sont pas très aventureuses, elles sont très efficaces, tout comme le groupe qui l'entoure (et qui comprend un certain Taylor Hawkins, futur Foo Fighter). Alanis montre que le ressentiment et la haine peuvent sonner très sexy, et sa manière d'écrire ses textes était originale et rafraîchissante.

Est-ce pour autant un chef d'oeuvre? C'est sans doute le meilleur album de la Canadienne, qui aura progressivement disparu du spectre pop rock actuel. C'est aussi un album relativement brutal, en tout cas par rapport aux ventes ahurissantes. C'est sans doute l'album le plus bruyant et le plus agressif de pas mal de collections plus habituées à Whitney Houston et Shania Twain. Même si cela reste un album de rock assez basique et peu innovant, il montre toutefois un réel talent. De plus, Jagged Little Pill réussit à garder un niveau appréciable jusqu'à la fin, n'a pas vieilli pour un sou, et la piste cachée Your House est toujours aussi chair de poulante. Ca tombe bien, je n'avais pas envie de dire du mal aujourd'hui.

 

Forgiven

01:28 Écrit par Denis dans 1990s | Lien permanent | Commentaires (2) | Tags : 1995 |  Facebook |

10/09/2007

The Verve - Urban Hymns (1997)

TheVerveUrbanHymnsUrban Hymns est un mythe, une légende, et un des tous grands classiques du rock anglais. Il a été quasi unanimement élu album de l'année 97, malgré qu'OK Computer soit sorti la même année. Le fait que le groupe s'est effondré peu de temps après, et vient d'annoncer se reformation est un bon pretexte pour le revisiter.

Non seulement Urban Hymns est solide en tant qu'album, mais il comprend aussi, et surtout, un hit immense : Bitter Sweet Symphony. Il ouvre l'album, tout le monde le connaît, et dix ans après il n'a pas pris une ride. Le morceau est pourtant très simple : une boucle de violons empruntés à une orchestration des Stones (qui ont scandaleusement voulu l'entièreté des bénéfices), un rythme régulier et la voix de Richard Ashcroft, clamant ses réflexions sur le sens de la vie. Formule parfaite pour morceau parfait. Mais si l'on croit que le groupe es relativement limité, la suite de l'album va prouver le contraire, comme Sonnet, qui est, au risque de me répéter magnifique, dans un mid-tempo poignant. Qui avait besoin, ces années-là, de Liam Gallagher, quand on entend ça?

Les deux premiers albums du groupe étaient moins Britpop et plus atmosphériques, éléments qui se retrouvent tout au long de l'album, surtout dans les morceaux qui ne sont pas sortis en single, et qui sont généralement plus rock, comme The Rolling People, ou Catching The Butterfly. Mais c'est sans doute The Drugs Don't Work qui domine ici, histoire forcément vécue, et qui devrait être un classique au moins aussi intemporel que Wonderwall. L'expression parfaite de l'âme humaine traduite en accords et en mots. Le genre de chanson qui fiche la chair de poule à chaque fois, et qui fait qu'on s'arrête dès qu'elle commence, pour l'écouter jusqu'au bout. Terrible.

Forcément, tout l'album n'atteint pas ce niveau, et ce n'est d'ailleurs pas son but : le groupe aime se complaire dans une certaine ambiance éthérée, aux antipodes de la Britpop de l'époque, comme dans un Neon Wilderness frôlant la rythmique trip-hop. Urban Hymns est l'album le moins tubesque de la période Britpop, contrairement à, par exemple (What's The Story) Morning Glory? ou The Great Escape, chaque morceau n'est pas un single potentiel. Mais c'est aussi le plus dense, peut-être le plus authentique. La seconde moitié est d'ailleurs nettement moins accessible que la première, à l'exception du single Lucky Man, sans doute le moins potent des quatre. One Day continue dans le sublime, et arriverait, si comparaison devait être faite, aisément au dessus des tubes surévalués de U2, par exemple.

Urban Hymns ne comprend pas vraiment de morceau de remplissage, même si les fans des singles ont sans doute été surpris par le reste de l'album. Come On conclut l'album par un déferlement de guitares limite shoegaze, et le fait très bien, comme le meilleur morceau qu'Oasis n'aura jamai eu le talent de créer. Comme évoqué plus haut, le groupe s'est violemment séparé, et à part quelques albums mineurs pour Ashcroft et la pige de Simon Tong chez Damon Albarn, on a plus entendu grand chose des cinq de Wigan, jusqu'à une reformation qu'on espère motivée, pour une fois...

 

The Drugs Don't Work

10:01 Écrit par Denis dans 1990s | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : 1997 |  Facebook |

02/09/2007

Pearl Jam - Lost Dogs et autres raretés (1990-2007) + conclusion

PearlJam-LostdogscoverDouble avantage pour ceux qui suivent Pearl Jam : outre les albums, quelques morceaux excellents sont répartis sur singles et BOF, et ansuite, le tout est assez facile à trouver.

La majorité des raretés est reprise sur Lost Dogs, double album sorti en 2003 et alliant faces B et raretés connues à des chutes de studio inédites. Clairement pas l'endroit où un néophyte doit commencer, il reste totalement incontournable. Une bonne moitié des morceaux ici auraient très largement pu se retrouver sur album, tandis que l'autre moitié n'était sans doute pas faite pour ça, comme Sweet Lew, ode à Kareem Abdul-Jabbar chantée par Jeff Ament. Sad, Fatal, Education, Undone, Down, Alone, Hard To Imagine, Footsteps, Wash ou l'évident Yellow Ledbetter sont autant de classiques absolus qui méritaient mieux que l'anonymat d'une face B ou pire, le purgatoire d'une cave de stockage d'enregistrements studio. On peut donc avoir un aperçu assez complet de la carrière  hors albums de Pearl Jam sans devoir traquer singles et disques de Noël, et on a même en prime une vraie nouveauté, 4/20/02, morceau dédié à Layne Staley.

Mais Lost Dogs, aussi intéressant qu'il est, n'est pas exhaustif, et au moins six morceaux supplémentaires doivent figurer dans la discographie. D'abord, la classique bande originale de Singles, comprenant les non moins classiques State Of Love And Trust et Breath (entre des morceaux d'Alice In Chains, Soundgarden, Smashing Pumpkins ou Screaming Trees), l'EP Merkinball enregistré avec Neil Young, lorsque Pearl Jam était son backing band (pour Mirrorball), ainsi que deux autres extraits de BO : Man Of The Hour (Big Fish) et Love Reign O'er Me (reprise des Who, Reign O'er Me). Et il reste aussi les dizaines de reprises faites par le groupe en concert, où leurs centaines de concerts sortis officiellement. Mais ça, c'est un boulot à plein temps ;)

Voilà qui conclut quelques semaines d'exploration du catalogue de Pearl Jam, qui avait comme but avoué de trouver quel était mon album préféré du groupe, voire "le meilleur". Impossible de répondre à cette dernière question, je vais donc résumer MON OPINION (emphase pour les lourds) de chaque album en trois mots maximums.

Ten : quasi inécoutable aujourd'hui
Vs : rage
Vitalogy : coeur
No Code : tête, mon préféré
Yield : finesse
Binaural : classe
Riot Act : mal-être
Pearl Jam : démonstration


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09:45 Écrit par Denis dans 1990s | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

08/08/2007

Pearl Jam - Yield (1998)

PJYieldQuand on étudie la discographie de Pearl Jam, on parle souvent d'un point de rupture, après lequel rien ne serait plus comme avant : No Code. Même si l'affirmation a une certaine part de vérité, on pourrait aussi bien dire que le groupe n'a de toute façon jamais rien fait comme avant. Je préfère dire que No Code est l'étape finale de la construction de Pearl Jam : jusque là, ils ont pu développer leurs styles, atteignant le paroxysme créatif sur cet album. De plus, sur un plan personnel, ils sont passé par le succès commercial, ses affres, et une sorte de retour sur terre en ce qui concerne les ventes. Yield démarre donc le mode Pearl Jam 2.0, celui qui est maintenant libre de faire tout et n'importe quoi, sans rien à prouver. Ce qui ne signifie pas qu'il n'ont plus rien à dire.

Les deux premiers morceaux le prouvent d'entrée, car ils sont tous deux écrits par le guitariste Mike McCready, qui jusque là n'était pas connu pour ses talents de compositeur. Plus loin, le bassiste Jeff Ament (Jeremy, Nothingman) ira jusqu'à composer entièrement, musique et paroles, deux morceaux (Pilate et Low Light). Les cinq membres du groupe composent donc ensemble ou séparément, et cette nouvelle dynamique sera une des principales caractéristiques de PJ, qui perdure d'ailleurs à ce jour. Et la variété, évidemment : Brain of J et Faithfull ne semblent avoir en commun que les compositeurs (Vedder/McCready, donc).

Le premier est une bombe politico-punk, alors que le second est nettement plus posé et introspectif. C'est cette dernière caractéristique qui explique le mieux Yield (terme de circulation routière : céder le passage), probablement l'album le plus calme du groupe, le plus méditatif. On ne retrouve pas non plus beaucoup de recherche commerciale, malgré que Pearl Jam y tira deux hits. D'abord, Do The Evolution, dont Todd MacFarlane y tira une vidéo légendaire et plus que jamais d'actualité (c'était aussi la première vidéo du groupe, même s'ils n'y apparaissent pas) : un brûlot emmené par un riff typique Stone Gossard et qui poussa la voix de Vedder très loin, même si une fois de plus, c'est en concert que le morceau trouve tout son retentissement. L'autre hit, Given To Fly, est le morceau le plus classic rock depuis Ten, s'inspirant sans le cacher de Led Zeppelin (Going To California). Comme souvent, il est difficile de décrire ces morceaux, qui comptent parmi les plus impressionnants du catalogue.

Le reste de l'album n'est pas mémorable, en tout cas d'un point de vue radio. No Way, Pilate, In Hiding, All Those Yesterdays sont des excellents morceaux, mais qui pâtissent d'une certaine discrétion. Après quatre albums, Pearl Jam n'avait juste plus envie de faire du bruit (dans tous les sens du terme), juste d'écrire de bonnes chansons. Ils y réussirent sans aucun problème, tout en ajoutant une nouvelle bizarrerie sonore (le drum and bass Push Me Pull Me) et deux de leurs morceaux les plus simples jusqu'ici (Wishlist et MFC).

Simplicité, authenticité, réflexion, sont les mots clés de Yield. Définitivement pas le meilleur album du groupe car trop discret et introspectif, mais un nouveau regard sur un catalogue de chansons et d'albums qui devient de plus en plus impressionant, ainsi qu'un autre témoignage de l'évolution du groupe. Il suffit de comparer, même si c'est hors contexte, "Escape is never the safest path" (Dissident, 1993) et "It's no crime to escape", All Those Yesterdays (1998).

D'une manière ou d'un autre, même si leurs trois albums suivants seront - forcément - différents de ton, la période qui entoure Yield est une nouvelle étape cruciale pour Pearl Jam, qui se prépara ensuite à sortir son album le plus controversé : Binaural.
 
 
Faithfull
 

10:00 Écrit par Denis dans 1990s | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : 1998 |  Facebook |

04/08/2007

Pearl Jam - No Code (1996)

PearlJam-NoCodeNote : l'article est la version légèrement remaniée de celui publié en novembre 06, qui est maintenant supprimé. Ceci pour expliquer l'effet de déjà vu ;)


Nécessairement, il faut se remettre dans le contexte. Pearl Jam, alors plus gros groupe du monde, vendait des albums par avions cargo (le second, Vs., a détenu le record de meilleure vente pour un second album), mais ne voulait pas que ça dure. En découla Vitalogy, pas vraiment anti-commercial mais bizarre et ambitieux. Les ventes commencèrent à décliner, et tout était mis en oeuvre pour que le groupe entame sa seconde vie, parfaitement exemplifiée par cet album, leur quatrième.

Il est peu probable que le groupe aie délibérément voulu exclure une partie de son public par No Code, même si c'est effectivement ce qui s'est passé : cet album est celui de la césure entre ceux qui sont restés (et qui suivent toujours le groupe aujourd'hui, dans des salles de 20 000 places partout dans le monde) et ceux qui ont laissé tomber, préférant les hymnes adolescents (Alive, Jeremy, et ce n'est pas une insulte) à l'évolution artistique et personnelle.

Dès le départ, on comprend que l'expérience No Code sera radicale. Á mille lieues du style plus agressif des précédents premiers morceaux (Once, Go et Last Exit), Sometimes ouvre l'album très calmement, comme une première occasion offerte à Eddie Vedder de montrer la vraie étendue de sa gamme vocale. Quelques minutes plus tard, on sursaute (vraiment), à cause des accords punk de Hail Hail, un des rares morceaux ici stylistiquement proches de Vitalogy. C'est aussi une des rares excursions en terrain connu : Who You Are (étonnant choix de single) et In My Tree (littéralement porté par la batterie tout en finesse de Jack Irons) n'ont vraiment plus rien à voir avec le grunge, qui est alors définitivement enterré. Pearl Jam se réclame d'un héritage musicale très varié, même si No Code est un album fortement américain (dans le sens americana, comme le prouve Smile, qui aurait pu être un morceau de Tom Petty, avec harmonica. La face A se termine en douceur, avec Off He Goes, ballade apaisante et chargée émotionnellement.

Le retour au (hard) rock se fait avec Habit et un peu plus loin Lukin, mais la face B est dominée par des morceaux innovants pour le Pearl Jam de 1996 : Red Mosquito, construit autour d'un jam blues et de paroles introverties mais pleines de sense ("If I had known then, what I know now"), l'exceptionnel Present Tense et son crescendo maîtrisé, pour ensuite conclure l'album avec un morceau expérimental (I'm Open) centré sur un spoken word de Vedder et une berceuse (si si), Around The Bend.

On pourra toujours débattre quant au "meilleur" album, mais No Code est sans aucun doute le plus varié à ce jour, et celui qui montre le mieux les qualités de compositeur du groupe. Jack Irons apporte sa touche personnelle, et son grand talent. À partir de là, tout devenait possible pour Pearl Jam, qui a ainsi atteint, après quatre albums, sa maturité artistique. Yield et tout ce qui suivra porte la trace de No Code, l'album le plus important jamais enregistré par Pearl Jam.


In My Tree
 

10:00 Écrit par Denis dans 1990s | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : 1996 |  Facebook |

30/07/2007

Pearl Jam - Vitalogy (1994)

PearlJamVitalogyVitalogy sera à jamais connu comme la dernière grosse vente du groupe, et aussi le début de ce qu'on pourrait qualifier de suicide commercial. Il s'est très bien vendu, surtout dans la première semaine (deuxième meilleur score de tous le temps, juste derrière Vs.), mais à l'époque, pas d'internet : on achetait, on écoutait après. Parce que Vitalogy est beaucoup de choses, mais commercial, certainement pas. Á commencer par le légendaire livret, inspiré d'un manuel de savoir-vivre réel, qui incitait les jeunes garçons à se détourner du mal absolu qu'est la pollution nocturne...

On le remarque dès le départ : le dépouillement extrême de Last Exit, suivi du punkoïde Spin The Black Circle, même s'ils rappellent la salve d'intro de Vs. ne sont pas à proprement parler radio-friendly. Spin The Black Circle leur rapportera quand même un Grammy, mais sans doute parce qu'on a cru que les paroles parlaient de drogue. Pearl Jam est maintenant parti sur sa propre route, mélangeant ses propres influences et ses points forts, qui s'amplifient encore ici. La suite ne donne pas non plus dans le facile : Not For You rassemble habilement un appel à la célébration de la jeunesse et une attaque vitriolique contre les labels avides, tandis que le mélancolique Nothingman est très chargée en émotions. Que dire également de Tremor Christ, et de sa rythmique implacable ou du violentissime Whipping, plaidoyer pro-avortement (ce qui ne les a pas aidé non plus, dans certaines parties peu civilisées de leur pays natal).

À ce moment, on peut dire deux choses : d'abord, que Vitalogy, de par son minimalisme sans compromis,  ne ressemble que très peu aux deux albums précédents, mais est nullement inférieur, et ensuite, que le plus bizarre reste à venir. Pearl Jam a consciemment cherché à saboter son image de sauveur du monde (ou presque), et surtout celle d'Eddie Vedder, d'autant plus considéré comme un dieu vivant que Kurt Cobain venait de connaître sa fin tragique. La face B de Vitalogy, c'est ça. L'auto-destruction d'un mythe, mais qui a permis à Pearl Jam, contre toute attente, de passer encore une étape,dans le long chemin vers la postérité.

Pry, To commence le voyage vers l'étrange. Á priori un collage sonore court qui parle d'un thème cher à Vedder, la vie privée, il se révèle nettement plus intéressant quand on le passe à l'envers. La seconde moitié de Vitalogy est une montagne russe, où des morceaux, disons, originaux succèdent à des chansons massives, parmi les meilleures composées à ce jour. Corduroy en fait évidemment partie, avec des paroles Vedderifiques et un solo estomaquant de McCready (et encore, une fois de plus, faut la voir en live...). Un classique parmi les classiques. Mais ries n'est simple, rien n'est prévisible. Bugs voit Vedder raconter plus ou moins n'importe quoi sur des cafards, sous fond d'accordéon. Finalement, on se rend compte que c'est justement une nouvelle métaphore sur le caractère dévorant des médias. Satan's Bed, basé sur un riff basique et efficace, sonne presque lo-fi. On pourrait difficilement être éloigné de la production clinquante de Ten.

Mais ce sont les quatre derniers morceaux qui cristallisent Vitalogy : Better Man, peut-être le plus gros tube potetiel du groupe, si seulement ils kle voulaient. Un vieux morceau datant du premier groupe de Vedder, Better Man est une nouvelle narration du point de vue féminin, probablement inspiré par sa propre histoire. Mais c'est surtout une popsong parfaite. Comment la faire suivre? Eh bien, c'est simple : par un instrumental vaguement latino. Mais le morceau suivant ne saurait pas être précédé par quoique ce soit.

Immortality. On a beaucoup spéculé sur l'origine des paroles, et il est impossible de ne pas faire le rapprochement avec Cobain, même si le elles étaient écrites avant sa mort. Some die just to live. Une intro simple, mais superbe, et un crescendo instrumental captivant. Immortality est le morceau qui fait passer Pearl Jam du statut d'excellent groupe rock à celui de compositeurs de très haut niveau, du plus haut niveau. Ils sont là-bas, avec Hendrix, Dylan, Lennon, et très peu d'autres. La conclusion de l'album l'envoie définitivement dans la catégorie étrange. Un collage sonore de huit minutes, comprenant entre autres des samples d'interviews de patients de maisons psychiatriques. Hey Foxymophandlemama, That's Me - c'est son titre - remporte haut la main le prix de morceau le plus bizarre de Pearl Jam, titre qu'il conserve à ce jour. Cela confirme une chose : Vitalogy a été conçu comme un album particulier, sans aucune concession commercial et, semble-t-il, aucune contrainte.

Pourtant, les choses n'étaient pas simples pour le groupe : outre les soucis avec les effets secondaires de la célébrité, Pearl Jam a du faire face aux classiques tensions internes, qui ont eu la peau du batteur Dave Abbruzzese (remplacé avantageusement par l'ex-Red Hot Jack Irons) et qui pèseront sur les sessions du prochain album, qui terminera ce qu'on pourrait appeller la phase de la découverte. No Code est leur album le plus créatif, comme on le verra bientôt.


Immortality
 

10:00 Écrit par Denis dans 1990s | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : 1994 |  Facebook |

22/07/2007

Pearl Jam - Vs. (1993)

PearlJam-VsLe premier album a vu Pearl Jam passer du statut d'inconnus à celui de stars mondiales. Ce changement ne s'est pas fait sans mal, le groupe supportant mal leur nouveau rôle. De plus, le contrat naïvement signé avec Sony les força au bras de fer, qui débuta avec le refus de Pearl Jam de sortir Black comme single. Cette décision, très mal acceptée par Sony, poussa même le groupe à refuser de tourner des clips. Ceci dit, Sony ne pouvait pas se plaindre : Vs a battu le record de ventes en une semaine (record probablement détenu aujourd'hui par un rappeur interchangeable), sans d'autres apparitions MTV que les clips de Ten et l'Unplugged. Fatalement, la grande question était : comment Pearl Jam allait suivre ce monument qu'est Ten? Le plus simplement du monde, en sortant un album différent, mais absolument pas inférieur, et qui gomme tous les défauts de son illustre prédécesseur.

La différence se fait sentir dès les premières notes. Go et Animal sont deux morceaux rock très rapides, sans équivalents sur Ten (sauf peut-être Porch, s'il faut en trouver un) : ils sont moins complexes, plus directs, comme si le groupe avait dit ce qu'il avait à dire, et qu'il était temps de passer à autre chose. Ils sont plus soudés musicalement, et la production est enfin bonne : Brendan O'Brian, dont c'était une des premières productions majeures, a choisi de laisser le groupe s'exprimer clairement, dans des conditions proches de la scène.

Thématiquement, on peut aussi sentir un certain décalage, pour les mêmes raisons. Pearl Jam, et surtout Eddie Vedder, ont autre chose à dire. Animal est très explicitement une attaque contre Sony et la situation dans laquelle ils se trouvent. Five Against One devait d'ailleurs être le titre de l'album, avant que la référence à Mission Of Burma ne soit choisie. Le début de l'album est excellent, tout en différant complètement de Ten. Et que dire de la suite...

Les ballades de Ten, comme évoqué précédemment, étaient assez lourdes, à cause de la production mais aussi des thèmes abordés. Daughter, troisième morceau ici, est emmené par une guitare acoustique, preuve que Pearl Jam peut maintenant prendre plus de libertés, se permettre de faire moins de bruit. Excellente idée, dans un morceau où Vedder prend une nouvelle fois un point de vue féminin, avec talent. Daughter est un bon exemple du développement du groupe, à tous points de vue. Les quatre musiciens s'expriment séparément, tout en jouant ensemble, sans essayer de se voler la vedette. Contrairement à Black, par exemple, le morceau se termine de lui-même, tranquillement, sans chercher un pathos climactique : on contrôle.

On contrôle d'autant mieux qu'on se permet d'innover : Glorified G, outre son thème anti-violence (et armes à feu en particulier), montre Pearl Jam sous un autre jour, musicalement plus varié que ce qu'on pouvait penser auparavant. Eddie Vedder semble également plus libre sans ses inflexions vocales, qui font parfois penser au style du Michael Stipe des débuts : on ne comprend pas toujours tout, mais c'est aussi le but. Dissident suit, et rentre dans la catégorie politique/point de vue féminin, et explique la difficulté de rester fidèle à ses convictions dans la société occidentale contemporaine, un sujet qui s'appliquera parfaitement au groupe lui-même. Vedder arrive une nouvelle fois à raconter une histoire à première vue assez simple, pour arriver à un slogan général : "escape is never the safest path". Probablement la phrase qui s'applique le plus à la carrière de Pearl Jam.

Après cinq morceaux, les hymnes fédérateurs de Ten semblent loin. Même si les morceaux de Vs. sont moins intenses, ils montrent un groupe qui se développe à son rythme, comme s'ils avaient été libérés d'un poids. Mais ils devront se séparer d'un fardeau encore plus lourd, celui de la célébrité. Et ils le feront d'une manière assez étonnante, mais on n'est pas encore censé parler de la suite, chaque chose en son temps. W.M.A., le morceau suivant est le plus bizarre jusqu'ici. Emmené par une ligne de basse funk, il dure six minutes et vire bien vite dans l'expérimental. Les percussions ont été multipliées et loopées, alors que la voix de Vedder est parfois totalement incompréhensible. C'est le premier exemple d'une facette méconnue du groupe, qui fera d'autres apparitions ponctuelles au fil des années. Comme le titre l'indique (White Male American), W.M.A. est évidemment politique, plus précisément une attaque directe contre l'Amérique policière vue par Vedder.

Mais Vs est l'album de la variété, comme le montre Blood. Déjà une réflexion sur les affres de la célébrité ("Spin me round, roll me over, fuckin' circus" fait référence aux magazines américains Spin, Rolling Stone et Circus, qui ont fait et défait le grunge), le morceau est surtout connu pour sa pure puissance violente, et pour le hurlement poussé par Vedder, qui dure douze secondes. Il se termine dans un chaos complet, plus proche de Fugazi que du groupe qui a écrit Alive. Je parlais de quatre musiciens tout à l'heure, mais il faut en rajouter un cinquième. Vedder s'est mis à la guitare, et son approche simpliste apporte un point de vue parfaitement complémentaire au professionnalisme de Gossard et McCready : ils n'auraient sans doute pas pu écrire Rearviewmirror, simple mais diablement efficace. Un évident candidat au titre de meilleur morceau de Pearl Jam (non, n'insistez pas, je n'en ai pas la moindre idée), RVM, pour faire court, est parfait. Vraiment, parfaitement, parfait. Et il serait étonnant que le "saw things so much clearer once you were in my rearviewmirror" ne soit pas une référence au passé du groupe. Passé qui sera toujours revisité en concert, mais plus jamais sur disque.

Rats utilise une autre ligne de basse du sous-estimé Jeff Ament, pour porter une histoire imagée, comparant l'histoire humaine, fait d'auto-destruction et que quête de pouvoir à celles des rats. Ok, ça semble bizarre, mais ca se tient. Enfin, jusqu'à la référence à Michael Jackson. Certainement pas le meilleur morceau de l'album, mais Rats est différent, et il est joué en concert une fois par siècle (quand j'y suis ;)). Elderly Woman Behind The Counter In A Small Town, dont le titre se moque ouvertement de fait que les titres de PJ sont généralement très courts (souvent un seul mot), est un morceau à dominance acoustique, qui montre la profondeur du baryton de Vedder. Il calme aussi le jeu avant le bondissant Leash, où Vedder emprunte ironiquement une personnalité de messie : quelques mois plus tard, la mort de Kurt Cobain le plongera bien malgré lui dans le rôle. Leash aurait du être l'hymne de la Generation X, mais ceux qui savent ne se trompent pas. Delight in the youth...

Il fallait quelque chose d'immense pour rivaliser avec Release comme dernier morceau, et Indifference y arrive. Basé sur la contrebasse d'Ament, Indifference est une réflexion sur la place de l'être humain et son rôle, un autre thème récurrent chez Vedder. Le tout est exprimé de façon minimaliste, avec juste un peu de guitares pour colorer les refrains et ponts. Mais c'est une fois de plus la voix d'Eddie Vedder qui vole la vedette, surtout lors d'un troisième couplet d'une intensité inouïe. La définition même de la chair de poule, Indifference est une preuve supplémentaire de la maturité atteinte par Pearl Jam en terme d'écriture.

Vs. est-il meilleur que Ten? Peut-être, parce qu'il part dans une direction différente, sans vouloir chasser le passé. Il est surtout "meilleur" quand on sait ce qui arrive, Vs est la première étape dans la maturation de Pearl Jam, de groupe-phénomène vendeur de disques et porte-parole d'une génération à Pearl Jam, un des meilleurs groupes de rock depuis que le rock existe. La seconde et avant-dernière étape sera Vitalogy, où la puissance créatrice cotoie la rébellion totale, et le refus de toute concession.

 
 
Rearviewmirror
 

17:26 Écrit par Denis dans 1990s | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : 1993 |  Facebook |

18/07/2007

Pearl Jam - Ten (1991)

PearlJam-TenCe n'est jamais facile de parler d'un album classique, qui se suffit à lui-même et qui est bien au dessus de n'importe quel type de critique, favorable ou pas. Ten, évidemment, en fait partie. Un fait très difficile à croire et à imaginer de nos jours, où l'on se contente d'assez peu : Nevermind et Ten, deux des albums le plus importants de l'histoire du rock, sont sortis dans un intervalle d'un mois. Ten s'est mieux vendu (même s'il n'a commencé à se vendre qu'un an après sa sortie), mais Nevermind a bénéficié de la légende (méritée) de son géniteur. Ceci dit, contrairement à Nirvana dont la carrière s'est arrêtée fort tôt, Ten ne fut jamais que le commencement d'une carrière inouïe. Parlons-en.

Après l'expérience cathartique que fut Temple Of The Dog, Pearl Jam, alors appellé Mookie Blaylock, pouvait enregistrer ses propres compositions : les toutes premières provenaient de démos instrumentales enregistrées alors par Stone Gossard, auxquelles Eddie Vedder ajouta très rapidement ses textes et voix. Par une coïncidence étonnante, le batteur lors de ces sessions fut Matt Cameron, alors chez Soundgarden, qui rejoindra PJ une dizaine d'années plus tard. Un batteur fut engagé (Matt Chamberlain, Dave Krusen qui joua sur l'album avant d'être remplacé par Dave Abbruzzese), d'autres morceaux furent écrits, et la production de Ten pouvait débuter, pour arriver à sa sortie, le 27 août 1991.

Les premieres secondes sont calmes, une impro basée sur la basse appellée Master/Slave, avant que, sans prévenir, le premier des riffs immenses de Stone Gossard ne déchire le ciel : Once, et déjà, un petite histoire doit être racontée. Eddie Vedder, responsable de toutes les paroles de l'album, sera bien vite connu pour l'intensité (désolé si j'utilise intensité souvent, je n'ai pas le choix) de ses mots. Once, un excellent exemple, fait originalement partie d'une trilogie thématique, malheureusement démembrée sur l'album. On reparlera de cette trilogie lorsque nous arriverons à son premier morceau.

Once, donc, dépeint la descente aux enfers d'un jeune homme à l'enfance brisée, qui devient, presque malgré lui, un assassin. Le pitch thématique de Ten est fixé : alors que Kurt Cobain focalisait ses histoires sur une autobiographie surréaliste, Vedder adopte plusieurs points de vue, pour passer du particulier au général, avec une maîtrise impressionnante. Musicalement, on remarque déjà la dynamique du groupe : Gossard envoie le riff, Mike McCready colore les couplets et génère des solos qui deviendront légendaires, alors que la section rythmique, dominée par la basse de Jeff Ament, est d'une grande solidité. La suite conservera les mêmes bases.

Even Flow et Alive, les deux morceaux qui suivent, forment deux des quatres côtés du carré des morceaux les plus populaires du groupe : leurs vidéos passaient en boucle sur MTV (si si, de la musique avec guitares sur MTV), et leur caractère expansif ont permis d'en faire des hymnes intemporels. Pourtant, une histoire de sans-abris (Even Flow) et d'inceste (Alive) n'était pas vraiment censé faire exploser les ventes. Mais la formule vraiment magique concoctée par Pearl Jam a réussi l'impossible. Seize ans après, les morceaux ont assez bien vieilli, mais avec deux réserves. D'abord, la comparaison avec les versions live est souvent difficile. Le groupe est bien meilleur musicalement maintenant qu'il ne l'était alors, ce qui est logique, et Even Flow en particulier est différent en concert : nettement plus rapide, et agrémenté d'un long solo (à chaque fois différent) de McCready. Ensuite, et c'est le gros point noir de Ten, la production, faite d'effets vocaux énervants et superflus et d'un certain manque de subtilité. C'était peut-être l'esprit de l'époque, mais une production heavy metal of the eighties n'était sans doute pas la meilleure idée. D'ailleurs, le cap pris par le groupe pour le second album est radicalement différent, mais on en reparlera bientôt.

Alive, qu'on ne présente plus, est basé sur une expérience semi-autobiographique d'Ed Vedder, qui a été élevé par quelqun qu'il pensait être son père, mais qui ne l'était pas. Il a transformé ce douloureux souvenir, ajouté une sordide histoire d'inceste ("there's something wrong she said... of course there is") pour créer la première partie de la Trilogie Mamasan, l'enfance du héros. Dans la seconde partie, Once, le héros dévale la mauvaise pente pour se retrouver face à la mort, en prison, lors de la magnifique conclusion, Footsteps (disponible en face B ou sur la compilation de raretés Lost Dogs).

Les autres morceaux de Ten ne sont pas nécessairement liés entre eux : Why Go est inspirée d'un vrai fait divers, et représente le premier exemple d'une particularité de Vedder, son aptitude à prendre un point de vue féminin, et avec un brio inégalé. Why Go est "simplement" un morceau bien rock, qu'on pourrait rapprocher de Deep. Ce dernier, tout aussi rock, est inspiré par les ravages de la drogue, mais avec une touche tout particulière, très imagée, très poétique. Le hard rock des années 80 est bel et bien enterré.

Ensuite, les deux autres morceaux icones se suivent : la ballade interstellaire, Black. Un des seuls morceaux qui me font rester muet, tant il est difficile d'exprimer les émotions ressenties à son écoute. Black est immense, et Eddie Vedder arrive à s'exprimer avec une intensité et une passion inimitables, une pureté et une sincérité totales. Une fois de plus, on préférera une version live, mais il faut toutefois se souvenir que tout part d'ici. L'autre ballade de Ten, Garden, tente de conserver la même émotion, et y arrive, même si le niveau est un peu moindre. Les deux morceaux sont surélévés par une nouvelle prestation hendrixienne de McCready, tout en finesse aiguë.

De manière non musicale, Black est aussi un point de rupture très important pour le groupe : Epic, le label, voulait le sortir comme cinquième single, ce que Pearl Jam a sèchement balayé, refusant de tourner des vidéos promo jusqu'à nouvel ordre. On s'intéressera à cet aspect lors de l'analyse du second album, le bien titré Vs.

Il reste trois morceaux, le brûlot punk Porch (seule composition totale de Vedder, qui montre donc aussi qu'il sait composer), qui prend toute son ampleur en concert, durant souvent plus de neuf minutes (je sais, je me répète), le superbe Oceans (mais le producteur Rick Parashar aurait du sa casser une jambe, ce jour-là), première apparition de l'obsession de Vedder pour la nature, et la mer en particulier, et le dernier morceau, Release.

Release, lorsqu'il est joué en concert, l'est toujours en premier lieu, comme une incantation, une préparation à ce qui va suivre. Thématiquement, le morceau est un message de Vedder à son père biologique, et comme souvent, il vaut mieux laisser la musique parler d'elle-même, le messager n'étant pas à la hauteur. Master/Slave refait ensuite une plus longue apparition, pour clôturer un des albums les plus importants jamais réalisés, une démonstration de force d'une intensité maximale.

Ten est souvent critiqué. Pour sa production, comme déjà évoqué, mais aussi pour être le représentant du côté plus commercial du grunge, alors que Nirvana était censé représenter le versant artistique. Ce qui était une vaste connerie, évidemment. Loin de vouloir critiquer Nirvana, que j'aime beaucoup, les années ont apporté le jugement dernier. Le grunge est tant que tel n'était jamais qu'une bête invention commerciale : si Nirvana, Pearl Jam, Soundgarden et Alice In Chains venaient de quatre villes différentes, on n'en aurait jamais parlé (du grunge, pas des groupes). Enfin, la suite de la carrière du groupe termine d'enfoncer le clou. Comme on le verra dans quelques jours, ils ont brillamment négocié le cap du second album, en évitant toute facilité. Ten est, et restera, un des plus extraordinaires premiers albums de l'histoire du rock.
 
 
Once 
 

09:30 Écrit par Denis dans 1990s | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : 1991 |  Facebook |

10/07/2007

Foo Fighters - The Colour And the Shape (1997)

FooFighters-TheColourAndTheShapeIl est toujours intéressant de se souvenir des débuts d'un groupe qui est ensuite devenu énorme. C'est le cas des Foo Fighters, à l'origine projet solo post-Nirvana de Dave Grohl, qui s'est transformé en l'espace de dix ans et cinq albums en un des plus gros groupes US contemporains. The Colour And The Shape, qui fête ses dix ans en ressortant en version superbement remasterisée est le second Foo, le premier enregistré en tant que vrai groupe, et sans aucun doute leur meilleur.

Même si le premier album, Foo Fighters, ne comprenait que le seul Dave Grohl derrière chaque instrument, le but était de créer un nouveau groupe, et pas un projet solo déguisé. Pour cela, il a attiré l'ex-Nirvana Pat Smear, le bassiste Nate Mendel (seul Foo autre que Grohl a toujours être présent aujourd'hui) et le batteur William Goldsmith, qui ne sera présent que sur trois titres de l'album (Grohl s'étant chargé du reste, après avoir viré Goldsmith pour incompétence). TCATS débute tranquillement avec Doll avant d'exploser avec le fantastique Monkey Wrench, un des meilleurs morceaux alt-rock des années 90, et le type même de morceau capable de faire pogoter un service de soins palliatifs. Dès ce moment, on se rend compte que Grohl a gagné ses galons de songwriter, et comme chanteur, il ne se débrouille pas mal non plus. L'album suivra ce rythme souvent effréné, mais appliquant la bonne vieille recette Pixies : couplets calmes (parfois très calmes, la voix de Grohl pouvant être étonnamment douce) et refrains bruyants (parfois très bruyants, la voix de Grohl .. enfin voilà), comme parfaitement illustré par My Poor Brain, Hey! Johnny Park ou le superbe Wind Up.

Des deux autres côtés du spectre, on trouve les ballades February Stars et Walking After You et le très hard Enough Space, mais aussi et surtout l'autre gros hit de l'album, le morceau de perfection pop totale, Everlong. Des centaines de compositeurs seraient morts pour ça, et Grohl l'a sorti dès son second album, après des années passées dans l'ombre d'un des plus grands compositeurs des nineties.

Cette version anniversaire ajoute quelques faces B de l'époque, dont des reprises assez anecdotiques de Gary Numan et Killing Joke, mais surtout la chanson-titre, sans doute le morceau le plus hardcore jamais enregistré par les Foo Fighters.

Avec The Colour And The Shape, Dave Grohl s'extirpe définitivement de l'ombre de Kurt Cobain, avec un album certes classique mais très bien écrit et exécuté. Malheureusement, un certain penchant pour la grandeur et la relative facilité ont poussé les Foo a choisir la carte commerciale plutôt qu'artistique, ce qui n'empêche qu'ils restent un bon groupe, dont on attend avec curiosité le nouvel album en septembre. Sans jamais s'attendre qu'il fasse mieux que leur chef d'oeuvre.


Monkey Wrench
 

09:50 Écrit par Denis dans 1990s | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : 1997 |  Facebook |

06/07/2007

Temple Of The Dog - Temple Of The Dog (1991)

TempleOfTheDogÉtrange, comment l'Histoire se constitue, parfois. Quand le chanteur du groupe de Seattle Mother Love Bone, Andrew Wood, mourut d'une overdose, son proche ami Chris Cornell décida d'enregistrer un album hommage, on était alors en 1990. Cornell amena son batteur dans Soundgarden, Matt Cameron, et se fit accompagner par deux ex-Mother Love Bone, Stone Gossard (guitare) et Jeff Ament (basse). Ils recrutèrent un guitariste local, Mike McCready, qui jouait déjà avec Gossard et Ament au sein de Mookie Blaylock. Le chanteur de ces derniers prêta également sa voix à l'album, plus par hasard qu'autre chose. Son nom? Eddie Vedder.

L'équation est simple : sans tout cela, pas de Pearl Jam aujourd'hui, simplement. C'est encore plus clair depuis quelques années, vu que Cameron est devenu le batteur de Pearl Jam après le départ de Jack Irons. Mais intéressons-nous à cet album particulier, véritable légende parmi les fans du mouvement alternatif de Seattle.

L'album, dominé par les compositions de Cornell, est relativement inégal et mal balancé, mais il reste que le talent inouï des différents intervenants commençait à se faire sentir : Hunger Strike est un morceau mélodiquement parfait, et qui comprend la toute première partie vocale enregistrée par Ed Vedder, Pushing Forward Back est emmené par un rythme complexe du toujours sous-estimé Matt Cameron, alors que Reach Down dure onze minutes sans jamais baisser de niveau : McCready y sort le premier de ses solos légendaires. Ailleurs, Cornell donne sa propre version de Footsteps, que Pearl Jam sortira un peu plus tard (Times Of Trouble) et règne en maître sur l'album, grâce à sa voix puissante et fortement maîtrisée. On pourrait d'ailleurs lui reprocher d'en faire trop (qui a dit Céline Dion? Mauvaises langues), une critique qu'il endossera pendant les 17 années suivantes (car ce n'est pas fini).

Pour le reste, Temple Of The Dog n'arrive certes pas au niveau que Pearl Jam et Soundgarden atteindra plus tard, mais les bons morceaux sont exceptionnels, et il reste un album indispensable, que ce ne soit que pour son importance historique. Une reformation ponctuelle reste possible (tout le monde est encore bien là) et serait assez dingue, mais je ne suis pas sur de vouloir voir Cornell démolir les morceaux une fois de plus. *soupir*
 
 
Hunger Strike
 

09:00 Écrit par Denis dans 1990s | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : 1991 |  Facebook |

08/06/2007

Weezer - Pinkerton (1996)

WeezerPinkertonLe fameux syndrome du second album a connu une illustration très intéressante lors de la sortie de Pinkerton, deux ans après un album sans titre, généralement connu en tant qu'album bleu. Pinkerton s'est vendu cinq fois moins que son prédécesseur, et c'est assez facile de voir pourquoi. Le bleu est un album agréable, sautillant, fait de popsongs parfaites et mémorables. Il est très bon, mais Pinkerton n'aurait pas pu être plus différent.

Très sombre, il tire toute son inspiration du la dépression vécue par le chanteur/songwriter Rivers Cuomo, tous les textes sont d'ailleurs écrits à la première personne. Ce qui en fait un album étonnant, qui rend l'auditeur mal à l'aise car témoin du mal-être profond du narrateur. De plus, l'album suit vaguement les thèmes de Madame Butterfly, sans doute pas la meilleure manière de vendre un disque. Musicalement, cela ne s'arrange pas : on passe de guitares lo-fi très abrasives (Tired Of Sex, Getchoo) à des morceaux extrêmement complexes (Falling For You, El Scorcho), mais définitivement rien de facile à l'oreille. Malgré tout cela, Pinkerton est un excellent album, le meilleur de Weezer et un disque important dans la chronologie rock contemporaine.

Les thèmes passent de la frustration sexuelle (thème récurrent), aux addictions, en tournant autour de la misérable vie d'un protagoniste malheureux qui pensait avoir trouvé l'amour, mais, pas de bol : elle est lesbienne (Pink Triangle). Across The Sea dépasse même le cadre de l'autobio, racontant en détail une lettre envoyée par une fan japonaise à Cuomo. Cuomo qui démontre un génie total, via des parts de guitare techniquement époustouflantes (Falling For You reprend des accords basés sur l'entière gamme chromatique) et un groupe qui n'est pas en reste, notamment la batterie de Patrick Wilson. Il se termine avec un morceau acoustique, et ces mots "I'm sorry". Il faut évidemment écouter tout l'album pour retrouver le contexte.

Heureusement pour Cuomo, ses problèmes personnels s'arrangeront petit à petit, mais, forcément, Weezer n'arrivera plus jamais à sortir un album de ce niveau, touchant même le fond avec l'inepte Make Believe. Leurs deux premiers opus auront marqué les nineties, et Pinkerton aura aidé, bien malgré lui, à lancer ce qui est peut-être le sous-genre du rock dominant aux USA aujourd'hui : l'emo. Pardonnez, ils n'en savaient rien.
 
 
Getchoo
 

10:15 Écrit par Denis dans 1990s | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : 1996 |  Facebook |

30/05/2007

Noir Désir - 666.667 Club (1996)

Noir_Desir_-_666.667_ClubJe ne parle pas souvent de rock français. Pour deux raisons, d'abord, ma relative méconaissance du sujet, et ensuite, l'histoirique nullité du genre. Pour des raisons politiques (dans les années 60), et ensuite pathétiquement nationalistes, la France a refusé d'accueillir les influences anglo-saxonnes, et a donc du vivre en autarcie musicale pendant des dizaines d'années. En résulta le pire genre musical de l'histoire de l'humanité, ce que même les anglophones appellent "chanson". Et des "artistes" plus pitoyables les uns que les autres, qui ne mériteront même pas le prix de leur cercueil quand enfin, le temps décidera d'en finir.

Heureusement, un tel contexte se devait d'appeler une contre culture. La France est ainsi devenu le second pays au monde où le hip-hop est le plus important, même si, comme pour les États-Unis, la majorité de la production de genre ne vaut pas tripette. Quelques groupes rock ont tenté, envers et contre tout (et tous) d'inverser les tendances, notamment la Mano Negra de Manu Chao. Et puis, Noir Désir. Sans aucun doute le meilleur, et le plus grand groupe rock français.

666.667 Club est leur quatrième album, et fait suite au brûlot Tostaky. L'album est splendide, et allie les influences anglo-saxonnes à la tradition poétique française, et surtout, à la situation socio-économique d'un pays qui était encore une grande nation, il n'y a pas si longtemps. Mais les textes engagés de Bertrand Cantat se sont révélés tristement visionnaires : "L'homme pressé" paraphrase presque mot pour mot la célèbre citation du patron de TF1 concernant le "temps de cerveau disponible" que TF1 vend aux annonceurs commerciaux. Mais Patrick Le Lay l'a prononcé des années après la sortie de cet album. Encore plus effrayant, "Un jour en France" prévoit l'avènement d'un leader élu par les fascisants (il y a juste eu erreur sur la personne), et une "danse avec Johnny". Onze ans avant...

Le rock brut et puissant laisse parfois un peu de répit au calme lourd, toujours habité par la personnalité de Bertrand Cantat qui, s'il n'était pas français, serait définitivement un des chanteurs cultes du rock mondial. Sa présence scénique, chamanique, n'a connu que peu d'égal depuis Jim Morrison. Les riffs cinglants d'"À ton étoile" et la mélancolie tzigane d'"Ernestine" vont très bien ensemble, appellant tour à tour les fantômes de Jacques Brel et de Joe Strummer, quand ce n'est pas l'évocation de Ian Mackaye, période Fugazi. Les deux morceaux chantés en anglais sont peut-être les moins réussis, pas musicalement, mais simplement à cause d'un accent encore mal maîtrisé.

Noir Désir fera suivre l'album par une avantgardiste collection de remixes, une anthologie et l'album de 2001, plus apaisé (Des Visages, Des Figures). On ne peut qu'espérer le retour du groupe, dans quelques années. Cantat aura certainement énormément de choses à dire, et une génération de rockers français à inspirer.
 
 
Un jour en France
 

10:00 Écrit par Denis dans 1990s | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : 1996 |  Facebook |

26/05/2007

Smashing Pumpkins - Siamese Dream (1993)

SmashingPumpkins-SiameseDream2007 semble être l'année des reformations des légendes des années '00. Après Rage Against The Machine, c'est maintenant les Smashing Pumpkins qui reprennent du service, sept ans après leur dernier concert. Music Box Off en reparlera bientot, mais nous allons ici nous intéresser à leur second album, Siamese Dream, celui qui lanca véritablement leur carrière et réputation.

En 1993, on était évidemment en plein grunge. Nevermind, Dirt, Ten et Badmotorfinger étaient sortis, et la fin de l'année allait aussi voir les seconds albums de Nirvana et Pearl Jam. Mais tout cela se passe à Seattle, et loin de là, à Chicago, Billy Corgan allait rejoindre tout ce beau monde en couverture de Rolling Stone, en boucle sur MTV, mais aussi dans les sombres démons de l'héroïne.

Gish, le premier Pumpkins, était de facto en album solo de Corgan, vu qu'il avait tout joué, tout écrit. Ici, Jimmy Chamberlin (batterie), D'arcy Gretzky (basse) et James Iha (guitare) pensaient sans doute former un groupe, mais il n'ont en fait été que des canaux permettant à Corgan de s'exprimer. D'énormes tensions ont troublé l'enregistrement de Siamese Dream, dues aux addictions de plus en plus handicapantes de Corgan et au fait qu'il prenait la liberté de virer les parts enregistrées par les autres musiciens pour les remplacer par les siennes, dans un "souci de cohérence". Le grand succès, tant commercial que critique, rencontré par Siamese Dream et son successeur ont poussé le groupe à rester plus ou moins soudé, jusqu'à un certain point : Corgan est à l'heure actuelle le seul membre présent depuis le début.

Cherub Rock débute l'album, est et un premier morceau parfait : une intro sombre, progressive, jusqu'à un riff stoner aux couches multiples, ce qui sera une de grandes caractéristiques du son Pumpkins : un travail d'orfèvre en studio, qui voit des couches et de couches de guitares se superposer jusqu'à créer un immense mur du son qui n'a pas vraiment été égalé depuis. C'est sans doute aussi la raison pour laquelle le groupe n'aura jamais acquis une grande réputation sur scène. Mais en studio, la production (de Butch Vig, qui a aussi produit Nevermind) est brute, très bruyante, et sans concessions. Les morceaux sont d'ailleurs assez longs, intense, faits de passages aux atmosphères diverses. Ils se perdent parfois en marche, mais le groupe n'aura jamais été connu pour sa modestie, comme le prouvera le double album suivant, Mellon Collie And The Infinite Sadness. Silverfuck est la pièce maîtresse ici, un riff monumental (joué par une quarantaine de guitares), une batterie implacable, des couplets protometal, un bridge pour respirer, et un final apocalyptique.

Autre caractéristique, la voix de Billy Corgan. Ou plutôt un filet fluet, qui, quand il est poussé haut, est très perçant, jusqu'à paraître (et parfois être) difficilement tolérable. Mais c'est sa voix, et au moins, il n'essaie d'imiter personne. Un peu à la manière de Cobain, Corgan semble utiliser la faiblesse inhérente de sa voix pour véhiculer ses émotions, qui, comme on peut le remarquer en étudiant ses paroles cryptiques, sont souvent à fleur de peau. Mais Corgan a avant tout le sens du riff, quitte à en utiliser un pour monter un morceau de sept minutes, le bien nommé Hummer. Il y a du Tony Iommi là-dedans, mais entrecoupé de Cure. Mélange potentiellement incroyable, et très souvent réussi ici.

Maintenant, Corgan tombe parfois dans un certain excès d'auto-dépréciation, on le qualifierait sans doute d'emo, de nos jours. Disarm en est un bon exemple. Corgan ne cherche pas à plaire, mais y arrive souvent. Siamese Dream, l'album le plus "rock des Pumpkins, est évidemment un monument de la culture alternative US, et est peut-être leur meilleur. Il faut juste le prendre comme il est, si possible sans penser à la suite des événements, et sans penser non plus au nouvel album. Mais si on pouvait, juste pour quelques jours, retourner en 1993...
 

Cherub Rock
  

17:54 Écrit par Denis dans 1990s | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : 1993 |  Facebook |

12/05/2007

Wu-Tang Clan - Enter The 36 Chambers (1993)

Wu-TangClanEntertheWu-TangalbumcoverIl est difficile de trouver un genre musical plus moribond que le hip-hop. Depuis que les rois Midas Pharrell et Timbaland vendent leurs hits à qui sait les acheter, les artistes hip-hop sont progressivement oubliés. KRS-One, Eric B & Rakim, Run-DMC, Tupac Shakur, Snoop Dogg quand il était encore Doggy, Dr. Dre, et j'en oublie volontairement : ces DJs, MCs et producteurs qui n'ont peut-être pas inventé le genre, mais qui l'ont perfectionné. Mais ce que le Wu-Tang Clan a fait, personne ne l'avait fait avant, et il est plus que probable que personne ne le fera dans le futur.

Entre 1993 et 1997, le groupe et ses différents membres ont sorti sept albums d'une importance capitale : cette exceptionnelle période d'agitation est considérée comme la période d'or du hip-hop US, et le Wu-Tang a joué plus que sa part. Des sept albums, seuls deux sont crédités au Wu-Tang complet, mais les albums solo ont été conçus comme des albums de groupe : le nom sur la pochette n'est qu'un manoeuvre commerciale. Le Wu-Tang Clan a bien sorti sept albums de classe mondiale en cinq ans. Mais c'est évidemment cet album, le premier, qui créa la détonation nécessaire à la consolidation d'un genre, et la création d'un autre : le hardcore rap.

Écouter Enter The 36 Chambers en 2007 est incroyablement rafraîchissant : les samples n'étaient pas encore des pillages purs et simples de l'héritage soul américain, mais venaient de vieux vinyls craquelés, et de films de kung-fu (une influence majeure du clan, qui en tira son nom). De même, leurs paroles n'étaient ni racistes, ni misogynes. Vous imaginez, vous, du rap non misogyne? Avant, ça existait.

Ceci dit, l'album est très agressif, dans sa description de la vie urbaine new-yorkaise, tant dans les paroles que dans l'élocution. Et c'est sans doute le principal point fort du groupe : sa grande diversité vocale. Chaque MC possède sa caractéristique inimitable : le flow parfait et chantant d'Inspektah Deck, la voix rocailleuse de Method Man, l'élégance du duo Raekwon/Ghostface Kilah ou encore la folie pure du regretté Ol' Dirty Bastard. Le Wu-Tang est une bête à neuf têtes, dont celle du maître en arts martiaux, RZA : redoutable au micro, inbattable derrières les platines.

Alors que la première moitié de l'album enfonce le clou du rap hardcore (Bring Da Ruckus, Clan In The Front) , la seconde est celle des hits. Wu-Tang Clan Ain't Nuthin' Ta Fuck With, Protect Ya Neck, l'immense Da Mystery Of Chessboxin', le sample infernal de C.R.E.A.M. ou encore le morceau le plus poppy ici, Method Man, destinée à lancer la carrière solo du MC éponyme. L'album se conclut avec la quesi industriel 7th Chapter Part II, synthèse parfaite de l'essence du groupe.

Le monstre était lancé, et rien ne l'arrêtera pour une demi-décade, qui connaîtra un temps d'arrêt avec le second album complet, Wu-Tang Forever. Trop long, les morceaux de bravoure, certes présents, n'égaleront plus le niveau de leur début. L'entreprise Wu-Tang se lancera dans le ciné, les vêtements, sortira encore des tonnes d'albums mais tombera progressivement hélas dans le rap facile, commercial et méconnaissable par rapport à leurs débuts, même si on retrouve quand même quelques morceaux/albums recommandables. Un nouvel album est attendu cette année, mais quel que soit le résultat, personne 'e changera l'Histoire, et la marque ineffaçable imprimée par le Clan.
 

C.R.E.A.M.
 

15:09 Écrit par Denis dans 1990s | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : 1993 |  Facebook |

10/05/2007

Beastie Boys - Hello Nasty (1998)

BeastieBoysHelloNastyLes Beastie Boys, dans deux ans, fêteront leurs trente ans de carrière. Non, moi non plus, je n'y croyais pas. Mais il faut dire qu'ils ont changé de style et de genre tellement souvent qu'on pourrait en déduire qu'ils ont eu plusieurs vies, et qu'ils continuent d'ailleurs à en vivre de nouvelles. Des débuts hardcore à la naissance du rap metal, de leur album jazz-lounge au dernier, purement hip-hop, ils auront presque tout fait, et dans deux mois, leur nouvel album sera purement instrumental.

Mais cette constante réimagination a un prix, et c'est le délai entre deux albums, souvent long : les quatre derniers disques sont sortis en quatorze ans. J'ai choisi Hello Nasty, mais n'importe quel autre album aurait mérité sa place : Licensed To Ill, le rap-metal produit par Rick Rubin, Paul's Boutique, terriblement novateur par l'usage de samples, Check Your Head, et sa quasi totale absence de samples, ou encore leur plus grand succès commercial de l'époque, Ill Communication (et le hit Sabotage). Hello Nasty, quant à lui, suit ce dernier, et est définitivement leur disque le plus électro.

Fidèle à leur réputation de touche-à-tout de génie, les B-Boys (et leur nouvelle recrue, le multiple champion DMC Mix Master Mike) ont truffé l'album de sons en tous genres, de samples connus (Grandmaster Flash, Quincy Jones) ou totalement sortis d'une vieille brocante, et cela le long de vingt-deux morceaux. On retrouve du lourd bien rythmé, comme les hits Body Movin', Remote Control ou le terrible Intergalactic, des interludes plus calmes, voire instrumentaux, et évidemment du bizarre, comme la collaboration de l'immortel Lee "Scratch" Perry. Peu de remplissage, même si la construction précise de l'album impose une écoute continue de la majorité des morceaux, soigneusement imbriqués.

Hello Nasty épitomise parfaitement les Beastie Boys : trop long, sans doute trop ambitieux, il est aussi extraordinaire par sa recherche sonore et sa puissance jouette naturelle. Il ne se prend jamais au sérieux, mais démontre scientifiquement le talent du groupe. Groupe qui restera à jamais un ovni dans le monde pitoyablement fermé du hip-hop US, qui aura de toute façon toujours été trop restreint pour contenir les ambitions du trio new-yorkais. Il se murmure d'ailleurs que The Mix-Up sera nettement plus rock que ses prédécesseurs : on l'attend avec impatience.
 
Intergalactic
 

01:41 Écrit par Denis dans 1990s | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : 1998 |  Facebook |

25/04/2007

Refused - The Shape Of Punk To Come (1998)

refusedC'est bien de se revendiquer punk, d'avoir un t-shirt Ramones et dire que Bush il est pas bien, mais c'est quand même autre chose d'être punk. De clairement se positionner en marge de la société, dans la vie de tous les jours et pas seulement sur disque et scène. Et quand on parle d'être punk, ce n'est évidemment pas tuer sa femme avant d'overdoser. C'est une question d'attitude, de style, et aussi de musique, car sans support, les punks, on ne les voit pas.

Refused, c'est tout ça, en même temps, et en mieux. Preuves? Ils se revendiquent tous du mouvement straight edge, leurs idéaux politiques sont fermement ancrés à gauche, tendance Marx-anar-situationniste, leur dernier concert a été interrompu par la police (ce qui ne les a pas empêché de continuer) et leur album The Shape Of Punk To Come est une putain de bombe. Malheureusement, le titre n'aura pas trop fait écho, mais peu de groupe auraient de toute façon eu le talent de continuer. Sauf peut-être The (International) Noise Company, né des cendres de Refused.

On parle ici de punk, mais par essence. Pas nécessairement de talent musical douteux ni de paroles antisociales, mais de mélange des genres impressionnant, mixant des beats électro à des riffs sanguinaires, des passages ambient à une rythmique détonnante, le tout surplombé par les cris de Dennis Lyxzén, qui chante comme si un néo-nazi lui pointait un flingue sur la tempe. Les morceaux ne sont généralement pas courts, sont assez ambitieux et sont techniquement très complets. Quand on vous parlait du punk du futur... Ceci dit, les références sont là : Liberation Frequency allie des couplets très clash à un refrain hardcore (l'album est plus hardcore que traditionnellement punk), tandis que l'immense New Noise peut faire penser à d'autres allumés révolutionnaires, Rage Against The Machine. Mais Rage avec un excellent batteur, une boîte à rythmes, et Ian MacKaye au chant.

L'album n'est pas évident à écouter, et il l'est encore moins vers la fin : Tannhäuser est introduit par un violon frénétique, avant que Derivé le succès avec un hardcore très hard. Et puis le violon revient nous arracher une larme. The Apollo Program Was A Hoax, dernier morceau acoustique au titre définissant Refused, conclut un album éclectique, à faire écouter à ceux qui pensent connaître ce qu'est le punk. It's all in your head.
 
 
New Noise

23:46 Écrit par Denis dans 1990s | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : 1998 |  Facebook |

12/04/2007

Faith No More - Angel Dust (1992)

Angel_Dust_92

Aujourd'hui, on se souvient de Faith No More comme un des principaux instigateurs du rap metal, mais il ne faut pas leur en tenir rigueur, ils ne s'en rendaient pas compte. Pour preuve, Angel Dust, datant de 1992, et généralement cité comme un des albums les plus innovants de la décennie. C'était déjà le quatrième album du groupe, et le second avec son légendaire vocaliste, Mike Patton. Le précédent, The Real Thing, a permis de leur assurer un succès alternatif, grâce aux hits From Out Of Nowhere et Falling To Pieces. Mais c'est définitivement avec Angel Dust que Faith No More allait passer la vitesse supérieure. Pas vraiment commercialement, même s'il s'est bien vendu, mais clairement artistiquement.

Angel Dust est bizarre. Très bizarre. Maintenant, on connaît la propension de Patton à la bizarrerie totale, mais là on commençait seulement à s'en rendre compte. La base des morceaux, du moins leur majorité, est relativement classique, mais l'exécution est généralement fort particulière. Land of Sunshine, premier morceau : riffs metal, basse funk, un solo de guitare très classique, des claviers limite black metal, et Mike Patton, qui croone, puis se met à rigoler comme un malade tout en lisant des conseils de vie de gâteaux de chance chinois, et des extraits de tests de personnalité scientologiques. On continue, Caffeine (morceau culte d'un estimé collègue ;) ), qui confirme son titre grâce à une puissance métallique impressionnante, et un middle eight inquétant, qui confirme que Patton sait chanter n'importe quoi n'importe comment.

On ne trouve que deux "hits" sur cet album, même s'il est considéré comme leur meilleur, c'est tout dire. Heureusement, Midlife Crisis et A Small Victory sont aussi de grande qualité, même s'ils n'ont pas toujours le caractère étrange qui domine l'album. Encore d'autres exemples? RV, un spoken word qui voit Patton se moquer du redneck way of life sur une musique partiellement basée sur le célèbre Underworld Theme de Super Mario Bros ; ou l'arabisant Smaller And Smaller. Mais rien n'est plus barré que la fin de l'album, avec l'indescriptible Jizzlobber, et les reprises en bonus : le thème de Midnight Cowboy et Easy de Lionel Richie.

J'aurais pu mettre chaque morceau en évidence, mais l'album se doit d'être écouté dans son ensemble. On pourra facilement comprendre pourquoi cet article est un foutoir : Angel Dust est indescriptible. Dites, les gars, tout le monde se reforme, ces jours-ci... Siouplé?


Caffeine

14:12 Écrit par Denis dans 1990s | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : 1992 |  Facebook |

07/04/2007

Alice In Chains - Dirt (1992)

AliceinChainsDirt

C'est une coïncidence, mais cela fait un peu plus de cinq ans que Layne Staley est mort, mettant un point final à la spéculation d'une éventuelle reformation d'Alice In Chains, un des quatre grands groupes grunge des années 90. L'addiction de Staley pour l'heroïne aura causé sa perte, et est le thème principal de Dirt, album d'une perfection fabuleuse.

Them Bones ouvre l'album, majoritairement composé par le guitariste Jerry Cantrell, et reste, un morceau très puissant, même si les paroles laissent toujours un goût amer. Dam That River montre, comme d'autres extraits de l'album, l'influence de Black Sabbath sur Cantrell, même si on n'est jamais dans la pâle copie. Staley porte l'album, grâce à sa voix exceptionnelle, qui n'a jamais eu aucun équivalent. Vedder, Cornell, Staley : finalement, le seul point commun entre les trois de Seattle (Nirvana étant un peu à part) est d'avoir un vocaliste exceptionnel.

Comme évoqué plus haut, le ton de l'album est très personnel, et focalisé sur les addictions de Staley. On se sent parfois mal à l'aise devant la mise à nu d'un homme troublé, malade mais encore lucide face à sa maladie. Sickman, God Smack, Dirt : tant de témoignages à fleur de peau, d'une homme luttant contre un fléau qui finira, dix ans plus tard, par avoir le dernier mot.

Mais les paroles seraient oubliées depuis belle lurette sans la puissance de frappe du groupe, et notamment de Cantrell, qui use et abuse de toutes les facettes connus (grâce à lui!) du grunge, pédales wah-wah et fuzz, tempo étouffant. Mais comme on le verra quelques années plus tard lors de leur Unplugged, les morceaux fonctionnent très bien de façon plus dépouillée, preuve d'un réel talent de composition. Dirt est d'autant plus exceptionnel qui, si l'on excepte les 43 secondes bizarres où Tom Araya parodie Iron Man, il n'y a pas un morceau inférieur tout au long de l'album. De même, il bénéficie de quelque chose de rare : un dernier morceau phénoménal, Would?, peut-être leur morceau le plus connu.

Le succès recueilli par l'album ne sauvera pas Staley, mais lui permettra juste de tenir le coup. Alice In Chains sortira encore un EP, un album et le MTV Unplugged. Avant la déchéance, la mort dans la solitude totale, et le corps retrouvé deux semaines après. Que dire de plus? Il faut écouter Dirt.


Would?

01:36 Écrit par Denis dans 1990s | Lien permanent | Commentaires (2) | Tags : 1992 |  Facebook |

02/04/2007

R.E.M. - New Adventures In Hi-Fi (1996)

REMNewAdventuresInHiFi

R.E.M. a récemment été admis au Rock 'n Roll Hall of Fame, ce qui signifie, entre autres, que leur premier disque est sorti il y a au moins 25 ans. En 25 ans de carrière, c'est mathématique, on évolue, on sort des albums meilleurs que d'autres, et on se remet en question. C'est exactement ce que R.E.M. a fait, et ce qui a permis de produire cet album totalement exceptionnel.

Contexte : en 1996, R.E.M. est un groupe immense. Ils ont déjà sorti neuf albums, et produit leurs tubes Everybody Hurts et Losing My Religion. Les albums Green, Out Of Time et Automatic For The People sont considérés comme trois classiques (et successifs, rien que ça). Mais le petit dernier, Monster, trop ancré dans le courant grunge de l'époque, déçoit. De plus, la tournée est longue et difficile, et le batteur Bill Berry a subi une double rupture d'anévrisme qui aurait pu lui être fatale. Il fallait faire quelque chose.

Ce quelque chose est New Adventures In Hi-Fi, au concept étonnant : la majorité des morceaux ont été enregistrés live, lors de soundchecks ou carrément dans les loges de la tournée Monster. En résulte un album excessivement peu commercial, mais très organique et tout simplement énorme. Tout d'abord, l'album ne fait aucun compromis. Il est long (65 minutes), très varié et ne comprend pas de single évident. Le succès commercial ne fut pas non plus au rendez-vous, et on peut facilement comparer l'album à
No Code de Pearl Jam, sorti la même année et qui occupe grosso modo la même place dans leur discographie.

How The West Was Won And Where It Got Us, qui entame le disque, donne le ton avec son clavier lancinant, mais Wake Up Bomb, juste après, est un morceau rock puissant et rapide, sans être over the top comme la majorité de Monster. Departure ou So Fast So Numb prouvent que Hi-Fi est aussi un album de pur rock, et R.E.M. n'hésite pas à monter en volume quand il le faut. Mais l'ambiance générale reste introspective, onirique et très personnelle, comme démontré sur Be Mine, où la répétition devient presque enivrante, ou le merveilleux instrumental Zither.

Enfin, New Adventures In Hi-Fi comprend carrément trois des meilleurs morceaux du groupe. E-Bow The Letter est d'une beauté à couper le souffle, Patti Smith fournissant un contrepoids parfait aux incantations de Michael Stipe. Ensuite, Leave peut bien durer sept bonnes minutes, mais on ne s'ennuie pas une seconde, en suivant soigneusement les routes sinueuses de trois guitares voyageant d'une atmosphère à l'autre. Enfin, la morceau terminant l'album, Electrolite, est une valse mémorable au thème aigre-doux, comme souvent chez R.E.M. Stipe clôture tout net :"I'm outta here". Et nous, on relance l'album, ou bien on retourne dans la discographie foisonnante du groupe, parfois moyen (malheureusement, les albums depuis Hi-Fi ne sont pas à niveau), souvent très bon, mais jamais à ce point. New Adventures In Hi-Fi est un des meilleurs album de rock 'n roll, c'est tout.

14:01 Écrit par Denis dans 1990s | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : 1996 |  Facebook |

07/03/2007

Therapy? - Troublegum (1994)

folder

Pour des raison parfois difficiles à comprendre, certains groupes connaissent un succès important dans certains pays, et pas dans d'autres. C'est, ou du moins c'était, le cas de Therapy?, groupe nord-irlandais qui a connu, entre les années 94-98 un grand succès en Belgique, qui s'est confirmé par un beau paquet d'apparitions en festival, et en concert au quatre coins du pays (et pas seulement aux typiques Werchter/Pukkelpop/Bruxelles).

Le succès commercial commença avec cet album, leur second album complet. Par chance, il sortit en même temps que la fin de la vague grunge, ce qui poussa les média à les voir comme sauveurs du rock et trucs de genre, ce qui peut toujours être utile pour vendre des disques. Le single majeur de Troublegum, Screamager, sortit un an plus tôt (Shortsharpshock EP) et se retrouve carrément dans le top 10 anglais. L'album connut aussi un grand succès, notamment grâce aux autres singles, Nowhere, Turn, Die Laughing et Isolation.

Tout cela est très bien, mais que vaut l'album? Et bien, il est très bon. Alliant le mal-être de la période grunge à des riffs punk rock, le tout emmené par une section rythmique assez exceptionnelle, la musique de Troublegum pouvait atteindre un maximum de personnes aux oreilles pas trop bouchées. Les morceaux sont accrocheurs (oserais-je dire pop?) tout comme la voix d'Andy Cairns (le type le plus sympathique du rock). Mais la puissance, et parfois la violence ne sont pas négligées, tout au long de quatorze morceaux d'apparence assez simples (Cairns était à l'époque le seul guitariste) mais marquants. Knives, par exemple, compresse en moins de deux minutes la puissance de Black Sabbath qui se fait bastonner par Bad Brains, alors que les singles déjà cités sont un mélange parfait entre mainstream radio (enfin, pour 1994, 13 ans après les choses ont hélas changé) et rock n roll. D'autres tracks, comme Hellbelly ou Stop It You're Killing Me apportent leur lot de riffing frénétique, et l'excellente reprise de Joy Division (Isolation) confirme les thèmes omniprésents : la solitude, le désespoir, le manque de confiance, voire la folie.

Vers la fin de l'album, Unrequited ajoute quelques accords de violon, qui seront longtemps présents dans la vie du groupe, grâce à Martin McCarrick, qui deviendra plus tard leur second guitariste. Car Therapy?, en 18 ans de carrière toujours en cours, n'aura jamais fait deux fois le même album. Troublegum n'est sans doute d'ailleurs même pas leur meilleur. Le succès commercial durera encore un album, Infernal Love, leur plus commercial (avec les singles Diane et Stories), avant que le très troublé Semi-Detached leur fasse vivre un
No Code.

Malgré quelques changements au sein du groupe (changement de batteur, départ du second guitariste); le groupe conserve des fans fidèles, et suffisamment de support pour leur permettre de sortir régulièrement des albums (tous recommandables, mais avec des styles assez variés) et surtout, de partir en tournée, véritable raison d'être d'un groupe particulier, qui joue de la musique par passion, et qu'on ne peut qu'admirer. Troublegum étant une de ses multiples facettes.

15:46 Écrit par Denis dans 1990s | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : 1994 |  Facebook |

28/02/2007

Rage Against The Machine - Rage Against The Machine (1992)

rage

En 1992, même si cela semble impossible à imaginer maintenant, on voyait des clips de rock à la TV. Même sur MTV. L'attention était centrée sur Seattle, où deux groupes en particulier se faisait entendre : Pearl Jam et Nirvana. Un peu plus au sud, un des mélanges musicaux les plus extrêmes et les plus importants de l'histoire commençait à faire du bruit. Beaucoup de bruit.

En 1992, même si cela semble impossible à imaginer maintenant, on ne voyait pas beaucoup de clips de rap à la TV. Même pas sur MTV. Le mouvement était encore underground, et signifiait encore autre chose que des pouffes aux gros seins, des bagnoles tunées et des sonneries de GSM. C'était la voix de la rue, the Voice of the Voiceless. Voix qui faisait peur a l'establishment WASP américain, malgré le génie et la popularité d'artistes comme Public Enemy ou Afrika Bambaataa, pour n'en citer que deux. Aussi peur, si pas plus, que le heavy metal des années 70.

Il ne manquait plus qu'allier les deux, y ajouter une grosse dose de littérature sociale, pour tenter de changer le monde. Et pour cela, quoi de mieux qu'un groupe composé de gamins d'origines et de cultures diverses. Rage Against The Machine est né, et en 1992 sortit un des albums les plus importants jamais enregistrés. Zach de la Rocha, Tom Morello, Tim Commerford et Brad Wilk allaient changer le rock n roll.

Car il changea la face de l'industrie musicale, créant un pont entre les différents styles musicaux (ce qu'avaient déjà tenté de faire, avec succès, les jeunes Red Hot Chili Peppers), alliant différentes cultures derrière un message politique, pire : communiste. Rage n'a jamais fait dans la demi-mesure. Quand ils faisaient de la critique sociale, c'était avec un message marxiste, quand ils voulaient supporter les minorités opprimées dans le moden, c'était en apportant des armes à la guérilla mexicaine, et quand ils voulaient se faire ententdre, c'était avec de la putain de musique.

Putain de musique, alliant la violence pure du hardcore new-yorkais, le phrasé des meilleurs MC, le rythme de Funkadelic et du pur metal influencé par Jimmy Page et Fred Sonic Smith. Le premier album, dans sa totalité, est un exemple parfait de tout cela, et il serait aussi futile qu'inutile de le diviser en morceaux individuels, même si Killing In The Name Of est un vrai hymne, donc le thème sera toujours d'actualité pour de nombreuses années.

Mais le plus bluffant, c'est l'incroyable talent musical du groupe, avec une section rythmique dantesque et Tom Morello, éminemment reconnu comme un des guitaristes les plus originaux du monde. Rage a toujours mis un point d'honneur à préciser qu'aucun instrument autre que guitare, basse et batterie n'était présent sur leurs disques, ce qui est stupéfiant, quand on entend Morello imiter tour à tour un mur de violons et une platine de DJ.

Trois excellents albums plus tard (plus un album de reprises tout aussi percutant), Rage Against The Machine se sépara dans la douleur. Zach de la Rocha disparut du radar, alors que les trois musiciens formèrent Audioslave, donc la carrière (trois albums) ne fut pas vraiment une réussite. Et il y a quelques semaines, arrive l'improbable : Rage Against The Machine se reforme, tout d'abord pour un concert unique au festival de Coachella, et ajoute ensuite trois dates conjointes avec le Wu-Tang Clan. Allié avec la fin officielle d'Audioslave, on se met à rêver d'une reformation, d'un nouvel album qui serait tellement d'actualité (il suffit d'imaginer que Rage était déjà fini quand Bush accéda au pouvoir), et d'un triomphal retour.

Dans une époque où tout est mis en oeuvre pour nous empêcher de réfléchir, nous devons mettre toutes les chances de notre côté. Et Rage Against The Machine est plus qu'une chance, c'est un modèle de vie et de réflexion.

15:59 Écrit par Denis dans 1990s | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : 1992 |  Facebook |